fin de règne

La lumière est sombre depuis des jours, les t° battent leurs records, l’ombre erre sur la table d’orientation, les pensées noires perdent leur fil, leur liturgie hiberne, le labyrinthe est éventré. Il s’ensuit que plus rien n’est vraiment drôle, sauf les rares éclats de rires, plus inattendus. La réactivité des capteurs des réverbères est ralentie, l’éclipse perd quelques secondes de lumière.

la nuit des capteurs

campagne / 3

 

C’est d’un fauteuil où les dimanches après-midi meurent sereinement dans les jeux d’eau des fontaines que nous nous levons pousser des landaus escortés de papillons. Avec une paresse d’aveugle-roi encore une fois nous passons devant du linge aux fils, du soleil du vent, des papiers-peints de pièces éventrées. Les nuages font une blanchisserie au-dessus du silence des villes dévastées.

Il y a un an j’étais ici à la cueillette des myrtilles. je compte ainsi le temps. Au retour je marchais dans les rues vides de ce bled groggy, la coupe du monde par les fenêtres ouvertes. L’équipe perdait car tout était silencieux, en mode mi-temps du monde présent.

Approcher les corbeaux fort nombreux dans le parc, c’étaient eux qui marquaient la distance, qui inscrivaient en fuyant la ligne de démarcation, notre présence de trop. Les grands vents froids et piquants les rapprochaient de la maison; dès que quelqu’un en sortait, ils disparaissaient longtemps. Les cyprès du cimetière s’en couvraient en grappe. Les longues averses sans eux inondaient l’étang.

 


 

d’une surface lisse et invisible

 

Il ne se voit pas, dans la lune, les miroirs ne le regardent pas. Il n’entre pas dans son visage, sans pour autant être fantôme, personne ne le remarque. Le rêve s’évade de l’image dans le miroir, bien y caler sa tête, y considérer son âge, assuré de le précéder, d’être inaltérable, à soi-même son propre sujet. À y toquer, l’image mentale du visage ne coïncide pas avec celle au miroir, où sont les apparences ? Dût-il s’y arrêter entre deux portes c’est une tête d’un autre âge. L’image est sans dimension et le cadre du miroir est flou, tout comme l’ombre incommensurable du réel qui le borde. L’image est le miroir qui réjouit ou repousse, aux dés jetés le dos tourné.

 

petit salon

 

« Les Guanches, habitants originaires de Lanzarote, avaient perdu toutes connaissances concernant la navigation océanique ».

Parfois où je suis particulièrement out les idées se répètent sans que j’y sois, je suis de trop, la bêtise séculaire prend ses aises, je lui demande de m’excuser d’un si petit salon. Nostalgie alors des grands systèmes au tout venant qui soudent les communautés humaines, cette conjonction de choses branlantes et de farces à l’assaut du temps. Les bébés du jour, funambules des catastrophes, parlent à distance, s’évaporent dans l’avenir où flambe le dernier homme. La vitesse de déplacement est imprévisible. Les systèmes se fossilisent les uns aux autres, peine perdue d’avoir à y sonder, on y est en retard, sans savoir où. L’anthropologue de l’actuel s’hybride de l’archiviste et de l’entomologiste, héritier des bonnes manières qui ont eues cours, un jour.

des ombres du paradis

 

Il est tordu assis sur le parvis devant le portail ensoleillé, les obsèques d’un grand homme attendent que passe le matin, les chanteurs presque prêts répètent dans le chœur au-dessus des touristes, les couronnes de fleurs s’amoncellent au pied de l’autel, un mendiant illuminé de toutes les idées schizos du monde contenu par la manche miraculeuse qu’il se fait, craint par tous, des yeux suivi sur la rive, dans sa barque le défunt.

campagne / 2

 

De plus en plus bruyants épuisant leur substance. Un fleuve qui charrie un désert, un ballet de masques parfaitement silencieux, penchées des têtes parlantes dans notre tête. Une pluie à forte odeur d’algue.

Peint sur le vitrail un renard au milieu des poules paisibles qui picorent sous des lettres superposées qui légendent « le temps de se connaître / est le temps du chaos ».

Sur le seuil, en face sa casquette et sa veste pendent à la croix du Christ, autre poteau à planter où tendre un fil à linge.

La peur blottie contre le bouton de rose, les corbeaux ne reviennent plus.

Il a transporté la terre de son jardin. Où est passé l’arbre qui était là devant les persiennes?

La mélodie assourdissante des abeilles mécaniques des débroussailleuses speedées en résonances.

Chaque croisement est au milieu et planté dans ma tête.

Dans les virages il ne lâche pas des yeux le nuage rond à une dizaine de kilomètres.

Parmi tous les piaillements et chants d’oiseaux le chat piaille à son tour.

Nous nous parlions au chat sa grande bouche heureuse que toutes les pluies changent.

J’ai congédié le paon après lui avoir volé toute sa queue.