Le livre d’image

«Te souviens-tu encore comment nous entraînions autrefois notre pensée?
Le plus souvent nous parlions d’un rêve…
Nous nous demandions comment dans l’obscurité totale
Peuvent surgir en nous des couleurs d’une telle intensité
D’une voix douce et faible
Disant de grandes choses
D’importantes, étonnantes, de profondes et justes choses
Image et parole
On dirait un mauvais rêve écrit dans une nuit d’orage
Sous les yeux de l’Occident
Les paradis perdus
La guerre est là…»
Jean-Luc Godard

Arte programmera « Le Livre d’image » le 24 avril à 22h25 avant même que le film passe par les salles. Pour l’heure, cafés, cabarets, friches industrielles, églises & temples désaffectés tiennent lieu de salle de projection.

un trou dans le plan

 

L’histoire avance dit-on comme on le dit du temps, des changements visibles et manifestes opèrent sous les yeux, quoique avec un léger décalage, de telle sorte qu’on ne la perçoit qu’une fois en bout de course ; une autre a commencé, lestée de ce recul, continuant de la même démarche casse-gueule. La pensée, refaite à neuf, imparable imitatrice, l’accompagne. D’une ombre se redessinent les plans.

 

L'ENFANCE D'IVAN, Andreï Tarkovski
L’Enfance d’Ivan, Andreï Tarkovski

Il y a un an les studios Mosfilms ont mis en ligne sur YouTube cinq des films d’Andreï Tarkovski, dans des versions restaurées et sous-titrées:   L’enfance d’Ivan (1962)   –   Andreï Roublev (1966) partie I & II   –    Solaris (1972) partie I & II   –    Le Miroir (1975)   –    Stalker (1979)

Campagne / 1

 

La ville appelle à l’inaction, son activité largement distrait. La campagne meurt sous l’inaction, il la faut méditer, tu refermes la fenêtre quand le froid est plus froid, quand le chaud est trop chaud, ni dedans ni dehors, rien ne peut être trouvé, mais au sol, face à face la grenouille, en échange d’insectes de limaces d’escargots et vers de terre, distance et territoire plantés, côtoiement dans un espace limite et sien là où elle insaisissable reine colle sur toi ses yeux.

Après des jours de ciels comateux ou orageux, parmi l’éparpillement certaines obsessions fixes rendent les armes, le ciel haut du jour est à photographier, clair, venteux, vide.

Toujours un bruit brise le magma sonore de la ville. Recommencer, reprendre, élargir la séquence, chercher les trous d’air, le flux continu. L’enveloppe sonore n’est pas une enveloppe, ni le murmure intérieur.

Le soir est tombé et tous les habitants ont déserté leur maison. Où sont-ils? Personne ne sait s’il y a longtemps.

Juste après la pluie, avec un temps d’avance elle sourit, sous l’entassement coule un lent filet de sable.

 

à côté

 

« On ne sort pas intact. On sort liberé. On a vu le bout et on sait que demain dans la rue, la différence n’est pas si grande. Heureusement il y a des fous en liberté. »
« On ne sort pas intact. On sort libéré. On a vu le bout et on sait que demain dans la rue, la différence n’est pas si grande. Heureusement il y a des fous en liberté. » R. Deapardon

Ils dorment la plupart du temps leur vie blanche et même au-delà tant jour et nuit s’oublient à coté de la mort. Par la persienne, sans le paquebot sur la mer, pas d’avant ni d’après, juste l’étendue variable du ciel ouvert fermé. Leurs sporadiques éveils sont tout agitation, ils inspirent, respirent dans leur peau, saturent leur propre air, et à la dispersion dehors ils vont courants encombrés comme morts. L’invasion mentale vire en assaut contre le monde, à l’enserrer d’un nœud de mots, un bloc qui ne pèse qu’une seconde. Ils instruisent un éternel procès où leur corps fendu persiste, accusateur.