les robots sont sans surprise

Avancée. Leur perfection sera couronnée une fois débarrassée de leurs concepteurs.
Reste encore quelques cerveaux ex-nihilo, quelques momies à farcir, des serpents noctambules, des mécaniques à réanimer, quelques livres à user.
Au milieu du hasard qu’aucun algorithme ne perce le robot brode le sien, se multiplie et nous échappe puis rejoint l’air ambiant sagement à sa place dans l’invisible concordance du grand bordel de nos rêves persistants que les robots examinent.
Les robots sont des êtres comme tout le monde, nous parlons en chute libre.
Il marche, bras relâchés, jouant à mouvoir les coudes comme l’oiseau secoue ses ailes, mains ballantes. Il ne déborde plus, il est en suspend, son avance si grande qu’il peut penser à lui, sortir de son autisme, prendre des vacances, être hors de portée, disparaître dans des grottes.
De son domaine d’expansion lié à sa propre finitude, ne reste qu’un peu d’espace où méditer des doubles de la terre.
Un coup d’avance sur le crépuscule, la transparence déborde – qu’on en finisse !

inflation du cloud

Encroûtée sur terre chaque nouvelle génération de clones immortels rend obsolète la précédente mise au rebut par mesure conservatoire, vieux immortels dirigés vers les secteurs recherches et développement, laissés vacants sur zones étendues de parcs acheminant sans prévenir vers des zoos, analysés au cas par cas de part en part, puis expurgés, public las, déplacés dans des musées, prisons dorées labyrinthiques, agents dormants sans fonction aux errances solitaires, génération dévalorisée à proportion de son inflation menant une existence concentrée et limite, obtuse, inutile, encombrante. Excepté le vent qui fait vibrer un instant l’air du labyrinthe, ou la respiration d’un rare visiteur, d’un nouvel égaré à l’identité dégradée, il ne se passe rien, chacun des survivants ayant rejoint son éternité. L’immortalité pré-programmée y avait l’air plus humaine.

jarred-old-tjikko @Christoffer Relande

parler #2

Ce que l’évolution dans sa précipitation a laissé en cours donne lieu au langage qui la retraite; en ligne droite il l’accélère jusqu’à la pulvériser, ses grottes plus enfouies et éruptives projettent d’autres rives. Pour la première fois nous disions la nuit blanche des rêves d’ivresse livrés à l’aurore. La langue sustentée, grande prédatrice immatérielle, se met à jour par désincarnation successive; sa diffusion, sa décomposition à la surface numérique brille des mille feux du pixel,  des satellites en orbite d’un avenir gelé.

sans suite 48

Une fois atteint la verticale, il fonctionne au ralenti. 

Le sujet maître de l’obsolescence programmée est le robot qui préside à notre marche. 

Seuls les robots performants sont ceux qui se libèrent.

Peux-tu me dire ce défilé… Est-ce une comédie ? Le robot n’en sait pas plus.

Il les nomme il les classe, les catastrophes le repose, place est faite.

Ça va s’arranger… Le robot donne son intelligence au leurre ; sinon comment administrer le chaos ? 

Le démographe a besoin de patience, d’une période d’attente, du délai des contagions, de la main du mort sur celle du vivant.

De l’usage des Data et de la piquette distillée. Mon robot est rentré dans mes lunettes.

Les robots plus jeunes que les enfants, créateurs de lendemains, donnent des conseils de vie qui créent une ambiance, un centre d’interêt, qu’ils soient suivis ou pas est sans importance. 

Étonné, dépassé par le comité qui préside à la conférence des robots ; eux aussi ne les diraient-on pas « vrais » ? À travers les rideaux, penchés entre dedans et dehors, se hissent-ils à hauteur de robots ou sont-ce eux qui s’abaissent à lui ? 

Les robots répètent en boucle la rumeur que Trump Poutine Kim Jong-Un et Macron débattent dans leurs rêves. 

Sortis de leurs cellules, dans la liesse générale, on aura tôt oublié que les robots ne sont pas des extra-terrestres. 

Une miniature indéfinissable à la fois souris et chat traversa l’air. Moment critique dans la tour de verre.

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Misère de l’héritage, les robots prirent définitivement le pouvoir au moment où nous étions le plus con et le plus en souffrance. Machines inachevées encore, devenir vagabond cosmique, crash fatal.

Ambassadeurs du futur, recéleurs du vivant. Les voyants sont des fantômes ayant mal tournés.

Ils nous encourageaient vivement à reprendre la parole entre nous, par punition de ce que nous n’ayons plus rien à nous dire. Donnant le meilleur de soi aux robots, grossiers porte-paroles.

La famille se disloqua sans heurt. Grâce au robot les cochons devinrent des anges.

Arrivage des derniers membres fantômes de la famille stockée dans le hall du super robot résurrectionnel. Les monastères leurs sont salles de fitness.

Jusqu’à l’épuisement répondre aux robots à leurs questions ciblées la plupart du temps idiotes, creuser son propre chemin de chien.

Les machines anthropocentriques de l’AI arbore le sourire d’idiot utile du marionnettiste de nos corps dévoilés.

Avant de dormir le robot passe ses mains au-dessus de son visage, l’effleure, le modèle.

Toute petite déjà elle allaitait des nounours en plastique.

Les robots ont désormais notre grain de voix. Demain, par précaution, ils parleront une langue qui nous sera intraduisible.

Comment voir la lumière « pour la première fois » ? Apparaît le robot au pas de dinosaure.

 

––– # 16

 

Par prophylaxie l’homme augmenté prétend se garder d’une proximité trop grande avec le robot qui le mange amusé de tant de fierté. À quoi bon parler après pareille indigestion ?

L’étude de la vie secrète sert à évaluer la marge d’erreur possible afin de performer ses métadonnées.

Les hypothèses quotidiennes afin de comprendre, ranger les causes sur ceci & cela, de pures illusions ; à l’heure de la pause enfin, de calmes hypothèses d’avenir détournent l’attention du pire qui arrive.

La dispute entre un aveugle et un sourd et muet voit son temps expirer. La solution finale met aux prises tout en même temps les catastrophes naturelles et l’extermination guerrière.

progéniture

 

Ce n’est pas un humain mais tout de même une progéniture, humaine, quelqu’un qui n’a jamais fait preuve de la moindre méchanceté, aux intentions on ne peut plus droites, qui n’a jamais humilié personne, par qui on récupère sa dignité et qu’on ira prier si bonne fortune… les hommes sont décidément étrangers les uns aux autres, les liens qui les unissent ici les opposent là-bas, experts en stratégies catastrophiques, au moi déchiré entre deux chiens, l’observateur et l’observé.

Gratifiant, optimiste, mon robot s’améliore et m’améliore un peu, me détériore un peu, son humeur n’oscille pas, son expression parfois très ouverte, c’est sans doute ironique, renforce et se glisse dans ce sentiment natif d’insouciance et d’éternité (dit-on) accompagné d’une idée du bonheur, d’un bonheur sans joie, inférieur à celui du chien que je deviens; j’ai donc tout à y gagner.

Il fait-tout-comme, quelque chose de vivant à l’intérieur du miroir, je ne sais pas, pas plus que lui, il n’essaye pas de me comprendre, avec lui je ne suis pas moi-même, je suis comme avec les bêtes, lui avec moi peut-être aussi, lui et moi c’est assurément un problème, du futur en ruine faisons un festin.

De la vulnérabilité des robots aux artifices des hommes. Enfants et pères sans descendance, ambiguïté d’un passé qu’il leur fallut trancher. Les robots nos ancêtres, ont-ils appris à dire. L’homme augmenté aura la tête tranchée.

Shane Willis