SANS SUITE 35

 

S’ennuyer, épuisé dans ce coin trop vaste, s’obséder à découvrir autre chose, au-dessus d’une toupie dessinant des sortes de ∞ à la croisée d’un trou.

Se pencher, toucher le centre, le disperser. Le seul centre du cercle est celui que tu traces ; puis tu le troues, afin d’en sortir.

Au fond du gouffre la lumière tombait sur une mer de vase étale parfaitement immobile.

Événements du jour, les fleurs poussent dans le torrent, les planeurs s’écrasent, l’architecte construit des ruines.

Pas la moindre brise, sur l’étang parfaitement plat sa barque s’est pourtant fracassée contre un rocher, à quoi tient le destin ?

SANS SUITE 34

 

Aveugle à la fenêtre, las du monde que seul le monde sauve. Les lourdes tombes triomphales, les bafouilleurs en soutane. Ordonner la mémoire, la pauvre qui tient encore, gravir les érosions se perdre dans les strates, continuer à l’envi un à un les souvenirs ramassés, les faire à sa main, si possible abandonner très vite, faire de l’oubli l’allié, le plat désert des vertiges.

D’autres fois glisser dans les souvenirs, présent qui balance et s’égalise, longtemps sans le moindre mouvement, s’être égaré dans le futur.

Vus d’avion des corps au sol suspendus, dans le trou du présent, attendent.

Ne plus aller voir les chevaux la nuit, relâcher son corps, le voir gonfler jusqu’à l’heure du couché.

SANS SUITE 33

 

Les constructions complexes n’offrent qu’un rare instant de recul, un bref effet de vision tout autre la fois d’après, une échappée, il faut être emporté. D’où nous sommes nous l’entrevoyons plus tard, pataugeant dans des prouesses barbares. Le répit nous inviterait à fuir, mais c’est impossible. Propulsés ensuite dans les abîmes les plus lourds.

Dans la pagaille les déconstructeurs foutent mal à l’aise. Embouteillages monstres aux sorties de secours.

Quant au fond, surveilles bien les entrées, les portes ont été fracassées.

Exercices de liberté dans la grande pagaille du troupeau. La logique floue est conseillée.

Entre otages nous nous regardions sans rien en dire.

Mis bout à bout ça ne fait qu’un bout borgne, les fissures du miroir à trois faces prolongent l’illusion.

 

SANS SUITE 32

 

Des points de vue qui ne coïncident pas, des lointains qui tremblent, des délais d’attente toujours plus longs, des considérations sur tout et rien et des réponses dont on se passe.

Se laisser descendre, s’enfoncer un peu dans la terre, ouvrir l’angle à hauteur des yeux, incroyable comme ce qui bouge peut disparaître.

Le monde se passe de nous, l’inverse est impossible, cosmogones d’un toujours plus lointain embarqués, d’un organe embarqué.

À terre, porté vers l’espace, il se sacrifie à la voie invasive du bruit, son plus court et direct accès.

La distance prise est si grande que le flux s’est augmenté de segments et courts-circuits. Une si grande distance que tout apparaît de carton-pâte jusqu’à ton emmurement.

Derrière et maintenant devant galopent deux jeunes joggeuses, la calèche a disparu. Surface lisse où dix milles idées à la seconde l’une plus débile que l’autre on se demande comment.

Il pleut, des gouttes glissent, des images de personnes faisant exprès d’être comme elles sont que personne n’aime.

Bonheur d’être promené aux éventuels confins d’une conscience dépaysée et fort dépourvue, là se trouvent nos limites où nous pensions, à s’être aventuré si loin ou ailleurs, ne plus avoir à s’arrêter. Le sable des châteaux glisse une seconde fois entre les doigts.

SANS SUITE 31

 

Comme lorsque le lecteur assoupi fini par perdre des yeux la ligne, le sens des mots et la chambre même, pour tomber dans le sommeil, là où le livre, à présent tombé, avait pris naissance.

Quelque chose d’indistinct, fait sur mesure, fondu en tout, s’abattit sans qu’aucun y prit garde, car tous furent à terre.

Dans la masse dispersée et hétéroclite il a fallu extraire longtemps ce qui peut avancer bout à bout.

Endormi, les yeux entrouverts plongés dans la nuit délavent la clarté du jour.

Sur le banc assis l’étranger, exilé depuis de longues années, un peu d’ici et d’ailleurs, flou, à la place invisible.

Il a beau chercher rien est trouvé, il n’y a rien à chercher, la tragédie se joue au paradis, le silence abrite la maison, le dédale des journaux de chaque jour tiendrait sur une seule page.

Nous nous étions hissés contre le monde et les conditions demandées vers un espace respirable. Maintenant l’un de nous était de trop.

Il semblerait qu’une partie de l’homme ne comprend pas les hommes. Autrement dit qu’elle n’en tolère qu’une seule partie. Livrée à l’autre en propre sans elle-même. Dieu sait ce que personne ne sait même les enfants.

sans suite 30

 

Aller et revenir sur le même chemin passera plus vite la vie. Surtout lorsque les voyageurs laissent parfois un œil par derrière.

Mémoire et imagination ne font qu’un – à bascule, à cheval perdu sur le pont d’une ville déserte.

Avant, hormis les fêtes, la vie était lente et laborieuse.

La descente dissout les illuminations de la fête. On a beau voir dans le sable des étoiles. Quelques pans démolis ramènent au temps où on construisait sans savoir quoi et pressé, de mauvaise grâce, refaire à l’identique.

Au goulot le plus étroit de l’entonnoir la vérité pesait, écrasée ou emmurée contre l’angle mort. Revenir, observer de près l’angle mort, éteindre la lumière, s’enfoncer encore. Buter et se hisser dans des tours de contrôle tout juste élevées. S’allonger pieusement dans l’air nocturne, remercier de ne pas avancer d’un pouce.

 

SANS SUITE – 29

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A et B sont indissociablement liés de telle sorte qu’on fera l’économie de parler de A et de B quitte à ne plus rien dire.

Les murs raccourcissent le monde, les routes le rallongent, tout est là pour se perdre.

Revenu au point de départ, les choses avaient changé, d’un coup il était de trop.

Des écarts qui s’annulent, la division germinale.

Le centre, intenable, existe comme une ombre.

L’horizon toujours repoussé est ici ramené en pièces.

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