Atopie, aphasie (Michel Foucault)

Il paraît que certains aphasiques n’arrivent pas à classer de façon cohérente les écheveaux de laines multicolores qu’on leur présente sur la surface d’une table comme si ce rectangle uni ne pouvait pas servir d’espace homogène et neutre où les choses viendraient à la fois manifester l’ordre continu de leurs identités ou de leurs différences et le champ sémantique de leur dénomination. Ils forment, en cet espace uni où les choses normalement se distribuent et se nomment, une multiplicité de petits domaines grumeleux et fragmentaires où des ressemblances sans nom agglutinent les choses en îlots discontinus; dans un coin, ils placent les écheveaux les plus clairs, dans un autre les rouges, ailleurs ceux qui ont une consistance plus laineuse, ailleurs encore les plus longs, ou ceux qui tirent sur le violet ou ceux qui ont été noués en boule. Mais à peine esquissés, tous ces groupements se défont, car la plage d’identité qui les soutient, aussi étroite qu’elle soit, est encore trop étendue pour n’être pas instable; et à l’infini, le malade rassemble et sépare, entasse les similitudes diverses, ruine les plus évidentes, disperse les identités, superpose les critères différents, s’agite, recommence, s’inquiète et arrive finalement au bord de l’angoisse.

Michel Foucault, les mots et les choses, NRF Gal. 1966, Introduction, p 10.

L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman +L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman 2L'heure du loup (1968) - Ingmar Bergman 3

fenêtres

 

Emprisonné dans son sketch, incapable d’en sortir, nuit blanche dans le sketch non reconnu au matin, s’éroder, marcher sur l’allée comme si la tête sortait de l’encadrement d’une fenêtre.

Dans le jardin le domicile des oiseaux, leur voyage immobile. Sortir de la maison, surprendre le lent balancement de la branche au vent, gueuler au passage de l’avion à réaction, revenir sur la branche au vent, silence qui n’a jamais pris fin, ciel gris invraisemblablement haut, journée où il ne se passe rien, un vrai don.

Fenêtres, laissez entrer les nomades, élargir les murs, ce que je faisais avant, tête en l’air, je le refais maintenant mais obligé de m’appliquer, d’aller d’un pas plus lent.

Tu cherches au levé comme hier il n’y a personne, comme autrefois hier tu t’étais mis en colère, l’île étouffante, par chance tu es resté planté dans ton jardin, dans son tour minutieux, ça n’était pas si mal. Quand les jours glissent ainsi qu’un beau jour à la hâte tu entres dans le bateau de marbre car a commencé le chemin de l’exil.

 

Yamamoto Masao

de l’avenir du parc

 

Du troc de coquillages et cailloux rares ceux qui ont roulé sous terre préoccupent. Les animaux en voie d’extinction si nombreux se réveillent d’une tuerie et d’un rêve accourent vers les grottes. Ce seront des parcs, des sanctuaires. La préservation des espèces passe par leur domestication, les dieux sont aimés morts, si nous les appelons encore dieux c’est pour être leur sauveur, nous les aimons conjurant la contagion des petites figures, l’esclave est par définition très mal éduqué. Le parc met les animaux en valeur sans leur faire aucun mal (leur valeur est assurée) ils œuvrent par eux-mêmes à leur émancipation en version augmentée, enfin quelqu’un avec qui parler.

La montagne elle-même, sans plus aucun animal, est spontanément, viralement, devenue emblème, parc d’attractions que l’on voit de loin. Sur ses flancs des files humaines longent des couloirs aux rampes sécurisées. Vu du ciel la boucle se referme. Des arbres subsistent accrochés à la pente du précipice, dommage qu’il soit interdit de les couper.

REUTERS:SCANPIX - Cygne augmenté
(@Reuters) – Cygne augmenté
(Du film d' Adam Curtis - It Felt Like a Kiss-
(Du film d’ Adam Curtis – It Felt Like a Kiss-)

sans suite 49

 

 

Plus les lointains s’éloignent plus ici tout est plat, les repères s’absentent, seul le temps passe

D’un grain de sable une oasis. Et toujours pas de pas

Tu te penches du côté de la mer, les mers se traversent, la lune élève l’eau au point de flottaison, le vent a une rondeur de cœur, en son sillage reposent les perdus

Sans notre inconstance comment verrions-nous le sable se déposer ?

Les objets perdent tout poids dès lors qu’ils ont quitté les mains

Témoins miraculés du hasard la vie est trop courte pour s’arrêter, s’étendre à son propos, l’expérience n’y est pas si heureuse

Ce labyrinthe quel que soit le lieu où on le déplace occupe toujours le centre

*

Plan du présent

 

Chacun est libre, son jardin qu’il délaisse, chasseur cueilleur à la forêt rendu. D’abord la vue, on y voit un fleuve, des ruisseaux, où construire des parcs, tracer des jardins, et à la place restante une longue et large allée qui sinue afin d’éloigner les maisons.

On pourrait tenter de reconstruire en partant de ce qui était au début, avant qu’il y ait des maisons, d’être pris en miettes. On pourrait penser que l’inventivité et le plan de la vie augmente les chances de l’improbable. Que la vie mange les origines et est mangée par elle. Qu’elle détruit à mesure pour accueillir et étendre le plan du présent.