Appris à vivre avec la crainte, à vivre ainsi, essayant entre deux alertes d’oublier, vivre d’oublier, s’y perdre dedans dehors, joindre les yeux au ciel, pas les mains, une guerre secrète, appris cet art que seuls les nés dans la crainte connaissent sans comprendre, art entré et appris aux heures creuses d’après-minuit, aux insomnies bordées de fétus de rêves, une partie de soi tapie silencieuse laissée comme alarme dans renfoncement, laissée derrière au plus loin, un art du lointain toujours là, prompt avant que, au dernier moment, fuir, un art perdu d’avance.
Catégorie : CHEMINS
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un rêve
j’escalade une paroi rocheuse, sans y parvenir. on me dit qu’il aurait fallu d’abord visualiser via des programmes informatiques ce qui eut permis l’ascension ; créer des points d’ancrage, des prises, visualiser la voie. abandonné aux archaïsmes de l’onirisme j’avais oublié la magie du virtuel à se réaliser, sa promesse panoptique, au seul sommet promis

dormir debout
Déambuler aux aurores boréales mortes, mission d’agrandir la nuit, collecter de cosmiques tessons zéro de l’infini sur la pleine lune qui pleure sa sève.
L’envers l’endroit pliés, la tranche d’un temps continu, le fil rompu, têtard célibataire rejeté sur la berge. immobilisé, plaqué au mur sur le trottoir du tunnel, l’horloge derrière soi. la terre, notre cœur bleu s’abandonne, loin l’horizon qui alors t’échappait, désormais seul tu fonces dans l’air minéral, mais étais-tu vraiment seul ? chacun te serre, une poignée de milliards d’hommes en ronde, les yeux levés les yeux sur les écrans, le silence, pas le calme, la rue noire de nuit, de monde, c’est le rêve, enfin bon… et tu criais (peut-être craignais-tu les fantômes ) « vive le lumpenprolétariat ! »
Sortie d’une sieste sous luminothérapie, son pyjama ouvert, l’aïeule et blanche dentelière est sans voix, l’apothicaire lapin de jade aluni par son double reçoit sa médaille et s’évanouit, les oiseaux de Schrödinger déplacent d’un cil le silence, mais avant nous plongeâmes, poisson retournés à si grande vitesse que nous ne pouvions plus réfléchir, juste suivre les failles entre les éclats des miroirs brisés, otages de nos histoires à dormir debout
désorienté
bientôt chez lui, sortie autoroute, d’habitude plusieurs fois la semaine c’est une autre, à l’autre bout. trois entrées d’autoroute d’arrivée en sa ville, trois entrées trois sorties cela dans les deux sens, en tout six fois deux douze. deux heures de route de nuit trafic serré, de pluie limite neige, sorti à la première bretelle sans se l’être dit, presque jamais prise, sortie qui débouche sur large boulevard sur pan de ville qu’il connaît par cœur mais là périphérie urbaine dont il ne reconnaît rien où pourtant tout semble inversé et d’une ville inconnue au défilement rapide qu’il tente de deviner roulant au ralenti sans pour autant accrocher le moindre repère, il prend trop large un virage qui tourne avec lui, se rattrape de justesse et se retrouve soudain à l’endroit où il se déplace, chez lui enfin bientôt.
escaliers
l’odeur poivrée du bois et des corps dans cette cage d’escalier a voyagé de Paris à Buenos-Aires, un parfum de vieille huile éthérée, souvenir de quarante ans, après treize heures de vol. des locataires de toutes couleurs s’y croisent, de haut en bas et de tous âges. les plus jeunes aux étages ont remplacés les vieux qui descendent et montent au ciel, mais tout ça se mélange, des chrysalides au grenier, des papillons au ciel, un léger décalage, une marche pas vue dans la cave, un vent vacant au retour, du papillon à la chrysalide, l’enfance est un changement de peau, des mues qui disparaissent






