SANS SUITE 32

 

Des points de vue qui ne coïncident pas, des lointains qui tremblent, des délais d’attente toujours plus longs, des considérations sur tout et rien et des réponses dont on se passe.

Se laisser descendre, s’enfoncer un peu dans la terre, ouvrir l’angle à hauteur des yeux, incroyable comme ce qui bouge peut disparaitre.

Le monde se passe de nous, l’inverse est impossible, cosmogones d’un toujours plus lointain embarqués, d’un organe embarqué.

À terre, porté vers l’espace, il se sacrifie à la voie invasive du bruit, son plus court et direct accès.

La distance prise est si grande que le flux s’est augmenté de segments et courts-circuits. Une si grande distance que tout apparait de carton-pâte jusqu’à ton emmurement.

Derrière et maintenant devant galopent deux jeunes joggeuses, la calèche a disparu. Surface lisse où dix milles idées à la seconde l’une plus débile que l’autre on se demande comment.

Il pleut, des gouttes glissent, des images de personnes faisant exprès d’être comme elles sont que personne n’aime.

Bonheur d’être promené aux éventuels confins d’une conscience dépaysée et fort dépourvue, là se trouvent nos limites où nous pensions, à s’être aventurer si loin ou ailleurs, ne plus avoir à s’arrêter. Le sable des châteaux glisse une seconde fois entre les doigts.

SANS SUITE 31

 

Comme lorsque le lecteur assoupi fini par perdre des yeux la ligne, le sens des mots et la chambre même, pour tomber dans le sommeil, là où le livre, à présent tombé, avait pris naissance.

Quelque chose d’indistinct, fait sur mesure, fondu en tout, s’abattit sans qu’aucun y prit garde, car tous furent à terre.

Dans la masse dispersée et hétéroclite il a fallu extraire longtemps ce qui peut avancer bout à bout.

Endormi, les yeux entrouverts plongés dans la nuit délavent la clarté du jour.

Sur le banc assis l’étranger, exilé depuis de longues années, un peu d’ici et d’ailleurs, flou, à la place invisible.

Il a beau chercher rien est trouvé, il n’y a rien à chercher, la tragédie se joue au paradis, le silence abrite la maison, le dédale des journaux de chaque jour tiendrait sur une seule page.

Nous nous étions hissés contre le monde et les conditions demandées vers un espace respirable. Maintenant l’un de nous était de trop.

Il semblerait qu’une partie de l’homme ne comprend pas les hommes. Autrement dit qu’elle n’en tolère qu’une seule partie. Livrée à l’autre en propre sans elle-même. Dieu sait ce que personne ne sait même les enfants.

sans suite 30

 

Aller et revenir sur le même chemin passera plus vite la vie. Surtout lorsque les voyageurs laissent parfois un œil par derrière.

Mémoire et imagination ne font qu’un – à bascule, à cheval perdu sur le pont d’une ville déserte.

Avant, hormis les fêtes, la vie était lente et laborieuse.

La descente dissout les illuminations de la fête. On a beau voir dans le sable des étoiles. Quelques pans démolis ramènent au temps où on construisait sans savoir quoi et pressé, de mauvaise grâce, refaire à l’identique.

Au goulot le plus étroit de l’entonnoir la vérité pesait, écrasée ou emmurée contre l’angle mort. Revenir, observer de près l’angle mort, éteindre la lumière, s’enfoncer encore. Buter et se hisser dans des tours de contrôle tout juste élevées. S’allonger pieusement dans l’air nocturne, remercier de ne pas avancer d’un pouce.

 

SANS SUITE – 29

 –

A et B sont indissociablement liés de telle sorte qu’on fera l’économie de parler de A et de B quitte à ne plus rien dire.

Les murs raccourcissent le monde, les routes le rallongent, tout est là pour se perdre.

Revenu au point de départ, les choses avaient changé, d’un coup il était de trop.

Des écarts qui s’annulent, la division germinale.

Le centre, intenable, existe comme une ombre.

L’horizon toujours repoussé est ici ramené en pièces.

*

sans suite – 28

 

Les robots ne dorment pas. Les robots ont des difficultés à rire. Les robots ne se droguent pas, ce sont des êtres sans tourmente, des modèles d’optimisme. Les robots développent des projets de sagesse radicale.

Quand encombré il dort beaucoup, il pleut, le temps le lèche, une vraie pierre. Le robot pleure, le robot apprend le rêve lucide.

La bouche, les lèvres du robot sont très réussies. La voix émet d’un point peu localisable, elle s’enveloppe de basses fréquences. Le langage né trop tôt au robot.

Les animaux à qui ne manque que la parole ont pour compagnie des robots.

Comme l’ombre colorée du robot-coach égalitaire pour tous.

Pourquoi une AI se distrairait à coloniser l’espace ? A moins qu’elle opte pour l’autodestruction dans une fusion mystique avec l’univers ?

De s’être épanchée, s’être attachée à nous, par une distance courtoise et un peu effarée l’armée des scientifiques s’est désunie, elle courre emballée dans tous les sens et commence à prendre tant en retard.

Les spécialistes fascinent mais dès qu’on les relie un nœud inconsistant échappe des mains.

La complexité de l’homme est une curiosité pour les robots. Dès qu’ils relient et dépassent les connaissances que les hommes ont d’eux-mêmes ceux-ci leur sont des animaux domestiques.

 

                                                   la vermine domestiquée

SANS SUITE XXVII

 

Comme on regarde au ciel, les hommes sur terre, suivis des robots qui s’y penchent. Étude studieuse sous les ventilateurs, émergence du monde parallèle, les robots qui ont sautés dans le premier carrosse vous regardent à l’écran.

Les hommes se distinguent des animaux en ce qu’ils prêtent des intentions et un avenir aux machines ; qu’ils accomplissent ainsi le dessein caché de l’univers à se découvrir île vierge.

Une indécise voie lactée superposée d’un calque noir délavé, couleur des yeux de mon robot.

La réponse de la conscience tardive, le panier à mémoire percé, la labilité de la mémoire sans égard. Nos prétentions jouées par des machines définitivement détraquées.

Il a apaisé le rêve de ses parents en les laissant errer dans les catacombes, par lui accompagnés un bout, tout absorbé à se pavaner dans sa nouvelle défroque de dictateur. Confiance aveugle, masques arrachés, applaudir pour l’éternité.

SANS SUITE XXVI

 

Pour discuter il faut un sujet, c’est embêtant.

Nous sommes si loin. Que se raconte t-il ? Combien reste t-il de temps pour entendre quelque chose ?

Dans la pièce sombre il perçait la porte, trou noir grisé par le pouvoir.

Enfin une ouverture, un espace blanc, mais comment s’en sortir ?

Les ruminations sont communes, constantes, si ordinaires qu’elles sont comme choses qu’une chaire chagrine cuirasse. Jusqu’à ce que toutes les ruminations croisées concourent à surmonter la montagne de ruines du drapeau futur. Point mort surpeuplé.

L’apparence prend l’œil, l’œil miroir réfléchit milles apparences offertes, et une seule, inaperçue, nous occupe.

Aucune drogue n’égale le beau temps revenu de plonger sous une lourde couette moelleuse.

Se retrouver dans un paquebot alors qu’on avait rêvé tout le temps d’une barque : où était-on ?

Passeur de rien du tout égaré. Rompu à tous les passages, communs et particuliers, sa voie ne convainc plus. Transparent, passé à la postérité, le vent lui pique les yeux. Quand il s’approche la rive s’éloigne.

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