d’une surface lisse et invisible

 

Il ne se voit pas, dans la lune, les miroirs ne le regardent pas. Il n’entre pas dans son visage, sans pour autant être fantôme, personne ne le remarque. Le rêve s’évade de l’image dans le miroir, bien y caler sa tête, y considérer son âge, assuré de le précéder, d’être inaltérable, à soi-même son propre sujet. À y toquer, l’image mentale du visage ne coïncide pas avec celle au miroir, où sont les apparences ? Dût-il s’y arrêter entre deux portes c’est une tête d’un autre âge. L’image est sans dimension et le cadre du miroir est flou, tout comme l’ombre incommensurable du réel qui le borde. L’image est le miroir qui réjouit ou repousse, aux dés jetés le dos tourné.

 

petit salon

 

« Les Guanches, habitants originaires de Lanzarote, avaient perdu toutes connaissances concernant la navigation océanique ».

Parfois où je suis particulièrement out les idées se répètent sans que j’y sois, je suis de trop, la bêtise séculaire prend ses aises, je lui demande de m’excuser d’un si petit salon. Nostalgie alors des grands systèmes au tout venant qui soudent les communautés humaines, cette conjonction de choses branlantes et de farces à l’assaut du temps. Les bébés du jour, funambules des catastrophes, parlent à distance, s’évaporent dans l’avenir où flambe le dernier homme. La vitesse de déplacement est imprévisible. Les systèmes se fossilisent les uns aux autres, peine perdue d’avoir à y sonder, on y est en retard, sans savoir où. L’anthropologue de l’actuel s’hybride de l’archiviste et de l’entomologiste, héritier des bonnes manières qui ont eues cours, un jour.

des ombres du paradis

 

Il est tordu assis sur le parvis devant le portail ensoleillé, les obsèques d’un grand homme attendent que passe le matin, les chanteurs presque prêts répètent dans le chœur au-dessus des touristes, les couronnes de fleurs s’amoncellent au pied de l’autel, un mendiant illuminé de toutes les idées schizos du monde contenu par la manche miraculeuse qu’il se fait, craint par tous, des yeux suivi sur la rive, dans sa barque le défunt.

campagne / 2

 

De plus en plus bruyants épuisant leur substance. Un fleuve qui charrie un désert, un ballet de masques parfaitement silencieux, penchées des têtes parlantes dans notre tête. Une pluie à forte odeur d’algue.

Peint sur le vitrail un renard au milieu des poules paisibles qui picorent sous des lettres superposées qui légendent « le temps de se connaître / est le temps du chaos ».

Sur le seuil, en face sa casquette et sa veste pendent à la croix du Christ, autre poteau à planter où tendre un fil à linge.

La peur blottie contre le bouton de rose, les corbeaux ne reviennent plus.

Il a transporté la terre de son jardin. Où est passé l’arbre qui était là devant les persiennes?

La mélodie assourdissante des abeilles mécaniques des débroussailleuses speedées en résonances.

Chaque croisement est au milieu et planté dans ma tête.

Dans les virages il ne lâche pas des yeux le nuage rond à une dizaine de kilomètres.

Parmi tous les piaillements et chants d’oiseaux le chat piaille à son tour.

Nous nous parlions au chat sa grande bouche heureuse que toutes les pluies changent.

J’ai congédié le paon après lui avoir volé toute sa queue.

 

Campagne / 1

 

La ville appelle à l’inaction, son activité largement distrait. La campagne meurt sous l’inaction, il la faut méditer, tu refermes la fenêtre quand le froid est plus froid, quand le chaud est trop chaud, ni dedans ni dehors, rien ne peut être trouvé, mais au sol, face à face la grenouille, en échange d’insectes de limaces d’escargots et vers de terre, distance et territoire plantés, côtoiement dans un espace limite et sien là où elle insaisissable reine colle sur toi ses yeux.

Après des jours de ciels comateux ou orageux, parmi l’éparpillement certaines obsessions fixes rendent les armes, le ciel haut du jour est à photographier, clair, venteux, vide.

Toujours un bruit brise le magma sonore de la ville. Recommencer, reprendre, élargir la séquence, chercher les trous d’air, le flux continu. L’enveloppe sonore n’est pas une enveloppe, ni le murmure intérieur.

Le soir est tombé et tous les habitants ont déserté leur maison. Où sont-ils? Personne ne sait s’il y a longtemps.

Juste après la pluie, avec un temps d’avance elle sourit, sous l’entassement coule un lent filet de sable.

 

Champignons de mémoire

 

Les secrets, l’eau les oublie. Comme on aime se rappeler soudain les choses oubliées, on creuse à l’ombre les rives où raconter, une multitude d’horizons se superposent et la pensée déraille en souvenirs. La superstition pimente la vie. On ressort les tapis de lecture, l’intérieur d’une maison, la vue d’un trou dans la façade, de l’autre coté de la paroi le voyage prend fin.

La mémoire de l’eau est celle qui nous en reste, la partie noyée du chemin fait barrage.

La maison où tu vivais était chargée de ta mémoire au point qu’il n’y avait plus de place en toi pour voir quelle mémoire, collée à toi, comme la figure d’un corps entraperçu, elle te pompait quand bien même c’était entièrement tari. La mémoire partout, de telle façon qu’on y est plus, remplie de place pour les absents. À peine éloigné qu’on y revient.