vocis imago

auteur inconnu

Toujours, même la dernière personne au monde, quelqu’un se souvient, il y a des souvenirs, des images perdues dans des vues sans point fixe, des yeux sur les archives égarées de la dune. Quelqu’un se souvient et personne ne se souvient qui, lequel pensent-ils, n’existe pas. Personne ne veut, pourtant on se presse au portillon final, impatient, tendant l’oreille.

Par imagerie, fenêtre sur la façon dont le cerveau in fine « fabrique » les souvenirs.

avant que

avant que les robots ne se suicident, nous nous serons efforcés bien avant eux de faire le tri parmi nous, énergiquement, avant qu’il ne soit trop tard, afin que les robots nous viennent en aide à faire le tri parmi nous parmi le vide

retour sur l’avenir

Le pont n’existe plus, l’autre coté du paysage où tu voulais te rendre a changé. Tu n’es pas du tout à l’endroit où tu croyais être, tu as fait fausse route. À la place une impasse, la montagne ou la mer. Tu es sur le point de disparaître dans le décor, tu es une farce, tu es trop tard, tu fais retraite pour te soigner.

À l’écran il dessine un à un les éléments de l’avenir, avec maîtrise les convoque, les juxtapose, le rythme d’exposition et d’agrégation est bluffant. La carte se dessine, les points tracés à mesure se répondent, points et liens se confondent, la terre est ronde, l’intelligence un bolide, le scénario en suspens, le spectacle éveille. On est l’événement, il annonce, tu entres dans la durée, il s’agit d’être au premier rang, la chronologie commence là. Tu disputes, tu paries, tu es le cheval, le bourrin, jusqu’à la dernière image ni toi ni personne ne le sait.

Varujan Boghosian, %22James Joyce à Dublin%22 (2003)

fossiles de lumière et du temps

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(toutes les citations ci-après sont extraites de « Daido Moriyama, Memories of a Dog, Nazraeli Press, 2004″, ou glanées dans des entretiens)

Je regarde absent les lumières de la ville vaciller à travers l’air tiède qui flotte sur la place de la gare, et je ressens l’impatience de mon esprit qui n’a pas encore tout à fait quitté la ville d’hier, alors que mon corps est bien arrivé dans cette nouvelle ville.

Daido Moriyama-courtesy-of-miyanomori-art-museum

Quoi que je cherche, rien ne s’est encore révélé. Alors je continue ma route. Chaque jour est un voyage de l’esprit et du corps à travers un labyrinthe. Parfois, mes étapes suivent un chemin. D’autres fois, je me retrouve à errer. Les différents domaines où je vais sont comme des parties disjointes d’un puzzle, sans que jamais je trouve leur résolution.

Alors que je poursuivais mon périple, les scènes qui se déroulaient sous mes yeux se confondaient avec des scènes que je gardais en mémoire. La confusion entre l’espace et le temps peut soudainement plonger le voyageur dans l’incertain.

Daido Moriyama Yokosuka (1970:1999 © Daido Moriyama

Le caractère documentaire de la photographie n’est pas simplement le fait de s’arrêter sur un événement. Il a plutôt la particularité d’être sans cesse lié à l’expression du temps qui s’étire indéfiniment avant et après cet événement.

Daido Moriyama NY 71

Il m’arrive de me questionner sur ce que fut la première clarté projetée dans mes yeux après ma naissance. Or, il m’est impossible de le savoir. Ensuite, je me demande ce que c’était ce paysage vu à tel endroit, lorsque je remonte dans mes souvenirs le plus loin possible. Je sais que ce n’est pas une sorte d’image nette, mais j’essaye d’en chercher une qui serait perçue de mon état étroitement défini, un état qui existe entre le sommeil et le réveil. Je cherche, par-ci et par-là, convoquant tous les éléments accessibles dans ma mémoire. Et si je parviens à une image vague, je crois que ce serait cela. Mais cette image n’est elle aussi qu’une fabrication de mon intention arbitraire, d’où je pourrais conclure que je n’ai jamais vu cette image, ou bien que je venais juste de la voir, ou alors que je ne la verrais que dans le futur. Cependant, il n’y a aucune certitude que je ne l’aie pas vue non plus.

SONY DSC

Le temps qui passe n’est pas perdu, il nous attend quelque part. Je conçois la mémoire comme un moyen et je poursuis mon voyage, c’est peut-être pour cela que je rassemble souvenirs et douleurs et que je me prépare au moment de l’éveil. La photographie ne se limite pas à documenter les choses mais à créer des souvenirs. C’est un processus d’histoire en guirlandes de souvenirs et de fossilisation du temps, mais plus encore, c’est le mythe de l’ombre et de la lumière. Pour moi la photographie ne consiste pas à observer sur le bas-côté ou à se limiter à la création d’une œuvre artistique superbe, mais à découvrir, au travers de sa propre expérience, les liens qui unissent les fragments du monde à sa propre vie et de parvenir à une rencontre spirituelle à travers ces fragments. Souvent je me sens à l’étroit entre introspection et expression de ma volonté, de ma réponse vis à vis de l’époque.

Daido Moriyama, Sans titre, de la série L'épopée en quelque chose de 1971 Source- http-::www.sfmoma.org:explore:collection:artwork:48391#ixzz3p122zdWc San Francisco Museum of Modern Art

Depuis quelques années, je suis en mesure de conjurer la conscience qu’il n’y a pas une once de beauté dans le monde, et que l’humanité est une chose d’une extrême laideur. Donc, je peux prendre des photos et croire en quelque chose.

1 Untitled, 2010, © Daido Moriyama

J’utilise l’appareil comme une procédure qui me demande sans cesse d’affirmer mon identité, me demandant: « Quel est le sens de la vie dans un monde et parmi les êtres humains, tout cela est si grotesque, scandaleux, et aussi accidentel que ce que je vis, et comment être avec cela être en contact ?

Daido Moriyama - Northern 03

La force d’écrasement de temps est devant mes yeux, j’essayer de la garder en appuyant sur le déclencheur de l’appareil photo.

Daido Moriyama -Hokkaido-005

Aujourd’hui, les gens prennent des photos avec désinvolture. Surtout de leur vie quotidienne. Leur attitude désinvolte envers la photographie est la même que la mienne. Il n’y a rien de juste ou de mauvais.

2 Untitled, 2010, © Daido Moriyama

Les photographies sont des morceaux du monde éternel – de la vie quotidienne ; des fossiles de lumière et de temps. Ils sont également des fragments du pressentiment, de l’inspiration, un enregistrement, la mémoire des êtres humains et de leur histoire, ainsi qu’une autre langue d’un monde devenant visible et intelligible grâce à l’objectivation de la réalité au moyen d’un appareil. Elles nous montrent la beauté, la tendresse, et aussi la laideur et la cruauté du présent et, non pas comme une réponse, mais toujours comme une nouvelle question. Je crois photographier des pièces d’un puzzle incomplet. C’est pourquoi je me suis mis à photographier et me suis consacré à la photographie.

Untitled, 2010, © Daido Moriyama

érosion

Là-bas, me dit-on, où la terre est très ferme, les corbeaux ont l’odeur de fleurs d’ortie. Je ne dis rien, mes animaux me comprennent. De perdre tout intérêt à la marche du monde, l’idée que l’espace soit le coeur d’un vaste OVNI console ma bêtise. Je baisse les yeux au plus près de ce qui les ouvre, le feu suit le creux, l’appel d’air, remplit l’ombre, entre par effraction dans l’étendue de l’espace glacial.

Stray Dog, Misawa 1,971 Daido Moriyama ©

sans suite III

Yasuhiro Ishimoto

Face à face, un robot débranché qui ne ressent pas moins ni plus, et un chat décontenancé dans la pièce où clignote la nuit.

Les robots sont dans la nature comme dans un garage désaffecté. Sur leurs lèvres, à leurs doigts, à leurs yeux, les architectures high-tech délivrent un mouvement imperceptible, extraordinairement léger, naturel, invivable.

Les catastrophes reposent le robot.

Agrandir le tunnel jusqu’à perdre de vue ses parois. Supporter, renforcer, charger la densité du monde miniaturisé. Inventer les fenêtres. Claquer son temps à chercher le sextant. Se sauver au ralenti.

Des robots sur le front des anomalies climatiques.

Dernier enthousiasme de l’homme, surpassé désormais au poker par le robot.

Ce fut quand le robot l’exécuta que la vache vit un homme pour le premier jour.

Les souris au moment de s’endormir dans la paille du trône se multipliaient ailleurs dans un silence musical.

Quand je regarde les gens comme des animaux j’arrive à écouter, même une envie de parler. Les mouvements animaux et les paroles métamorphosent les corps.

Le ciel ne l’intéressait presque plus depuis qu’il avait failli un jour se noyer. Les vaches lui donnaient le vertige.