sans suite 57

la réalité désaffectée comme entreprise de décontamination. condition optimale à des résultats statistiques fiables.

l’actuel comme interruption momentanée. l’actuel serait en miroir le produit déformé d’une machine, un organe, une greffe, un rejet servi le lendemain. l’horrible modernité pour oublier.

le plus embarrassant est que c’est et du lard et du cochon.

la folie apaise les hommes sauf ceux dont la jouissance insatiable fait qu’ils ne la reconnaissent pas. le monde normal se ronge de l’intérieur.

survivre est héroïque. Les maîtres du bondage convoitent ce qu’ils supposent être la jouissance de l’esclave.

motif de réjouissance, nous ne devenons pas pire. notre pouvoir de disparaître s’accroît à hauteur des nuisances.

les spécialisations et la répartition des tâches qu’ils se sont attribuées sont pilotées par des robots. le protocole soumet les personnes à dormir au passé.

puis un jour ce qui arrive dans l’actualité est de plus en plus lointain qui le lendemain te revient en pleine gueule.

Gas Station in California @Kevin Balluff

sans suite 56

ce qui est appelé le mal désigne une erreur, un aiguillage fatal, le point initial regardé du fond du trou pour ne plus en bouger.

les trous noirs sont un mystère, que quelqu’un existe et les mesure est plus mystérieux encore.

d’un pas qui à chaque pas détermine la précision de la mesure du pas sans tenir aucun compte de la distance prise.

sans suite 55 (bonnes nouvelles)

La météo vue du ciel inquiète seulement les morts.

Elle porte les yeux un peu plus loin là où tout devient flou. L’horizon s’élargit sous ses pieds.

La course du temps est courte, simple.

Anomalie: les nombres en se multipliant se miniaturisent.

Être rien, n’être rien pour choisir en fin.

Chaque nuit pendant qu’ils dormaient les passagers étaient transportés sur un autre bateau. Heureusement les péripéties de la vie débordent le temps disponible à se les raconter.

De la communication virtuelle à la rencontre physique être devenu un troisième personnage.

La seule solution disponible crée deux autres problèmes encore inconnus des anthropologues.

Guerre froide (Paweł Pawlikowski, 2018)

sans suite 54 ∼ (de l’âge)

 

Jeunes personnes à table sur la terrasse. Tu empruntes leurs positions corporelles, leurs expressions, tu plonges, tu crois te mettre dans leur tête, y trouver une place, ton époque revient, y était, c’était aujourd’hui et pour la première fois tu avais, au terme du voyage, tout le temps.

Vertige des discussions métaphysiques qui furent, d’autant qu’il y est désormais absent, il y a longtemps (comme si c’était hier) il avait été si moderne, si contemporain, exalté, désormais retourné à la grisaille sans reflet, témoin en fuite pas trop fiable, refuge dans un sommeil sans âge.

Un attroupement joyeux de petits enfants t’instruit de qui tu fus enfant. Temps où s’apprenait à parler, désormais percé d’empreintes séchées dures comme pierres.

Le vieillard tout au long de la journée attend que l’enfant se soit épuisé, la vie passe si vite.

Horreur, après tant d’années il mit le nez dehors, il n’y avait plus que des jeunes. Se terrant aussitôt, quand l’aventure oubliée il jette un œil au-dehors ; horreur, il n’y avait que des vieux !

Non, ce n’est pas lui, ce ne sont pas eux, c’est maintenant son tour de les voir vieillir à vue d’œil.

On ne le voit pas. Il a maintenant allègrement cent ans, ça dure ainsi, sans âge, la mort s’est amadouée avec lui qui en parait cinquante. Figé en sombre indécision, pantin pétri de douleurs au moindre mouvement, il se tient droit comme un cercueil.

Vieillard et enfant qui enlèvent les mots du langage. Le vieillard qui t’explique, ton innocence condamnée, l’oasis disparue.

Il est si vieux que même les vieillards le prennent pour un bébé.

Il retombe en enfance, regarde les femmes comme des enfants ou des mamans.

À quarante ans il écrivit ses pages les plus féroces contre les vieux. Après ça se gâte. Il les aligne au bord d’une falaise jusqu’à ce qu’un sourire éclaire un nombre suffisant ; il appelait ça le jeûne de l’esprit, leurs bouches ouvertes assoiffées par le sel.

Les vieux hésitent à dire bonjour aux jeunes, ou s’ils le font c’est d’y répondre trop tard, dépassé le temps passe trop vite.

 

 

sans suite 53

 

Sur la place le son de la cornemuse s’élève en une danse circulaire, l’enfilade des morceaux donne le vertige alors que les gens continuent de se masser. Les musiciens repus, nos moines les oiseaux restent stupéfaits et batifolent maladroits, sonnés par leur maître dont le sang cogne encore.

La chèvre qui broutait les fleurs dans mes ruines est celle qu’un paysan mort depuis des siècles essaye de faire rentrer.

Avant, très avant, quand nous marchions, nos bras ballants se balançaient.

Le jardin potager de ma voisine la sorcière ressemble à un cimetière.

À la va comme j’te pousse je redépuise ce que j’avais puisé à coté, mon dernier puit.

Les saisons passent trop vite, une vie de moine ne suffit pas à stopper le décompte des coups de cloche.

Encombré il dort beaucoup, le temps le lèche, une vraie pierre.

sans suite 52

 

Monter un pont, pierre par pierre toutes hissées du lit de la rivière. En dessous le soleil tape, la maladresse se dissout dans l’air amolli, le temps de s’attarder prospère, à midi le langage s’en va, à son chevet les paroles sont contredites.

Pendant la taille des pierres, se répéter ce qu’on dit pour conjurer le sort.

Ce caillou est descendu intacte des sommets. La caresse de la rivière en fait son sable. Les nuages traversent la montagne.

Le seuil est une ride d’éternel. Derrière la porte les ruines, autour d’elles le béton. Sur le seuil le sable, la terre, les feuilles, la pluie, la neige, la pierre.

Tendus vers une fin manquée toujours. Travail laborieux du scribe. Apprendre à couler, imaginer la mer. Seul le vent sur le visage.

Derrière elle la mer. Devant ses yeux la mer encore. Demi-lune dans les embruns.

D’épuisement ou par l’inanité de tout, arrive un peu de la douceur et de la fluidité du jour.

Pourtant même en plein brouillard le temps file si vite.

À tes oreilles souffle C’est le corps, c’est le corps … C’est l’amour, l’entravée, la parole


sans suite 51

 

 

Le rêve déplace le monde et au réveil rien n’a eu lieu. Le rêve est l’aurore et n’a pas de main. Entre le rêve d’hier et celui de demain le jour a traversé et a rebondi, le fil du rêve imprévisible s’est effiloché, tout aussi solide. Le rêve sauve notre vie exacerbée.

Voilé de nuit, le jour à l’état de traces, l’inconscient entend la langue branlante, langue de travers, lui marche dessous dessus et se demande parfois où tu es, sans regard sur ton chemin quelconque. La pièce se perce de ses découvertes à tâtons où les échos se perdent.

Je n’ai jamais trop su ce qu’est l’inconscient, à son sujet j’ai rejoint des signes du miroir qu’un certain nombre de livres éclairent, des balises sur un terrain friable, des cryptogrammes de terrain vague. La plage tient à ce grain de sable qui m’échappe de la main, l’inconscient préfère l’arrière-plan, les héros sont une autre diversion des fantômes.

L’inconscient pourrait être cet écart, angle mort à partir duquel on inventerait un récit qui le tienne au calme. Les 3/4 de l’iceberg seront avantageusement remplacés par une sardine musarde, ou par une boite de sardine ordinaire, nature, tombée de la poubelle, à peine plus loin des sirènes, élément important sur la piste d’un fait-divers.