
S. Beckett, extrait d’une lettre à Robert Pinget, 1956
Le Dépeupleur, dit par David Warrilow. Partie 1 / 2ème / 3 ième
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L’expulsé dit par Roger Blin (fr-Cult) – Partie 1 / 2ème / 3ième / 4ième
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Note prise par Flaubert; « c’était par zèle de charité … à copier le texte »:
p. 117: Autrefois la société tout entière était religieuse et constituée religieusement; elle croyait, en arrachant un homme à l’hérésie, l’arracher à un supplice éternel, et c’était tout le zèle de la charité qu’elle employait à combler l’abîme dans lequel des populations en masse pouvaient se précipiter aveuglément. Le sang répandu ne l’était qu’avec la plus vigilante sollicitude pour l’âme du coupable, que l’Église s’efforçait jusqu’au bout d’éclairer et de reconquérir.« Examen critique des doctrines de la religion chrétienne, par Larroque »
Dans cet Empire, l’Art de la Cartographie avait atteint une telle perfection que la carte d’une seule province occupait toute une ville, et que la carte de tout l’Empire occupait toute une province. Avec le temps, ces cartes démesurées ne furent plus suffisantes et les collèges de cartographes firent une carte de l’Empire qui avait la taille de l’Empire et qui coïncidait point par point avec lui. Moins attachées à l’étude de la cartographie, les générations suivantes comprirent que cette carte dilatée était inutile et, non sans impiété, ils l’abandonnèrent aux inclémences du soleil et au froid de l’hiver. Dans les Déserts de l’Ouest, subsistent des Ruines très abîmées de la Carte. Des animaux et des Mendiants les habitent. Dans tout le Pays, il n’y a plus d’autre trace des Disciplines Géographiques. Suárez Miranda :Viajes de Varones prudentes, (1658) imaginé par J.-L. Borges, Histoire universelle de l’infamie/Histoire de l’éternité « De la rigueur de la science » p. 129-130.
Le réseau est notre cartographie dupliquée à l’infini par écrans et corps confondus, des courbes oscillent, des tuyaux dans lesquels on se déplace avec son petit monde qui fait de l’ombre. De là-haut l’accès aux informations est total, instantané, sans faille, où chacun, en petit cartographe, est la cible. Catégories et propriétés, goûts, contacts, finances, identité, déviance etc. définis. Vies privées cartographiées en lesquelles se creuse ce qui est possible et ce qui est interdit. L’identité est internaute. Le ciel fluidifie les déplacements de nos usines à machines et à aliments. Transparence et confidentialité – pour un monde de la loi où la vie privée devient anomalie. Le speech de Le Lay sur le temps de cerveau disponible a fait son temps. Ignore ton passé, entre ici, ton avenir ; le reste du temps réduit à ressembler peu ou prou au modèle. L’église a triomphé, l’espace sidéral n’a plus besoin des yeux, seul avançant dans la lumière rien ne pourra plus jamais arriver.
Je viens de corriger la version allemande des Syllogismes. Quelle fatigue ! Il y a tant de mauvaise humeur dans ce livre que ça en devient écœurant et intolérable. Avec quelle joie, après cet exercice suffocant, n’ai-je pas écouté la Messe que Scarlatti a composée l’année de sa mort ! On fait une œuvre avec de la passion, non avec de la neurasthénie ni même avec du sarcasme. Même une négation doit avoir quelque chose d’exaltant, quelque chose qui vous relève, qui vous aide, vous assiste. Mais ces Syllogismes, corrosifs en diable, c’est du vitriol, ce n’est pas de l’esprit. M. Cioran, Cahiers, Gal., p. 550.

Comment s’étendre le lendemain sur une idée dont on s’était occupé la veille ? — Après n’importe quelle nuit, on n’est plus le même, et c’est tricher que de jouer la farce de la continuité. — Le fragment, genre décevant sans doute, bien que seul honnête. (Cioran, Écartèlement, Œuvres, Gal. coll. « Quarto » p. 1495.)
« Pourquoi des fragments ? » me reprochait ce jeune philosophe. — « Par paresse, par frivolité, par dégoût, mais aussi pour d’autres raisons… » — Et comme je n’en trouvais aucune, je me lançai dans des explications prolixes qui lui parurent sérieuses et qui finirent par le convaincre. (Cioran, Aveux et anathèmes, Œuvres, Gal. coll. « Quarto »p. 1723)
(version intégrale, Vostfr. Documentaire de John Dullaghan, 2003. Une critique ici )
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(Blue Bird)
il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui / veut sortir / mais je suis trop coriace pour lui, / je lui dis, reste là, je ne veux pas / qu’on te voie.
il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui / veut sortir / mais je verse du whisky dessus et tire / une bouffée de cigarette / et les putains et les barmen
/ et les employés d’épicerie / ne savent pas / qu’il est / là.
il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui / veut sortir / mais je suis trop coriace pour lui, / je lui dis, / tiens-toi tranquille, tu veux me fourrer dans / le pétrin ? / tu veux foutre en l’air mon / boulot ? / tu veux faire chuter les ventes de mes livres en / Europe ? / il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui / veut sortir / mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir / que de temps en temps la nuit / quand tout le monde dort. / je lui dis, je sais que tu es là, / alors ne sois pas triste. / puis je le remets, / mais il chante un peu / là-dedans, je ne le laisse pas tout à fait / mourir / et on dort ensemble comme / ça / liés par notre / pacte secret / et c’est assez beau / pour faire pleurer, mais / je ne pleure pas, / et vous ?
Charles Bukowski – Avec les damnés, Grasset
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(Une réplique)
Les gens survivent pour finir avec les mains ouvertes pleines / de rien. / Je me souviens du poème de Carl Sandburg, Le / peuple, oui. / Belle pensée, mais complètement erronée: / le peuple n’a pas survécu grâce à une noble / force mais grâce au mensonge, au compromis et à / la ruse. / J’ai vécu avec ces gens, je ne sais pas très bien / avec quels gens Sandburg / a vécu. / Mais son poème m’a toujours fait chier. / C’était un poème qui mentait. / C’était Le peuple, non. / Alors et maintenant. / Et pas besoin d’être un misanthrope pour / dire ça.
Espérons que les futurs poèmes célèbres / comme celui de M. Sandburg / auront plus / de sens.
«This rejoinder», in World Letter n° 2, Iowa City, 1991, page 3, traduit par Ph. Billé
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Site américain très riche sur Bukowski ici