« Il n’y a pas un « temps » dans le monde. Il y a une multitude de temps, différents les uns des autres, qui s’écoulent à des rythmes variés selon la hauteur, l’état de mouvement, la gravitation. Aucun d’entre eux n’est plus « vrai » que les autres. Mais aucune des « couches » de temps que j’ai décrites ne correspond au temps de notre expérience. Le temps de notre expérience, avec son passé, son présent et son futur, son unicité, sa continuité irréversible, est une approximation grossière, une image floue de quelque chose de beaucoup plus subtil. Et c’est précisément de cette image floue que nous sommes faits. Notre présence dans le monde, notre humanité, notre subjectivité, sont les conséquences de cette approximation grossière. Le temps que nous vivons, le temps qui nous fait vieillir, le temps de notre angoisse, n’est qu’un reflet brouillé de la structure fondamentale du monde. »
Carlo Rovelli. L’Ordre du temps. P. 197-198 Éd. folio Flammarion.
« À l’intérieur de l’horizon d’un trou noir, la direction vers le centre n’est plus une direction de l’espace : c’est une direction du temps. Tomber vers le centre, c’est avancer vers le futur, exactement comme il nous est impossible d’empêcher demain d’arriver. Mais si la gravité quantique est correcte, cet écoulement temporel ne s’arrête pas contre un mur infiniment dense au centre du trou noir. Il atteint une densité maximale, puis il rebondit. Le rebond quantique ne se produit pas dans l’espace, il se produit dans le temps lui-même. Et c’est ici que la physique devient vertigineuse : puisque la chute était une direction du temps, le rebond implique un renversement de la flèche du temps. Le temps ne meurt pas au fond d’un trou noir : il se métamorphose et change de direction. »
Carlo Rovelli. Trous blancs. Ch. 8. Éd. Flammarion, janvier 2024.
-
Le temps est-il réel ?
–––––––
-
journal du vingt-sept Juin
–––––––
Ayant longtemps traîné à remédier à l’inexorable ralentissement du temps d’ouverture sur l’ancien modèle du blog, et m’être égaré auprès de divers agents semi-robots amicaux, à moitié sourds et aux conseils inutiles, je me suis précipité sur un nouveau modèle WordPress, choisi par défaut comme toujours, et dont l’architecture « moderniste » est promise à une obsolescence éclair. Au moins, ce modèle n’usera pas la patience des quelques rares et de plus en plus rares lecteurs.
Peu à peu, j’ai choisi d’écrire un « roman », d’oublier le blog, tout en éprouvant à l’occasion du plaisir à donner à lire quelques lignes inopinées. Tout ça pour aussi dire que l’installation des fonctionnalités (mise en page, blogroll, commentaires) viendra plus tard. La canicule, d’accord avec moi, m’épargne tout effort. Indécrassables cancres nous mangeons les dernières grenouilles assoupies dans la tiédeur du feu doux.
Météoblue désormais affiche, entrée fracassante, « Météo Nouveau Monde », annonce rabâchée depuis cinquante ans. Le nouvel été sera demain un hiver de merde.
@David Maisel -
poids apparent
–––––––
Pourquoi les coïncidences devraient-elles signifier quelque chose ? Un monde ne deviendrait-il intelligible qu’à se dérober ? Peut-être n’est-ce là qu’une manière privée de se brancher sur n’importe quoi (gloire, amour, dieu), fasciné par le nœud qui lie notre réel au vertige des possibles. On en devient le dévot, on lui rend hommage. Aveuglé par soi-même, on file droit au malheur. Le vrai est impermanent, rien n’y attache.

Hengki Koentjoro, Underwate -
bunker
–––––––
L’écran éblouit, les machines chauffent, la lumière du désert insiste, ce sera là sa base, son avant-poste.
La météo urbaine des boîtes ou par chez soi, des corps, des transports, la végétation, le béton le verre la foule. Parfois le ciel tout seul par bonheur.
Dehors le temps qu’il fait devance les prévisions, la météo a sa vie propre, lente, souterraine, trop massive pour être considérée, mais dont certains composants sont absorbés dans l’encéphalographie gazeuse de l’IA ; on peut y suivre les courbes d’extinction des espèces ou le rythme étrange de mutations corpusculaires, ou observer le pouls de la mer.
Ou remonter le temps au milieu des annonces de fin des temps. Quelques racines longues, timides, majeures, sortent tard leurs tiges.




