le même jour

(Pozzo) « Vous n’avez pas fini de m’empoisonner avec vos histoires de temps? C’est insensé! Quand! Quand! Un jour, ça ne vous suffit pas, un jour pareil aux autres il est devenu muet, un jour je suis devenu aveugle, un jour nous deviendrons sourds, un jour nous sommes nés, un jour nous mourrons, le même jour, le même instant, ça ne vous suffit pas? Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau ».  (S. Beckett, En attendant Godot, Minuit. P. 126)

Image[N'y a-t-il pas un monde invisible] - [estampe] : Odilon Redon

ça que je suis

« C’est peut-être ça que je sens, qu’il y a un dehors et un dedans et moi au milieu, c’est peut-être ça que je suis, la chose qui divise le monde en deux, d’une part le dehors, de l’autre le dedans, ça peut être mince comme une lance, je ne suis ni d’un côté ni de l’autre, je suis au milieu, je suis la cloison, j’ai deux faces et pas d’épaisseur, c’est peut-être ça que je sens, je me sens qui vibre, je suis le tympan, d’un côté c’est le crâne, de l’autre le monde, je ne suis ni l’un ni l’autre »    Samuel Beckett, l’innommable, Paris, 1953, p.204

Steve Schapiro. Samuel Beckett En regardant Parrot, New York 1964

crépuscule de l’aube

Suzuki Kiitsu, herbe d'Automne période Edo, 19e siècle

« Mais pour Macmann, ouf, le revoilà, c’est bien un soir de printemps, un vent d’équinoxe rage le long des quais, bordés de part et d’autre du fleuve de hauts bâtiments rouges, dont beaucoup sont des entrepôts. Ou c’est peut-être un soir d’automne et ces feuilles qui tournoient dans l’air, venues d’on ne sait où, car ici il n’y a pas d’arbres, ne sont plus les premières de l’année, vertes à peine, mais des vieilles, qui ont connu les longues joies de l’été et ne sont plus bonnes maintenant qu’à faire de l’humus, maintenant que les hommes et les bêtes n’ont plus besoin d’ombre, au contraire, ni les oiseaux de nids où pondre et couver, et que même là où aucun coeur ne bat les arbres doivent noircir, quoiqu’il y en ait paraît-il qui restent toujours verts, on se demande pourquoi. Et à Macmann cela est sans doute égal que ce soit le printemps ou l’automne, à moins qu’il ne préfère l’été à l’hiver ou inversement, ce qui est peu probable. Mais on aurait tort de croire qu’il ne bougera jamais plus, ne changera jamais plus de place ni d’attitude, car il a encore toute la vieillesse devant lui, et puis ensuite cette sorte d’épilogue où l’on ne voit pas très bien de quoi il s’agit et qui ne semble pas ajouter grand’chose au déjà acquis ni lui enlever rien de sa confusion, mais qui a sans doute son utilité, comme on laisse sécher le foin avant de le rentrer » Malone Meurt, Samuel Beckett, Minuit, p 94

désir zombie (F. Lordon)

Un être qui s’habitue à tout, voilà, je pense, la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme.  Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts, Paris, Gallimard, 1977., p. 44.

Je transpirais abondamment. (Un temps.) Autrefois. (Un temps.) Plus maintenant. (Un temps.) Presque plus. (Un temps.) La chaleur a augmenté. (Un temps.) La transpiration diminué. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps.) La façon dont l’homme s’adapte. (Un temps.) Aux conditions changeantes.   S. Beckett, Oh les beaux jours, Paris, Minuit, 1963, rééd. 2001., p 43

( lisez cet éloge de la gratuité, l’Antimanuel d’économie, de Bernard Marispdf)

Beckett, archives sonores

Ne perdez pas courage- branchez-vous sur le désespoir et chantez pour nous.   S. Beckett, extrait lettre à Robert Pinget en 1956.
Ne perdez pas courage- branchez-vous sur le désespoir et chantez pour nous.
S. Beckett, extrait d’une lettre à Robert Pinget, 1956

Le Dépeupleur, dit par David Warrilow. Partie 1  /   2ème  /   ième

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L’expulsé dit par Roger Blin (fr-Cult) –  Partie 1  /  2ème  /   3ième  /   4ième

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Cendres, pièce radiophonique en un acte pour cinq personnages. Réalisation : Jean-Jacques Vierne, 1966. Delphine Seyrig (Ada), Roger Blin (Henry), Jean Martin (Maître), Arielle Semenof (Addie) –

Partie 1  /  2ème  / 3ième

Catégorèm / prolégomènes à la promotion sociale

« Seul ce qui ne cesse de faire mal reste dans la mémoire. » La Généalogie de la morale, in F. Nietzsche, œuvres, R. Laffont, « Bouquins », t. II, p. 806

« Tels que je connais nos services, et je n’en connais que les échelons subalternes, ils ne s’amusent pas à rechercher les culpabilités au sein de la population ; c’est au contraire, et conformément aux termes même de la loi, la culpabilité qui les provoque et suscite l’envoi des gardiens comme nous. La loi est ainsi faite. Il n’y a place pour aucune erreur. -je ne connais pas cette loi dit K -c’est d’autant plus fâcheux pour vous dit le gardien. » F. Kafka, Le Procès, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Paris, GF, 1984, p. 29.

« La saleté est le sous-produit d’une organisation et d’une classification de la matière, dans la mesure où toute mise en ordre entraîne le rejet d’éléments non appropriés. » Mary Douglas De la Souillure. Essais sur les notions de pollution et de tabou,  La Découverte & Syros, 2001, p. 55

« Le péché originel, le vieux tort fait par l’homme, subsiste dans le reproche que fait l’homme et dont il ne démord pas, qu’il lui fut fait tort, qu’on lui a fait le péché originel.» Kafka, Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin, Rivages Poche, p 91

«  Leoparden brechen in den Tempel ein und saufen die Opferkrüge leer das wiederholt sich immer wieder : schließlich kann man es vorausberechnen, und es wird ein Teil der Zeremonie ».

« Les léopards font irruption dans le temple et vident la coupe du sacrifice ; cela se répète toujours ; au bout du compte, on peut le prévoir, et cela devient une partie de la cérémonie » Franz Kafka, Journal

« j’étais ému d’être libre au milieu d’un peuple entier mis à l’index. Sans doute y volai-je comme ailleurs mais j’en éprouvais une sorte de gêne car ce qui commandait cette activité, tout une nation le connaissait et le dirigeait contre les autres. C’est un peuple de voleurs, sentais je en moi-même. Si je vole ici je n’accomplis aucune action singulière (..) j’obéis à l’ordre habituel. Je ne le détruis pas. Je ne commets pas le mal, je ne dérange rien. Le scandale est impossible. Je vole à vide. » (En 1937, à Berlin) Genet, journal du voleur.

« E : Et qu’a- t-il répondu ? V : Qu’il verrait. E : Qu’il ne pouvait rien promettre. V : Qu’il lui fallait réfléchir. E : A tête reposée. V : Consulter sa famille. E : Ses amis. V : Ses agents. E : Ses correspondants. V : Ses registres. E : Son compte en banque. V : Avant de se prononcer. » Beckett, en attendant Godot

lucarnes dominicales

« De tout temps le bruit court ou encore mieux l’idée a cours qu’il existe une issue. Ceux qui n’y croient plus ne sont pas à l’abri d’y croire de nouveau conformément à la notion qui veut tant qu’elle dure qu’ici tout se meure mais d’une mort si graduelle et pour tout dire si fluctuante qu’elle échapperait même à un visiteur. Sur la nature de l’issue et sur son emplacement deux avis principaux divisent sans les opposer tous ceux restés fidèles à cette vieille croyance. Pour les uns il ne peut s’agir que d’un passage dérobé prenant naissance dans un des tunnels et menant comme dit le poète aux asiles de la nature. Les autres rêvent d’une trappe dissimulée au centre du plafond donnant accès à une cheminée au bout de laquelle brilleraient encore le soleil et les autres étoiles. Les revirements sont fréquents dans les deux sens si bien qu’un tel qui à un moment donné ne jurait que par le tunnel peut très bien dans le moment qui suit ne jurer que par la trappe et un moment plus tard se donner tort de nouveau. Ceci dit on n’en est pas moins certain que de ces deux partis le premier se dégarnit au profit du second. Mais de façon si lente et si peu suivie et bien entendu avec si peu de répercussion sur le comportement des uns et des autres que pour s’en apercevoir il faut être dans le secret des dieux. » S. Beckett, Le Dépeupleur