Pourquoi les coïncidences devraient-elles signifier quelque chose? Un monde ne deviendrait-il intelligible qu’à se dérober ? Peut-être n’est-ce là qu’une manière privée de se brancher sur n’importe quoi (gloire, amour, dieu), fasciné par le nœud qui lie notre réel au vertige des possibles. On en devient le dévot, on lui rend hommage. Aveuglé par soi-même, on file droit au malheur. Le vrai est impermanent, rien n’y attache.
L’écran éblouit, les machines chauffent, la lumière du désert insiste, ce sera là sa base, son avant-poste.
La météo urbaine des boîtes ou par chez soi, des corps, des transports, la végétation, le béton le verre la foule. Parfois le ciel tout seul par bonheur.
Dehors le temps qu’il fait devance les prévisions, la météo a sa vie propre, lente, souterraine, trop massive pour être considérée, mais dont certains composants sont absorbés dans l’encéphalographie gazeuse de l’IA ; on peut y suivre les courbes d’extinction des espèces ou le rythme étrange de mutations corpusculaires, ou observer le pouls de la mer.
Ou remonter le temps au milieu des annonces de fin des temps. Quelques racines longues, timides, majeures, sortent tard leurs tiges.
Il a tout préparé, sur le papier ça tient, tout s’y déroule comme prévu, parfaitement, c’est apaisant. Le temps qui s’y écoule est luxueux, sans gain ni perte, sans importance. Sur le papier ça tient des jours, c’est une conquête.
Dans le sommeil, il glisse lentement, s’y fond comme une vipère, façon d’ordonner le ciel, les yeux se ferment, entrent dans la nuit profonde, les jours s’effacent, les rêves n’existent pas encore.
Si par accident il se réveille un monstre l’abat, le lâche à la journée qui vient comme un chien enragé. Les ombres des arbres sur la route calibrent ses humeurs.
Sud Nord Ouest Est Haut Bas, et dernier axe, le coeur, au-dedans au-dehors. Le calendrier de l’univers rassemble les liens entre toutes choses. L’avenir se calcule entre ancêtres dieux et maîtres. Les choses dispersées se rassemblent par les nombres qui tombent de l’infini. Pour chaque chose un temps est distribué, ce temps absurde et miracle, éphémère.
Les exercices d’immobilité sont une succession d’arrêts sur image où les yeux au ciel battent une durée précieuse qui s’allonge sans fin, et qu’il est urgent de faire comme si on s’y arrête. Les micro-arrêts servent de point zéro, de retour à la vie minuscule ni vue ni connue où parfois une tête énorme observe. Le corps fondu dans une suite de mouvements plus amples, une fois à l’arrêt, éprouve pour la première fois le repos. Le corps n’est pas enseveli dans le sommeil, il se disperse, se décompose. Les poissons devant lui forment son banc de médiums. Se lever de ce banc est aussi le but car il faut, pour continuer, pour que le but puisse être atteint, qu’avancent les forces contraires, puisqu’aucune force n’est stable, le but ainsi brouillé par plus brouillé que soi peut être atteint. Sortir et entrer dans la lenteur du monde du dehors, passer plus léger, le voir passer plus vite, rentrer joyeux. Garder un peu d’air avant l’expiration et un peu d’air avant l’inspiration. Enchaîner sa carcasse par une succession de mouvements, sortir de sa carcasse et la voir grandir, larguée. Trébucher sur des rythmes qui développent des suites d’un seul et même mouvement. La vitesse de l’exercice n’est jamais donnée, ni lente ni rapide, il n’y a pas de progression, les mutations président, selon ce que décident les parties extensives du corps.
Le début, rétrospectivement, se voit confirmé, là à son point de départ. Ce qui arrive, dont rien ne laisse présager le déroulement, avance, au bord, un pied dans la nuit l’autre dans le jour, pour une durée inconnue. Nous voyons la tête nous ne voyons pas le corps, puis l’inverse, c’est l’histoire. Cette réalisation tient de correspondre avec sa forme initiale, toujours fragmentaire, aux innombrables creux et qui par sa construction aléatoire, précaire, est tout ce qui arrive, détaché de tout.