sans suite XXI

 

Les armatures sont posées: il manque le sable le ciment les pierres l’eau pour les remplir. Derrière, tout autour, entre deux fractures, prospèrent les figurines de plâtre. Le passé resplendit comme jamais, sans témoin.

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L’heure de la plus grande crapulerie roule, attend notre vrac, sans option dernier choix kamikaze, rien n’avait pu changer. Le jour sur la place se refera, des maisons autour se construiront, îlots d’errance, de soleil ras, doutes paresseux, esclavage soft, tombes profanées. Passés maîtres en pénurie.

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Il occupe par la parole les places vacantes qu’offre le monde, les ruines des salles de cinéma sont promises à un grand avenir, Mister l’Aura fait des affaires.

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Découpé par la lune couchante, il s’enfonce dans le happy-end, à faire durer coûte que coûte. Exténué, désenchanté il parvient à revenir téter au berceau des ruines. Séquence d’un entre-deux, refuge avant extinction.

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D’une grisaille de plomb. Tant d’autres comme lui avaient pris leur envol vers le soleil. Jusqu’à la plage, se découvrant au paradis d’un premier jour crocodile, en l’incroyable de cette condition, jusqu’à s’y enfermer dedans au soleil couchant, derrière la banlieue grise le courant électrique en panne.

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Sandwich de l’histoire, mité par les choses, voyages digestifs dans l’espace, dans l’espace le temps passe, pauses et arrêts s’enfoncent en temps mort, intermittence de silence sidérant, chute dans les débris.

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Les rois renaissent dans un désert festoyant.

 

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sans suite XX

Changer de jour, faire du cut-up dans les bandes-son, faire disparaître un son dans un autre, se contrôler, prendre quelques précautions.

Corps en tous points repérable, une armure orgasmique.

Derrière la porte laissée ouverte sur le salon pour égayer la solitude.

Pour un robot ni la mort ni les assassins n’existent. La compréhension de ce qu’est un assassin développe une vague idée de la mort. Il regarde un spectacle d’assassins, par exemple leur agilité à ouvrir un ventre. Une imago d’hommes sans corps. Le temps des réunions passé, les manœuvres stratégiques mûres, un temps libre se dégageait, adonné à la ruse.

S’interroger sur le pourquoi et le sens des émotions échaudent l’assassin et les amants ; s’en empêchant leur conversation alors s’abrutit.

Il commence à s’endormir, depuis le début leurs conversations se chevauchent selon un fil qui n’a pas de cours ou qui heurte le lit asséché, il fermait les yeux sur l’horizon qui s’ouvrait.

Lors de la discussion on a partagé nos hésitations, on s’est donné du temps, on s’est sauvé, sans plus savoir le chemin du retour.

Ce n’était pas tant qu’elle s’était mise, sans le savoir, à parler de plus en plus souvent seule, c’était de la voir voutée, toute entière à l’écoute de sa litanie d’où s’échappait un grommellement loin du piano enchanteur de l’enfance maintenant placard débordant, encombré.

Submergés par la fébrilité bruyante des discussions nous dûmes d’urgence imposer le recours aux technologies de communication silencieuse. En retour on perçut le chant des rares oiseaux qu’on cherchait désespérément des yeux.

le chaudron est fêlé

 

« Je n’ai aucune mémoire, je ne me rappelle plus ni ce que j’apprends, ni ce que je lis, ni ce que je vis, ni ce que j’entends, je n’ai de mémoire ni pour les êtres ni pour les événements, je me fais l’effet de n’avoir rien vécu, de n’avoir rien appris. » Lettres à Félice, du 10 au 16 juin 1913, La Pléiade vol. IV, p 409

"La légende tente d’expliquer l’inexplicable. Comme elle naît d’un fond de vérité, il lui faut bien retourner à l’inexplicable." F. K. La Légende de Prométhée, Récits II,

« La légende tente d’expliquer l’inexplicable. Comme elle naît d’un fond de vérité, il lui faut bien retourner à l’inexplicable. » F. K. La Légende de Prométhée, Récits II.

SANS SUITE XIX

 

Anticipation, retour au point initial. Le chien, déplorant son maître tant rompu et fourbu aux mêmes trajets répétitifs, se fait loup, l’entraîne à répondre, à le rendre apprenti chasseur-dresseur, à devenir ce qu’il était, à rendre la forêt plus dense.

Puis le maître passe à l’écriture (paraît-il vraiment avoir les cinq ans qu’on lui donne ?) qu’il abandonne aussi vite. Du tac au tac, à ses pinceaux ses dessins sur le mur, partout des chiens qui parlent.

Maison de luxe sur grand terrain, course entièrement close des deux bergers allemands libres soudain éponges aux pieds du maître.

Les animaux miroirs gardiens des rêves de leurs maîtres sans parole.

De mémoire, du séminaire consacré au bouddha il n’y a que la vache, par la fenêtre de la salle, le silence sous ses pis.

Au concours « libérer le corps » l’élu, beau, léger, est l’escargot.

Souris timide et vive, yeux noirs lumineux, été gris.

Les pigeons adorent les prestidigitations.

Quel spectacle pour le lapin à peine surgi du chapeau !

La salamandre torsade les fables, les idoles, les mensonges des morts aux vivants.

Utopie timide, l’œuf que mange le renard

L’huitre enferme l’écho comme l’araignée tisse sa toile, l’huitre s’enferme dans l’eau.

La chaîne, l’éléphant tire l’arbre

effort

 

« J’étais trop léger, ou pour mieux dire, je n’étais pas léger, ma propre personne me tenait trop peu à cœur pour que je tinsse à faire beaucoup d’efforts »   (In « souvenir du chemin de fer de Kalda », Récits et fragments narratifs, Pléiade, vol II, p 299)

maira-kalmans

Don’t know where, don’t know when

 

De retour au box-office nazis émus par les pleurs des super héros. D’un haussement de menton de leur bouche échappe « nostalgie du futur », au pied leurs femmes sans voix, éplorées, cris de joie. Assomption des pires rêves à bigotes que la télé-réalité récolte, viande brassée, tu fends le vent, personnage Snapchat tu entres dans la télévision, la poule et l’œuf se fécondent, le dilemme s’envole. L’histoire se déshabille, le présent semble immobile, l’avenir gueule en chambre close, les slogans résonnent, les images se recouvrent, raison et croyance associées donnent gueule à notre âme, le crime est parfait. Dans le clair-obscur les milliardaires effeuillent la marguerite des dieux-robots démembrés. Au balcon les robots affranchis et invités de marque apprécient la vue dégagée.

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la Cavalcade des Rêves

 

« C’est un bien joli travail, et qui fait beaucoup d’effet, cette cavalcade que nous appelons la Cavalcade des Rêves. Nous la montrons déjà depuis des années ; celui qui l’a inventée est mort depuis longtemps, de phtisie, mais cette part de son œuvre posthume est restée et nous n’avons aucune raison d’éliminer la Cavalcade de nos programmes, d’autant moins qu’elle ne peut être imitée par nos concurrents, elle est, tout incompréhensible que cela paraît à première vue, inimitable. Nous la plaçons généralement à la fin de la première partie, elle ne conviendrait pas pour la fin du spectacle, ce n’est rien d’éblouissant, rien de précieux, rien dont on puisse parler en rentrant de chez soi ; la représentation doit finir sur quelque chose qui reste inoubliable même pour la tête la plus grossière, quelque chose qui sauve la soirée de l’oubli, cette cavalcade n’est rien de tel (…) »  Kafka, récits et fragments narratifs, La Pléiade, vol II, p 647

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         « tel un pont » [Kafka, journal de voyage, août/septembre 1911, en train entre Prague et Zürich]

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