SANS SUITE 39

 

Frontières invisibles celles que des animaux perdus bordent, figés   /   Pour éclore de la roche la saxifrage se hisse à la pointe des feuilles, voix sans langue où rumine le futur, où les frontières verticales prospèrent   /   Sous la saxifrage éclosent des plantes qui éclairent le ciel, éblouissent le brouillard   /   Des conseils cryptiques variés sortent de la bouche d’animaux morts, comme fleurir dans la caillasse   /   Des labyrinthes voués à perdre les corps, des églises qui essaiment    /   De l’inconscient comme pont qu’en parasite le langage traverse.

noire et blanche, blanche et noire solitude

 

« Je suis célèbre ? Ça c’est la meilleure ! » (Thelonious Monk in « Straight, No Chaser »)

« Ces pièces ont été écrites de manière à avoir quelque chose à jouer et à intéresser les chats à venir en répétition »

Conseils de Thelonious Monk à ses musiciens (retranscrits par Steve Lacy en 1960)

dépassé

 

Rien ne mord, le poisson et l’hameçon sont absents, le temps se noie dans le courant qui avance, puis recule et à la fin verse, la journée s’annule, le vent la pluie remontent en pleine face. Renonçant à débusquer les illusions il rentre à la maison, livré à leurs effets secondaires, versant soporifique ; au chaud près de lui des dormeuses muettes discrètes actives et limpides le déplacent, poussent les meubles de leur place, changent l’adresse et l’emplacement des ronds-points. Le gardien de musée s’égare en directions contraires, le jour la nuit on ne sait pas si lointains. La mort de l’eau, la mort du lent, des arbres, des âmes, des animaux, tout est donné, la scène se découpe, le cours est rapide, indulgent, la suite inextinguible, y être ou pas se ressemblent, la mer redevient calme, la voile de travers hissée et défaite quand le vent souffle au fond des cales, un grain de lumière, une vague, la rouille, ou des mots qui murmurent, la pluie qui glisse, entrée frontale dans les pierres à respirer le feu, pierres à nos corps, des pierres levées lestent son corps presque sans poids, à l’équilibre, qui le dépassent.

arrivé là

 

La maison par miracle fut retrouvée, la porte poussée, avec le perdu nez à nez qui avançait encore. Désolé je ne me rappelle de presque rien, j’étais perdu, ce n’était pas loin, ça devait se retrouver. Quand tu poursuis le chemin du milieu qui tombe au plus mauvais moment. Quand nous l’avons su il était déjà trop tard. Tu veux savoir, tu ne voulais pas l’entendre, nous étions arrivés à ce point là depuis longtemps et nous ignorions que nous finirions là, nous n’arrivons même plus à le voir.

ensablé

 

Les promenades dans le temps furent un luxe, quoique je dérivais pas mal. Un bout d’éternité trouble où le regard a plongé avant de disparaître. Qu’un chapeau fut mis là un jour sur la tête en mémoire, bouteille à la mer d’un temps trop grand, au vent froid & soleil oubliés pour toujours, des rides sur la roche, du sable dans les yeux.

SANS SUITE 38

 

la fourmi ne distingue ni le haut ni le bas ni l’horizontale, elle suit le chemin droit, la longueur élargie d’une courbe sans limite     quelqu’un dort sur le tapis roulant, le plafond d’un autre couloir qui du précédant promet aux murs ce même goût d’aventure     enfermé, il établit l’heure du départ, passe en revue toutes sortes de lieux, la chambre est vide, rien ne résonne     plus large que longue, trop lointaine pour voir     enfin appelé, et il se précipite dans la direction opposée     les piécettes jetées au fond du bassin, sous les cercles du ventre des cygnes majestueux, la blancheur en couleur.

 

amnesia 01

 

Il erre dans le temps et s’efface avec lui (les fables collent mieux à la matière des choses que les choses elles-mêmes), se retourne dans son corps animal à deux pattes mû par des rituels, des pauses, des vérifications de distances, des acrobaties maladroites lors d’écarts impromptus, des cadences chaotiques soutenues, et ni ombre ni guide ne suivent. La répétition peu à peu annule le besoin de repères et de territoire, le déplacement d’une pointe de toupie pour horizon. Le langage déporté en exercices de souffle.

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