tête comme nature morte

levé de soleil sur la place Tiananmen  Pékin. China photopres

La mémoire des machines et l’orbitale mémoire vive du net nous rappellent que nous ne sommes pas seuls, un spectre mou traverse notre matière. Pas seuls car branchés à nos prothèses, leurs précisions nous modèlent. Nous travaillons à ce que la vie intérieure soit au cœur de la machine, nous rêvons de vacances éternelles.

Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Vous voyez les choses qui étaient à l’intérieur de vous. Ceci est l’utérus, le site original de l’imagination. Vous ne déplacez pas vos yeux de l’écran. Vous êtes devenus invisibles. Les images vous captivent, mais tout de même vous vous assoupissez. Vous pouvez toujours voir chaque détail clairement, mais ne pouvez pas en saisir la signification. Quand un changement dans votre vie spirituelle arrive, il n’affecte que des fragments de cette surface. Vous ne serez pas distraits, ni par une autoréflexion, ni par la dernière lueur des choses maintenant perdues pour toujours. Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Pour un instant tout s’enchaîne. Mais alors un nouveau modèle d’ordre/désordre apparaît devant vous, toujours dans cet ordre. Vous êtes de nouveau dans un rêve, marchant sur des chemins infiniment sinueux. Et vous ne trouvez pas votre sortie du labyrinthe qui, vous en êtes convaincu, a été créé seulement pour vous.  Philip K. Dick

dormir debout

James Irwin - David Scott , Apollo 15, Août 1971. delta de Hadley, à 10,5 miles du pied de la chaîne des Apennins en arrière-plan.

Déambuler aux aurores boréales mortes, mission d’agrandir la nuit, collecter de cosmiques tessons zéro de l’infini sur la pleine lune qui pleure sa sève.

L’envers l’endroit pliés, la tranche d’un temps continu, le fil rompu, têtard célibataire rejeté sur la berge. immobilisé, plaqué au mur sur le trottoir du tunnel, l’horloge derrière soi. la terre, notre cœur bleu s’abandonne, loin l’horizon qui alors t’échappait, désormais seul tu fonces dans l’air minéral, mais étais-tu vraiment seul ? chacun te serre, une poignée de milliards d’hommes en ronde, les yeux levés les yeux sur les écrans, le silence, pas le calme, la rue noire de nuit, de monde, c’est le rêve, enfin bon… et tu criais (peut-être craignais-tu les fantômes ) « vive le lumpenprolétariat ! »

Sortie d’une sieste sous luminothérapie, son pyjama ouvert, l’aïeule et blanche dentelière est sans voix, l’apothicaire lapin de jade aluni par son double reçoit sa médaille et  s’évanouit, les oiseaux de Schrödinger déplacent d’un cil le silence, mais avant nous plongeâmes, poisson retournés à si grande vitesse que nous ne pouvions plus réfléchir, juste suivre les failles entre les éclats des miroirs brisés, otages de nos histoires à dormir debout

purgatoire

Claudine Doury - Loulan Beauty 2l’enfance revenait héroïque, l’île déserte que nous découvrions est un champ de ruines

tv paradisio

Harry Gruyaert G-B & FranceIl n’avait jamais vu une télévision, la télévision. Il pensa qu’en son absence les hommes furent allés au bout de leur rêve, il usait du passé simple n’y croyant qu’à moitié. Qu’ils avaient fait jonction entre somme et éveil, passé un compromis, des couleurs aux nuits blanches. On pouvait voir le monde bouger sans voyager ou prendre l’avion sans jamais se poser, voir tourner le monde sur une tête d’épingle, on pouvait vendre la vie en pièces et les détacher de sa misère, suivre le monde en pièces, recomposé sur la même place. Jusqu’aux pistes de montagne, par le rétroviseur intérieur du bus, on abandonnait l’éloignement interminable des sommets en déplaçant le regard juste de coté, vers où on allait, dans la télévision, glissant sur la musique d’une marque de savon. L’aurore si attendue qu’on en supportait la nuit tout autour.  

zones blanches

Charles W. Blackburne, [Photo Studio de Cooper et Curiosity Shop de Belgrave, Bridgetown, Barbade

sur les cartes les zones blanches gagnaient. nous devions passer chaque matin au levé dans la chambre noire, plonger dans un bain et remonter parmi des éclats de lumière éparses qui dans nos yeux à l’air libre dansaient un moment puis s’éteignaient, laissant légèrement abruti, étrangement encombré froissé d’une transparence mal ajustée. c’était la façon que nous avions de passer à travers la poussière de vents gris qui traversait les rues, de sortir de chez nous, passer les checkpoints et voir si le soleil. le temps devenait ce qui restait, pour autant n’en étant pas plus court. à bien chercher, l’ennui était à découvert, hôte nu sur le banc. tu apprenais à agrandir l’angle par lequel l’espace te parvenait, à tes pieds jusqu’au lointain le plus flou. les limites des choses qui arrivaient se multipliaient, alors tu t’allongeais, tranquillisé.

échappée belle

avant le rêvele gel recueillera le ciel haut du dimanche

les distances ne seront plus

le rayon sinueux du soleil habillera notre départ