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Monter un pont, pierre par pierre toutes hissées du lit de la rivière. En dessous le soleil tape, la maladresse se dissout dans l’air amolli, le temps de s’attarder prospère, à midi le langage s’en va, à son chevet les paroles sont contredites.

Pendant la taille des pierres, se répéter ce qu’on dit pour conjurer le sort.

Ce caillou est descendu intacte des sommets. La caresse de la rivière en fait son sable. Les nuages traversent la montagne.

Le seuil est une ride d’éternel. Derrière la porte les ruines, autour d’elles le béton. Sur le seuil le sable, la terre, les feuilles, la pluie, la neige, la pierre.

Tendus vers une fin manquée toujours. Travail laborieux du scribe. Apprendre à couler, imaginer la mer. Seul le vent sur le visage.

Derrière elle la mer. Devant ses yeux la mer encore. Demi-lune dans les embruns.

D’épuisement ou par l’inanité de tout, arrive un peu de la douceur et de la fluidité du jour.

Pourtant même en plein brouillard le temps file si vite.

À tes oreilles souffle C’est le corps, c’est le corps … C’est l’amour, l’entravée, la parole


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Le rêve déplace le monde et au réveil rien n’a eu lieu. Le rêve est l’aurore et n’a pas de main. Entre le rêve d’hier et celui de demain le jour a traversé et a rebondi, le fil du rêve imprévisible s’est effiloché, tout aussi solide. Le rêve sauve notre vie exacerbée.

Voilé de nuit, le jour à l’état de traces, l’inconscient entend la langue branlante, langue de travers, lui marche dessous dessus et se demande parfois où tu es, sans regard sur ton chemin quelconque. La pièce se perce de ses découvertes à tâtons où les échos se perdent.

Je n’ai jamais trop su ce qu’est l’inconscient, à son sujet j’ai rejoint des signes du miroir qu’un certain nombre de livres éclairent, des balises sur un terrain friable, des cryptogrammes de terrain vague. La plage tient à ce grain de sable qui m’échappe de la main, l’inconscient préfère l’arrière-plan, les héros sont une autre diversion des fantômes.

L’inconscient pourrait être cet écart, angle mort à partir duquel on inventerait un récit qui le tienne au calme. Les 3/4 de l’iceberg seront avantageusement remplacés par une sardine musarde, ou par une boite de sardine ordinaire, nature, tombée de la poubelle, à peine plus loin des sirènes, élément important sur la piste d’un fait-divers.

 

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Un grand bloc de verre sans fenêtre ouvre l’horizon tranché. Ligne de crête retournée.

Tout ce qu’il met sur l’étagère disparaît, minimaliste il s’arrange de tout.

Un vase vide et poussiéreux repose sur le napperon plastifié bariolé de fleurs.

Tout mettre ensemble, vider ce qui est plein, ranger et jeter.

Un fétiche minuscule dont la tête est taillée à angle droit.

Sans idole un doute subsiste, à qui parle t-on ? la parole ou son texte se perdent. Le monde serait celui de figurants.

Sa silhouette la solitude l’a isolé, de petits échos il se perd, le temps a mangé la porte.

La terre battue est un puits de lumière éteinte. Les arbres absorbent les pensées.

Dieu est tout ce qu’on voit Et ce qu’on ne voit pas, son jardin nu est inondé.

Ralph Grue

sans suite 49

 

 

Plus les lointains s’éloignent plus ici tout est plat, les repères s’absentent, seul le temps passe

D’un grain de sable une oasis. Et toujours pas de pas

Tu te penches du côté de la mer, les mers se traversent, la lune élève l’eau au point de flottaison, le vent a une rondeur de cœur, en son sillage reposent les perdus

Sans notre inconstance comment verrions-nous le sable se déposer ?

Les objets perdent tout poids dès lors qu’ils ont quitté les mains

Témoins miraculés du hasard la vie est trop courte pour s’arrêter, s’étendre à son propos, l’expérience n’y est pas si heureuse

Ce labyrinthe quel que soit le lieu où on le déplace occupe toujours le centre

*

sans suite 48

 

Une fois atteint la verticale, il fonctionne au ralenti. 

Le sujet maître de l’obsolescence programmée est le robot qui préside à notre marche. 

Seuls les robots performants sont ceux qui se libèrent.

Peux-tu me dire ce défilé… Est-ce une comédie ? Le robot n’en sait pas plus.

Il les nomme il les classe, les catastrophes le repose, place est faite.

Ça va s’arranger… Le robot donne son intelligence au leurre ; sinon comment administrer le chaos ? 

Le démographe a besoin de patience, d’une période d’attente, du délai des contagions, de la main du mort sur celle du vivant.

De l’usage des Data et de la piquette distillée. Mon robot est rentré dans mes lunettes.

Les robots plus jeunes que les enfants, créateurs de lendemains, donnent des conseils de vie qui créent une ambiance, un centre d’interêt, qu’ils soient suivis ou pas est sans importance. 

Étonné, dépassé par le comité qui préside à la conférence des robots ; eux aussi ne les diraient-on pas « vrais » ? À travers les rideaux, penchés entre dedans et dehors, se hissent-ils à hauteur de robots ou sont-ce eux qui s’abaissent à lui ? 

Les robots répètent en boucle la rumeur que Trump Poutine Kim Jong-Un et Macron débattent dans leurs rêves. 

Sortis de leurs cellules, dans la liesse générale, on aura tôt oublié que les robots ne sont pas des extra-terrestres. 

Une miniature indéfinissable à la fois souris et chat traversa l’air. Moment critique dans la tour de verre.

 

sans suite 47

 

Misère de l’héritage, les robots prirent définitivement le pouvoir au moment où nous étions le plus con et le plus en souffrance. Machines inachevées encore, devenir vagabond cosmique, crash fatal.

Ambassadeurs du futur, recéleurs du vivant. Les voyants sont des fantômes ayant mal tournés.

Ils nous encourageaient vivement à reprendre la parole entre nous, par punition de ce que nous n’ayons plus rien à nous dire. Donnant le meilleur de soi aux robots, grossiers porte-paroles.

La famille se disloqua sans heurt. Grâce au robot les cochons devinrent des anges.

Arrivage des derniers membres fantômes de la famille stockée dans le hall du super robot résurrectionnel. Les monastères leurs sont salles de fitness.

Jusqu’à l’épuisement répondre aux robots à leurs questions ciblées la plupart du temps idiotes, creuser son propre chemin de chien.

Les machines anthropocentriques de l’AI arbore le sourire d’idiot utile du marionnettiste de nos corps dévoilés.

Avant de dormir le robot passe ses mains au-dessus de son visage, l’effleure, le modèle.

Toute petite déjà elle allaitait des nounours en plastique.

Les robots ont désormais notre grain de voix. Demain, par précaution, ils parleront une langue qui nous sera intraduisible.

Comment voir la lumière « pour la première fois » ? Apparaît le robot au pas de dinosaure.