fin de règne

La lumière est sombre depuis des jours, les t° battent leurs records, l’ombre erre sur la table d’orientation, les pensées noires perdent leur fil, leur liturgie hiberne, le labyrinthe est éventré. Il s’ensuit que plus rien n’est vraiment drôle, sauf les rares éclats de rires, plus inattendus. La réactivité des capteurs des réverbères est ralentie, l’éclipse perd quelques secondes de lumière.

la nuit des capteurs

sans suite 52

 

Monter un pont, pierre par pierre toutes hissées du lit de la rivière. En dessous le soleil tape, la maladresse se dissout dans l’air amolli, le temps de s’attarder prospère, à midi le langage s’en va, à son chevet les paroles sont contredites.

Pendant la taille des pierres, se répéter ce qu’on dit pour conjurer le sort.

Ce caillou est descendu intacte des sommets. La caresse de la rivière en fait son sable. Les nuages traversent la montagne.

Le seuil est une ride d’éternel. Derrière la porte les ruines, autour d’elles le béton. Sur le seuil le sable, la terre, les feuilles, la pluie, la neige, la pierre.

Tendus vers une fin manquée toujours. Travail laborieux du scribe. Apprendre à couler, imaginer la mer. Seul le vent sur le visage.

Derrière elle la mer. Devant ses yeux la mer encore. Demi-lune dans les embruns.

D’épuisement ou par l’inanité de tout, arrive un peu de la douceur et de la fluidité du jour.

Pourtant même en plein brouillard le temps file si vite.

À tes oreilles souffle C’est le corps, c’est le corps … C’est l’amour, l’entravée, la parole


JARDIN

 

Un scarabée à l’envers dans la saxifrage, lentement, au lancé des lourds amarres, avantage aux méandres dormants d’une corde délassée.

De fait ses fondations creusent vite l’arbre de sa vie aux branches chétives et flexibles dans les brumes nuageuses pareilles inaperçues, presque tomber dans une nature morte où de juste un rien est exotique.

Fossilisé au terme des jours pas vus passés, il fut vital qu’il se désintoxique. Au jardin facile d’un rien faire quelque chose, juste de l’air brasser la poussière du vieux paradis, honorer la toile d’araignée suspendue au coin où le vent meurt. Allant d’un pas paresseux, le vaste champ des ruines se creuse, en tous lieux traîne un moutonnement de petites solutions.

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ensablé

 

Les promenades dans le temps furent un luxe, quoique je dérivais pas mal. Un bout d’éternité trouble où le regard a plongé avant de disparaître. Qu’un chapeau fut mis là un jour sur la tête en mémoire, bouteille à la mer d’un temps trop grand, au vent froid & soleil oubliés pour toujours, des rides sur la roche, du sable dans les yeux.

Campagne / 1

 

La ville appelle à l’inaction, son activité largement distrait. La campagne meurt sous l’inaction, il la faut méditer, tu refermes la fenêtre quand le froid est plus froid, quand le chaud est trop chaud, ni dedans ni dehors, rien ne peut être trouvé, mais au sol, face à face la grenouille, en échange d’insectes de limaces d’escargots et vers de terre, distance et territoire plantés, côtoiement dans un espace limite et sien là où elle insaisissable reine colle sur toi ses yeux.

Après des jours de ciels comateux ou orageux, parmi l’éparpillement certaines obsessions fixes rendent les armes, le ciel haut du jour est à photographier, clair, venteux, vide.

Toujours un bruit brise le magma sonore de la ville. Recommencer, reprendre, élargir la séquence, chercher les trous d’air, le flux continu. L’enveloppe sonore n’est pas une enveloppe, ni le murmure intérieur.

Le soir est tombé et tous les habitants ont déserté leur maison. Où sont-ils? Personne ne sait s’il y a longtemps.

Juste après la pluie, avec un temps d’avance elle sourit, sous l’entassement coule un lent filet de sable.