« Il n’y a pas un « temps » dans le monde. Il y a une multitude de temps, différents les uns des autres, qui s’écoulent à des rythmes variés selon la hauteur, l’état de mouvement, la gravitation. Aucun d’entre eux n’est plus « vrai » que les autres. Mais aucune des « couches » de temps que j’ai décrites ne correspond au temps de notre expérience. Le temps de notre expérience, avec son passé, son présent et son futur, son unicité, sa continuité irréversible, est une approximation grossière, une image floue de quelque chose de beaucoup plus subtil. Et c’est précisément de cette image floue que nous sommes faits. Notre présence dans le monde, notre humanité, notre subjectivité, sont les conséquences de cette approximation grossière. Le temps que nous vivons, le temps qui nous fait vieillir, le temps de notre angoisse, n’est qu’un reflet brouillé de la structure fondamentale du monde. »
Carlo Rovelli. L’Ordre du temps. P. 197-198 Éd. folio Flammarion.
« À l’intérieur de l’horizon d’un trou noir, la direction vers le centre n’est plus une direction de l’espace : c’est une direction du temps. Tomber vers le centre, c’est avancer vers le futur, exactement comme il nous est impossible d’empêcher demain d’arriver. Mais si la gravité quantique est correcte, cet écoulement temporel ne s’arrête pas contre un mur infiniment dense au centre du trou noir. Il atteint une densité maximale, puis il rebondit. Le rebond quantique ne se produit pas dans l’espace, il se produit dans le temps lui-même. Et c’est ici que la physique devient vertigineuse : puisque la chute était une direction du temps, le rebond implique un renversement de la flèche du temps. Le temps ne meurt pas au fond d’un trou noir : il se métamorphose et change de direction. »
Carlo Rovelli. Trous blancs. Ch. 8. Éd. Flammarion, janvier 2024.






