fenêtres

 

Emprisonné dans son sketch, incapable d’en sortir, nuit blanche dans le sketch non reconnu au matin, s’éroder, marcher sur l’allée comme si la tête sortait de l’encadrement d’une fenêtre.

Dans le jardin le domicile des oiseaux, leur voyage immobile. Sortir de la maison, surprendre le lent balancement de la branche au vent, gueuler au passage de l’avion à réaction, revenir sur la branche au vent, silence qui n’a jamais pris fin, ciel gris invraisemblablement haut, journée où il ne se passe rien, un vrai don.

Fenêtres, laissez entrer les nomades, élargir les murs, ce que je faisais avant, tête en l’air, je le refais maintenant mais obligé de m’appliquer, d’aller d’un pas plus lent.

Tu cherches au levé comme hier il n’y a personne, comme autrefois hier tu t’étais mis en colère, l’île étouffante, par chance tu es resté planté dans ton jardin, dans son tour minutieux, ça n’était pas si mal. Quand les jours glissent ainsi qu’un beau jour à la hâte tu entres dans le bateau de marbre car a commencé le chemin de l’exil.

 

Yamamoto Masao

boucle

 

Déconstruire, ne plus rien retrouver des matériaux initiaux. Se déplacer, ramasser les branches dispersées, rassembler, étager, mettre en rapports, glisser, monter enfin sur des échelles, mettre un peu de lumière sur le bordel. Revenir.

Ne garder que le début du début et, par arrogance, panique, ou afféterie, préparer en secret la fin de la fin.

 

un trou dans le plan

 

L’histoire avance dit-on comme on le dit du temps, des changements visibles et manifestes opèrent sous les yeux, quoique avec un léger décalage, de telle sorte qu’on ne la perçoit qu’une fois en bout de course ; une autre a commencé, lestée de ce recul, continuant de la même démarche casse-gueule. La pensée, refaite à neuf, imparable imitatrice, l’accompagne. D’une ombre se redessinent les plans.

 

L'ENFANCE D'IVAN, Andreï Tarkovski
L’Enfance d’Ivan, Andreï Tarkovski

Il y a un an les studios Mosfilms ont mis en ligne sur YouTube cinq des films d’Andreï Tarkovski, dans des versions restaurées et sous-titrées:   L’enfance d’Ivan (1962)   –   Andreï Roublev (1966) partie I & II   –    Solaris (1972) partie I & II   –    Le Miroir (1975)   –    Stalker (1979)

creuser l’avenir

Tu aimerais le décrire mais tu as été envoyé uniquement pour comprendre ce qu’il dit dans sa langue étrangère. Cependant ton attention ne peut se détourner de son visage, de son corps, de ses mouvements, de la fréquence de ses paroles, ton voyage dure longtemps. L’avenir en main, en pièces détachées, s’est arrêté. Personne n’est encore venu de sa colline déserte, plantée comme au milieu d’un visage, un tumulus sur la place d’un village en ruine, ne s’y déplace que la lumière, les nuages et la nuit alternent. Au dedans où manger où dormir ni électricité, ni technologie, ni crayon, ni lecture, lieu analphabète, au dehors rideaux fermés les ancêtres proches mesurent notre temps, racontent notre histoire. Nos rêves restent muets.

Abbas Kiarostami

Arrangement avec l’âme

 

Le corps émerge et meurt avant la conscience, il nous précède et nous lâche quand nous ne sommes que son ombre encombrée, ainsi que le mot sur le bout de la langue précède le langage. Dieu étant mort ou fossilisé, l’âme nous la recevrons le jour de notre mort, de croyance il restait pour tous les jours les breuvages au sang de loup qui fouettent l’âme pour in fine l’opération sans soi de ce baptême inoffensif.

bêtes comme la lune

JEUX NOCTURNES

 

Chemins creux aux erres vides, les lieux de rencontre hypothétiques se perdent de vue. Vagues alarmes en journée de quelqu’un ou quelque chose enfoui comme au milieu d’un rêve. Rappelant aussi une aventure désertée, du contretemps qui au milieu de chaque jour l’abrège.

Dans les rêves la nuit l’à-venir est rapide, au contraire du jour où le rêve s’épaissit à brouiller et diluer tous les temps, rivé au labeur fastidieux, rattrapant le travail de la veille, à digérer les nourritures, à se distraire, à multiplier, à s’épuiser. Les personnages des jeux vidéo en véritables amis font de la vie une tension enthousiasmante. À pied, en bateau, en voiture, en train, en avion, pressé, je m’obstinais à croire que je devais me rendre là-bas à tout prix et, quand brutalement débarqué, d’impatience ne tenant pas en place le doute m’assaillit. Les maîtres s’étaient encore moqués de notre retard et illico nous fûmes missionnés vers d’autres horizons.

Quand, sereine satisfaction, l’épreuve de ce jour prit fin, revint brièvement l’appréhension initiale de l’aube, d’un désordre intérieur crescendo que la longueur démesurée du trajet avait été en mesure de contenir. Télescopage pareil quand la nuit tard, par la fenêtre, croire partir, mais c’est l’autre train qui vacille, s’en va, qui a figé la gare.