sans un centre

 

Il a refermé derrière lui la porte du jardin après y avoir abandonné un énième ordinateur, bien décidé à le vider, un jour, de toutes ses carcasses rouillées.
Un hémisphère du cerveau du dauphin dort, pense t-il, puis se réveille laissant l’autre s’endormir à son tour. Celui qui veille est tout entier dehors et dedans, sans un centre, sans partie, le milieu est en paix.l'oeil_du_béluga_Eric_Kilby_Flickr

de l’avenir du parc

 

Du troc de coquillages et cailloux rares ceux qui ont roulé sous terre préoccupent. Les animaux en voie d’extinction si nombreux se réveillent d’une tuerie et d’un rêve accourent vers les grottes. Ce seront des parcs, des sanctuaires. La préservation des espèces passe par leur domestication, les dieux sont aimés morts, si nous les appelons encore dieux c’est pour être leur sauveur, nous les aimons conjurant la contagion des petites figures, l’esclave est par définition très mal éduqué. Le parc met les animaux en valeur sans leur faire aucun mal (leur valeur est assurée) ils œuvrent par eux-mêmes à leur émancipation en version augmentée, enfin quelqu’un avec qui parler.

La montagne elle-même, sans plus aucun animal, est spontanément, viralement, devenue emblème, parc d’attractions que l’on voit de loin. Sur ses flancs des files humaines longent des couloirs aux rampes sécurisées. Vu du ciel la boucle se referme. Des arbres subsistent accrochés à la pente du précipice, dommage qu’il soit interdit de les couper.

REUTERS:SCANPIX - Cygne augmenté
(@Reuters) – Cygne augmenté
(Du film d' Adam Curtis - It Felt Like a Kiss-
(Du film d’ Adam Curtis – It Felt Like a Kiss-)

SANS SUITE XIX

 

Anticipation, retour au point initial. Le chien, déplorant son maître tant rompu et fourbu aux mêmes trajets répétitifs, se fait loup, l’entraîne à répondre, à le rendre apprenti chasseur-dresseur, à devenir ce qu’il était, à rendre la forêt plus dense.

Puis le maître passe à l’écriture (paraît-il vraiment avoir les cinq ans qu’on lui donne ?) qu’il abandonne aussi vite. Du tac au tac, à ses pinceaux ses dessins sur le mur, partout des chiens qui parlent.

Maison de luxe sur grand terrain, course entièrement close des deux bergers allemands libres soudain éponges aux pieds du maître.

Les animaux miroirs gardiens des rêves de leurs maîtres sans parole.

De mémoire, du séminaire consacré au bouddha il n’y a que la vache, par la fenêtre de la salle, le silence sous ses pis.

Au concours « libérer le corps » l’élu, beau, léger, est l’escargot.

Souris timide et vive, yeux noirs lumineux, été gris.

Les pigeons adorent les prestidigitations.

Quel spectacle pour le lapin à peine surgi du chapeau !

La salamandre torsade les fables, les idoles, les mensonges des morts aux vivants.

Utopie timide, l’œuf que mange le renard

L’huitre enferme l’écho comme l’araignée tisse sa toile, l’huitre s’enferme dans l’eau.

La chaîne, l’éléphant tire l’arbre

érosion

Là-bas, me dit-on, où la terre est très ferme, les corbeaux ont l’odeur de fleurs d’ortie. Je ne dis rien, mes animaux me comprennent. De perdre tout intérêt à la marche du monde, l’idée que l’espace soit le coeur d’un vaste OVNI console ma bêtise. Je baisse les yeux au plus près de ce qui les ouvre, le feu suit le creux, l’appel d’air, remplit l’ombre, entre par effraction dans l’étendue de l’espace glacial.

Stray Dog, Misawa 1,971 Daido Moriyama ©

dormir debout

James Irwin - David Scott , Apollo 15, Août 1971. delta de Hadley, à 10,5 miles du pied de la chaîne des Apennins en arrière-plan.

Déambuler aux aurores boréales mortes, mission d’agrandir la nuit, collecter de cosmiques tessons zéro de l’infini sur la pleine lune qui pleure sa sève.

L’envers l’endroit pliés, la tranche d’un temps continu, le fil rompu, têtard célibataire rejeté sur la berge. immobilisé, plaqué au mur sur le trottoir du tunnel, l’horloge derrière soi. la terre, notre cœur bleu s’abandonne, loin l’horizon qui alors t’échappait, désormais seul tu fonces dans l’air minéral, mais étais-tu vraiment seul ? chacun te serre, une poignée de milliards d’hommes en ronde, les yeux levés les yeux sur les écrans, le silence, pas le calme, la rue noire de nuit, de monde, c’est le rêve, enfin bon… et tu criais (peut-être craignais-tu les fantômes ) « vive le lumpenprolétariat ! »

Sortie d’une sieste sous luminothérapie, son pyjama ouvert, l’aïeule et blanche dentelière est sans voix, l’apothicaire lapin de jade aluni par son double reçoit sa médaille et  s’évanouit, les oiseaux de Schrödinger déplacent d’un cil le silence, mais avant nous plongeâmes, poisson retournés à si grande vitesse que nous ne pouvions plus réfléchir, juste suivre les failles entre les éclats des miroirs brisés, otages de nos histoires à dormir debout

___________ #3

où en lisière de ville surgissent six bouquetins la marche du soir est somnambule. très loin des yeux, par où le pont trois voies gronde, aux fenêtres éclairées des immeubles, aux rideaux, lumière de stores, aux zones noires, derrière la nuit, stores entrouverts, ici lumière d’hiver terreuse et dorée bordée de reflets brumeux, d’un soleil couchant, lumière d’écorce brune, grise, petit vent, chemin boueux, flaques qu’on évite, lourde couverture herbeuse la pente en courts mamelons descend, comme des flots tombés, et le sifflement explosif du pinson me réveille

petites_choses_reflections