cubes et cercles

Après avoir partagé la pièce de 20 m2 en quatre chambres en croisant deux nouveaux murs, creusé trois portes,  chacun prolonge l’ouvrage et s’unit enfin au sommeil.

Les éléments naissent et disparaissent, de qualités si diverses qu’ils sont inquantifiables. Aucun élément ne peut un jour rejoindre la structure enfin entrevue. Dieu est un bricoleur du dimanche dans la ferraille et les aimants.

Autre cube, vaste et non divisé, autour duquel nous avions l’impression de tourner par ses nombreuses portes ouvertes au regard: selon l’entrée les objets ou les êtres étaient vus sous des angles et des distances variables; leurs formes et leur nature changeaient. Ici les formes accouraient au plus loin hors du centre comme si le bord suspendait le mouvement. Malgré l’invasion des formes l’agitation restait pacifique, la défaite en perpétuel éparpillement, une victoire de la dispersion. La vue panoramique attirait l’oeil  sur de petits cratères en forme de couronne, de petits lits de terre où dort la voute céleste.
D’autres formes mieux assagies, appliquées et maladroites, pataugeaient, se figeaient, sans direction, sans réponse dans un paysage d’enfance agité et rêveur.

sérieux souci

 

Et des multiples façons de se prendre au sérieux, de s’en soucier, d’être bien cette personne sérieuse, d’être dans le miroir cette personne, sérieusement faire la place, agrandir le cadre, les yeux brillants comme le miroir lui-même, car dans le noir pas moyen de se laisser faire, guidé de la main, éviter tous objets (sauf la silhouette des rêves où la main se déprend) épousant le lendemain que tu auras oublié. Le miroir n’est pas bavard, tes yeux font silence, congédient les importuns dans la nuit des mickey’s.

communication

 

Selon une étude lorsque nous « communiquons » les interprétations faites s’avèrent fausses dans 70% des cas, comment savoir ? L’hypothétique observateur que chacun croit être est ce troisième larron qui donne à la scène son relief, son point de fuite, où les guerres pourraient donc être le fait des meilleures intentions. L’hostilité, la vanité, l’esprit suiveur produisent des incompréhensions qui ne viennent ni de l’une ou l’autre partie et qui, réjouissons-nous, perdent quiconque se risque à démêler la drôle d’affaire.

Justin Delareux

commandement libre

Banbury-Enigma- Turing

Le robot sera notre cher moi, centre augmenté de soi dans les limbes des commencements. S’affairer au happy-end du film « libre-arbitre », larguer le languissant, le trop défaillant, le souffrotant.

Entrée des figurants dans un espace qui leur ressemble, des châteaux sur la plage, reculer la marée. Dans l’attente du changement, de nouveaux modèles d’action, de nouveaux commandements.

tête comme nature morte

levé de soleil sur la place Tiananmen  Pékin. China photopres

La mémoire des machines et l’orbitale mémoire vive du net nous rappellent que nous ne sommes pas seuls, un spectre mou traverse notre matière. Pas seuls car branchés à nos prothèses, leurs précisions nous modèlent. Nous travaillons à ce que la vie intérieure soit au cœur de la machine, nous rêvons de vacances éternelles.

Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Vous voyez les choses qui étaient à l’intérieur de vous. Ceci est l’utérus, le site original de l’imagination. Vous ne déplacez pas vos yeux de l’écran. Vous êtes devenus invisibles. Les images vous captivent, mais tout de même vous vous assoupissez. Vous pouvez toujours voir chaque détail clairement, mais ne pouvez pas en saisir la signification. Quand un changement dans votre vie spirituelle arrive, il n’affecte que des fragments de cette surface. Vous ne serez pas distraits, ni par une autoréflexion, ni par la dernière lueur des choses maintenant perdues pour toujours. Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Pour un instant tout s’enchaîne. Mais alors un nouveau modèle d’ordre/désordre apparaît devant vous, toujours dans cet ordre. Vous êtes de nouveau dans un rêve, marchant sur des chemins infiniment sinueux. Et vous ne trouvez pas votre sortie du labyrinthe qui, vous en êtes convaincu, a été créé seulement pour vous.  Philip K. Dick

l’aéroport est une grotte à ciel ouvert

Il serait facile, souhaitable, que les aéroports puissent disparaitre d’une seconde à l’autre. Que faire alors des milliers d’avions embouteillés, collés aux pistes, et des tours désertées, du ciel désolé? Des musées relanceraient les horloges et les messages, traceraient des couloirs de circulation au milieu des herbes du temps passé avec entrées sur des serres, des parcs ethnicisés, des répliques à dormir, des trappes à souvenirs, des musées en live permanents. Avec des forêts aux lisières labyrinthes, repoussant les cités dortoirs, aperçues au détour d’un regard, accoudées à des hameaux dévastés. Les voyages, enfin, se feraient sur place, des tenues de trekking assouviraient la marche nulle des désœuvrés. L’aube s’y lèverait entre chien et loup pour s’éterniser de telle sorte qu’après quelques pas, quelques jours, s’asseoir serait d’évidence l’unique façon de s’élever (fini les longs sommeils au-dessus de la mer journaux bavant sur les genoux) ; l’ouïe alors se ferait plus fine, l’aérogare s’emplirait de silence dans l’horizon arrêté, aux dimensions vivantes, dilatant les pupilles, explorant le plus ou moins proche coin d’ombre d’où sortir d’où voir (c’est pareil), une lumière.

L’aéroport, géométrie vue du ciel, serait ramené à une boîte, un coffre, où les incessants atterrissages et décollages, trouveraient une résolution. À pied, à perte de vue, le soir venu, une porte d’accueil, offrant aux endormis, aux indécrottables nostalgiques les traînées blanches rectilignes sur l’oreiller du coffre à voyage.