sans suite 30

 

Aller et revenir sur le même chemin passera plus vite la vie. Surtout lorsque les voyageurs laissent parfois un œil par derrière.

Mémoire et imagination ne font qu’un – à bascule, à cheval perdu sur le pont d’une ville déserte.

Avant, hormis les fêtes, la vie était lente et laborieuse.

La descente dissout les illuminations de la fête. On a beau voir dans le sable des étoiles. Quelques pans démolis ramènent au temps où on construisait sans savoir quoi et pressé, de mauvaise grâce, refaire à l’identique.

Au goulot le plus étroit de l’entonnoir la vérité pesait, écrasée ou emmurée contre l’angle mort. Revenir, observer de près l’angle mort, éteindre la lumière, s’enfoncer encore. Buter et se hisser dans des tours de contrôle tout juste élevées. S’allonger pieusement dans l’air nocturne, remercier de ne pas avancer d’un pouce.

 

campagne / 2

 

De plus en plus bruyants épuisant leur substance. Un fleuve qui charrie un désert, un ballet de masques parfaitement silencieux, penchées des têtes parlantes dans notre tête. Une pluie à forte odeur d’algue.

Peint sur le vitrail un renard au milieu des poules paisibles qui picorent sous des lettres superposées qui légendent « le temps de se connaître / est le temps du chaos ».

Sur le seuil, en face sa casquette et sa veste pendent à la croix du Christ, autre poteau à planter où tendre un fil à linge.

La peur blottie contre le bouton de rose, les corbeaux ne reviennent plus.

Il a transporté la terre de son jardin. Où est passé l’arbre qui était là devant les persiennes?

La mélodie assourdissante des abeilles mécaniques des débroussailleuses speedées en résonances.

Chaque croisement est au milieu et planté dans ma tête.

Dans les virages il ne lâche pas des yeux le nuage rond à une dizaine de kilomètres.

Parmi tous les piaillements et chants d’oiseaux le chat piaille à son tour.

Nous nous parlions au chat sa grande bouche heureuse que toutes les pluies changent.

J’ai congédié le paon après lui avoir volé toute sa queue.

 

Campagne / 1

 

La ville appelle à l’inaction, son activité largement distrait. La campagne meurt sous l’inaction, il la faut méditer, tu refermes la fenêtre quand le froid est plus froid, quand le chaud est trop chaud, ni dedans ni dehors, rien ne peut être trouvé, mais au sol, face à face la grenouille, en échange d’insectes de limaces d’escargots et vers de terre, distance et territoire plantés, côtoiement dans un espace limite et sien là où elle insaisissable reine colle sur toi ses yeux.

Après des jours de ciels comateux ou orageux, parmi l’éparpillement certaines obsessions fixes rendent les armes, le ciel haut du jour est à photographier, clair, venteux, vide.

Toujours un bruit brise le magma sonore de la ville. Recommencer, reprendre, élargir la séquence, chercher les trous d’air, le flux continu. L’enveloppe sonore n’est pas une enveloppe, ni le murmure intérieur.

Le soir est tombé et tous les habitants ont déserté leur maison. Où sont-ils? Personne ne sait s’il y a longtemps.

Juste après la pluie, avec un temps d’avance elle sourit, sous l’entassement coule un lent filet de sable.

 

s’arrêter

S’y arrêter un instant, s’arrêter sur le trottoir très peuplé, avec des gestes maladroits, une agitation à tuer, s’immobiliser vaille que vaille, croisement des allées et venues, prendre sa place, s’intercaler entre personne, gagner du temps. Brèves et claires articulations du chaos détachées comme jamais apparaissent et subsistent un temps, superbe ignorance de notre présence. Recommencer à marcher, tout n’est pas si mal bien que rien ne séduise ou ne provoque, vaquer dans sa grotte à ciel ouvert, le nez en l’air on dort, tout arrive et rien ne se passe, encore il y a quelques temps c’eut été décourageant, catastrophique ; on aurait imaginé rejoindre la vie par des figures d’équilibriste – tomber étant la seule façon de voler. Ce manque de nerf, cette façon de se vider, mal couché entre un corps transparent et un autre menacé dans sa chair.

marionnettes

 

« Le monde, selon Schopenhauer, est mort depuis toujours ; « on croit » qu’il vit, et la plus profonde démystification schopenhauerienne est de s’aviser qu’il fait seulement semblant de vivre, qu’il mime maladroitement la vie. En réalité, il ne vit pas plus que les membres du squelette actionnés par des ficelles n’effectuent de véritables mouvements. D’où l’angoisse devant cette mort qui se travestit sans cesse, ces cadavres qui prétendent toujours singer les vivants » Cl. Rosset, Schopenhauer, philosophe de l’absurde, p. 26. PUF

SANS SUITE – 29

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A et B sont indissociablement liés de telle sorte qu’on fera l’économie de parler de A et de B quitte à ne plus rien dire.

Les murs raccourcissent le monde, les routes le rallongent, tout est là pour se perdre.

Revenu au point de départ, les choses avaient changé, d’un coup il était de trop.

Des écarts qui s’annulent, la division germinale.

Le centre, intenable, existe comme une ombre.

L’horizon toujours repoussé est ici ramené en pièces.

*

quelque chose ?

 

Comme d’un escalier la marche qu’on rate, sans tomber redécouvrir la légèreté de la verticalité, son équilibre, et telle qu’était la chose, un temps désorientée qui, apparue de loin se retourne et où la vue plonge, enfin à sa place, vue pour la première fois, petit événement avec d’autres parcimonieux, pourtant une à une choses de loin en loin toujours autres là à traîner, entraînées, parquées hors de vue, nuage enfoui. Vues donc comme pour la première fois et sitôt dédaignées, ratées, à la vue dérobées.

*

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