SANS SUITE 33

 

Les constructions complexes n’offrent qu’un rare instant de recul, un bref effet de vision tout autre la fois d’après, une échappée, il faut être emporté. D’où nous sommes nous l’entrevoyons plus tard, pataugeant dans des prouesses barbares. Le répit nous inviterait à fuir, mais c’est impossible. Propulsés ensuite dans les abîmes les plus lourds.

Dans la pagaille les déconstructeurs foutent mal à l’aise. Embouteillages monstres aux sorties de secours.

Quant au fond, surveilles bien les entrées, les portes ont été fracassées.

Exercices de liberté dans la grande pagaille du troupeau. La logique floue est conseillée.

Entre otages nous nous regardions sans rien en dire.

Mis bout à bout ça ne fait qu’un bout borgne, les fissures du miroir à trois faces prolongent l’illusion.

 

Saluer le cadavre de son père,

 

« Saluer le cadavre de son père, étendre son empire à toutes les terres connues en chevauchant parmi les oriflammes, tout cela fut facile au prince Yang. L’épreuve la plus terrible fut l’ennui, quand il décida de profiter des plaisirs dans la citadelle aussi splendide qu’une montagne neigeuse, construite à son intention par l’architecte Lao, son précepteur d’autrefois. Après des journées de mélancolie, en frappant l’air de son poing le prince Yang donna l’ordre à Lao de construire le plus formidable labyrinthe jamais imaginé : « Dans sept ans je veux le voir s’étendre sur la plaine. Si je m’y perds tu régneras sur mon empire ; mais tu seras décapité si j’en découvre le centre ». L’architecte reprit le cours de ses activités et, au dernier jour des sept années, il se présenta devant le prince en lui tendant un livre : « C’est l’histoire de ta vie ; quand tu en auras trouvé le centre, ton sabre pourra s’abattre sur mon cou ».   Gérard Macé, Un détour par l’Orient, Gallimard

_____________________________________l’infini se passe de nous

 

centre du labyrinthe

 

Un tombeau, le ciel est un temple, les pyramides sont des labyrinthes à ciel ouvert. Un lit de grenier dans une chambre princière aux rideaux sombres, rêve qui tire les volets, rêve des mêmes rêves que les autres, infirmes, vieillards, fous, parents, acteurs, images d’actualités mêlées à la pièce familiale, chroniques du palais, bébés qui y dorment.

des ombres du paradis

 

Il est tordu assis sur le parvis devant le portail ensoleillé, les obsèques d’un grand homme attendent que passe le matin, les chanteurs presque prêts répètent dans le chœur au-dessus des touristes, les couronnes de fleurs s’amoncellent au pied de l’autel, un mendiant illuminé de toutes les idées schizos du monde contenu par la manche miraculeuse qu’il se fait, craint par tous, des yeux suivi sur la rive, dans sa barque le défunt.

SANS SUITE 32

 

Des points de vue qui ne coïncident pas, des lointains qui tremblent, des délais d’attente toujours plus longs, des considérations sur tout et rien et des réponses dont on se passe.

Se laisser descendre, s’enfoncer un peu dans la terre, ouvrir l’angle à hauteur des yeux, incroyable comme ce qui bouge peut disparaître.

Le monde se passe de nous, l’inverse est impossible, cosmogones d’un toujours plus lointain embarqués, d’un organe embarqué.

À terre, porté vers l’espace, il se sacrifie à la voie invasive du bruit, son plus court et direct accès.

La distance prise est si grande que le flux s’est augmenté de segments et courts-circuits. Une si grande distance que tout apparaît de carton-pâte jusqu’à ton emmurement.

Derrière et maintenant devant galopent deux jeunes joggeuses, la calèche a disparu. Surface lisse où dix milles idées à la seconde l’une plus débile que l’autre on se demande comment.

Il pleut, des gouttes glissent, des images de personnes faisant exprès d’être comme elles sont que personne n’aime.

Bonheur d’être promené aux éventuels confins d’une conscience dépaysée et fort dépourvue, là se trouvent nos limites où nous pensions, à s’être aventuré si loin ou ailleurs, ne plus avoir à s’arrêter. Le sable des châteaux glisse une seconde fois entre les doigts.

SANS SUITE 31

 

Comme lorsque le lecteur assoupi fini par perdre des yeux la ligne, le sens des mots et la chambre même, pour tomber dans le sommeil, là où le livre, à présent tombé, avait pris naissance.

Quelque chose d’indistinct, fait sur mesure, fondu en tout, s’abattit sans qu’aucun y prit garde, car tous furent à terre.

Dans la masse dispersée et hétéroclite il a fallu extraire longtemps ce qui peut avancer bout à bout.

Endormi, les yeux entrouverts plongés dans la nuit délavent la clarté du jour.

Sur le banc assis l’étranger, exilé depuis de longues années, un peu d’ici et d’ailleurs, flou, à la place invisible.

Il a beau chercher rien est trouvé, il n’y a rien à chercher, la tragédie se joue au paradis, le silence abrite la maison, le dédale des journaux de chaque jour tiendrait sur une seule page.

Nous nous étions hissés contre le monde et les conditions demandées vers un espace respirable. Maintenant l’un de nous était de trop.

Il semblerait qu’une partie de l’homme ne comprend pas les hommes. Autrement dit qu’elle n’en tolère qu’une seule partie. Livrée à l’autre en propre sans elle-même. Dieu sait ce que personne ne sait même les enfants.

premiers pas dans la lune

 

Pourra-t-on convaincre la termitière du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco d’élire à temps toutes zones désertiques en tant que réserve d’humanité?

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