silencio

 

Ni verticale ni horizontale la musique ricoche le silence, le silence rentre dans la mélodie, en ignore le rythme, corps figé, vacillant, précieux, absent au déplacement de l’air, un pas de retard, sa façon de danser, mélodie parmi les mémoires d’autres mélodies, retour titubant, époux dansant. Sur quoi repose la musique pour attester du passage du temps ?

 

 

JARDIN

 

Un scarabée à l’envers dans la saxifrage, lentement, au lancé des lourds amarres, avantage aux méandres dormants d’une corde délassée.

De fait ses fondations creusent vite l’arbre de sa vie aux branches chétives et flexibles dans les brumes nuageuses pareilles inaperçues, presque tomber dans une nature morte où de juste un rien est exotique.

Fossilisé au terme des jours pas vus passés, il fut vital qu’il se désintoxique. Au jardin facile d’un rien faire quelque chose, juste de l’air brasser la poussière du vieux paradis, honorer la toile d’araignée suspendue au coin où le vent meurt. Allant d’un pas paresseux, le vaste champ des ruines se creuse, en tous lieux traîne un moutonnement de petites solutions.

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noyé

The shadows cast from these thunderstorms really are #EarthArt.

Pérégrination en time-lapse, des cannes blanches qui cassent, une odeur de lotus flotte, au ciel sur le caillou-lune marche dans un champ d’argile inondé. Les bateaux sur lesquels mettre les pieds coulent.

Les nuages résonnent de la vie des vagues, d’en haut c’était palpable, un voile se posait sur les yeux. Le corps trop loin pour y tendre respire parmi les grains de sable du pont pour d’autres corps plus lestes. Indisposé, noyé, tout se précipitant, la mer est un abysse, en sacrement ses plus belles visions qu’un cri inaudible rompit.

restes de voyage (b)

À coups de logique, aux forceps, une pensée de délivrance s’ébat, déplie ses ailes, éclatante. Des successions de pics de creux d’ombres, des poussières de nuits à mesure. Couteau sans lame qui patauge à tuer le temps. Le temps passe très vite, non ? Pourquoi n’être pas resté sur place (comment savoir)? Il glisse, chaque jour le regard s’est perdu, le paysage a mangé les mots, n’y avait-il pas déjà assez de mouvement, en manque t-il encore ? En tête la place qu’il y eut une seconde à peine, évanouie, y fût-on une seconde, la seconde n’a de cesse. Garder en tête les frontières tombées au crépuscule, surprendre au détour de l’aube des aveugles endormis, bouche ouverte, la pluie diluvienne, l’eau montante, le grand air, la promesse tenue du grand soir.

Josef Koudelka

mon professeur de yoga littéraire

Quand je sortais épuisé de la rivière, il m’apparut pour la première fois sous les arbres de la rive où, pour ne pas avoir chaud, je me dirigeais. Ce n’était pas spécialement là qu’il habitait, c’est par hasard que nous nous sommes croisés, même si avant en d’autres endroits il était apparu, je ne l’avais pas vu, tout simplement.

Sûrement (curieux ces choses improbables dont on peut être sûr) si je ne m’étais pas imperceptiblement noyé dans le bruit du courant, et ne m’étais pas réjoui de m’ennuyer un peu, je ne saurais toujours pas qu’il existe. L’eau aux racines des arbres qui ourlent la rive produit une mousse aérienne, et les pierres y creusent, glissent, balayées par le courant. Je pensais sans plus m’ennuyer à maintenir cet état naissant d’ennui, à satisfaire le plus longtemps possible ce sentiment de ne rien faire, de n’avoir à penser à rien. Je ne gênais personne avec mon histoire de ne penser à rien, j’étais libre de n’avoir rien à changer de ce que je pensais seul dans ma rivière de galets, de ma bêtise, sous un soleil si chaud qui rend les âmes vivantes toutes entières tapies quelques part pour elles-mêmes en compagnie d’autres eux-mêmes, et je pensais depuis le début sans le savoir en fait à la mort, et averti alors je remontais le fil de cette pensée, je tendais le filet, je pensais à la mort, non pas à l’inaccessible, l’impensable, mais à celle lointaine, à celle de la mort collective qui vient à une vitesse sans commune mesure avec celle au bout de notre vie, et je m’imaginais, et c’est là que vint mon professeur de yoga littéraire. À cause d’avoir regardé longtemps l’eau les galets dans le courant c’est là qu’il me dit que la mort va changer d’âge, que des colonnes de jeunes personnes se donneront à la mort comme pour accomplir un privilège; pas besoin d’attentat. Imaginons dit-il le meilleur monde possible, le monde en paix derrière les murs, les bruits étouffés là où règnent de spacieux couloirs d’écrans aux salles d’attente des paradis à choix, des abeilles riantes bourdonnant remontant nos corps pour nous caresser l’esprit. Je voulus comprendre, revenir à moi, pendant ce temps là les canards cancanaient parmi les croassements des crapauds et récitaient une leçon sans fin, le professeur avait effacé ses traces, je partais rêveur et décidais de m’attacher, c’était la première leçon.

JoAnn Verburg, la preuve sans titre (Ping à La Fonti) © JoAnn Verburg 2013