voué à la contingence

le cœur apparaît à contretemps, par à-coup, élan, parvient, entraîne – à se glisser dans les acacias et les pins parasols qui tiennent au vol le vent le soleil le passant, leur ombre impassible, aux densités fluctuantes, rassembleuses, le lasso du tourment dénoué par des rouges gorge. Les voitures ralentissent, à part égale la nuit mangera le bruit, le reste à la bouche et à la sollicitude distraite des fantômes négligés. Les bords de la nuit et du jour y sont immobiles, échoués comme plus loin où la dernière vague recommence la première. Le plus drôle est que nous allons droit, de plus en plus obstinément vite, sans savoir même où nous sommes. Le passé n’existe pas si nous nous arrêtons, c’est à tomber de chaise. Les souvenirs hétéroclites assemblent d’un fil qui ne redonne aucun temps des moments sans suite, n’en dit pas  plus, n’y voit pas mieux. Sur la première page de l’Espresso « La course à La bombe atomique » et en page intérieure « La paix ne tient qu’à un fil ». Le costume du lecteur dans l’entrecoupe. Pour un peu de rabe, zombi en devenir.
Michelangelo Antonioni- Sergueï Sergueïevitch Prokofiev  -Sviatoslav Teofilovich Richter 

dégringoler du point le plus haut

Sviatoslav Richter -l’insoumis – Bruno Monsaingeon (1998)  (à propos du film; B. Monsaingeon). 

 Bach-Le clavier bien tempéré BWV 846 -et Fantaisie et Fugue BWV 944 (4:34:51) /  Johann Sebastian Bach 28.03. 1978 conservatoire de Moscou /  / Debussy Étude 10 pour les sonorités opposées  / in Tokyo pt.2 (1984) Debussy Préludes / Ravel – Jeux d’eau / Ravel — Alborada del gracioso / Debussy – ce qu’a vu le vent d’ouest / Brahms INTERMEZZO IN E MINOR, Op,116,No.5  / Prokofiev’s piano concerto no. 5 /fragment  / Prokofiev Visions Fugitives Op.22,  /

« (…) le plus important, c’est le ventre et les jambes, même si cela paraît comique, ce sont le ventre et les jambes qui donnent une bonne sonorité. »(in B. Monsaingeon Richter, Écrits, conversations)

« La conscience est une lumière dirigée vers le dehors, la conscience éclaire la route au-devant de nous, pour nous éviter de broncher. La conscience, c’est un phare allumé à l’avant d’une locomotive. Dirigez le vers l’intérieur, et ce sera la catastrophe. » (Boris Pasternak)

Lors de ses derniers concerts il demandait que la salle et lui-même soient plongés dans le noir, seule la partition étant éclairée. La nuit rapprochant les cœurs, le silence s’y insère. Après le concert il pouvait jouer jusqu’au matin. Rappel, au pupitre de son piano: « Bien se laver les dents tous les jours, lire un peu de Proust et de Thomas Mann tous les jours ». Richter aimait les citations, des digues à  retenir le langage, à se payer tellement de mots la vie se glisse dans des chimères.  Il me fait penser à découper ce qu’il disait, à propos de la fugue comme exemple du pentagramme;

« Installez le pentagramme devant un cierge et posez-vous un problème. Je me suis donné celui-ci : réunir en moi sept principes : 1. L’architecture (le plus important : construire, tendre vers le haut)  2. La peinture (la maîtrise du style, de tous les styles)  3. Le théâtre shakespearien (“le Globe”, théâtre idéal)  4. La littérature (pénétrer le sens)  5. Le cinéma en noir et blanc (parce que le clavier est noir et blanc).  6. L’astronomie (à chacun sa propre lunette d’approche !)  7. Les rêves (pour que le cerveau ne s’arrête pas la nuit). »  (in « Du côté de chez Richter » de Youri Borissov,- Actes sud)

La salle des pas perdus n’a pas de mur, le rêve prend l’air et épouse les formes par les portes invisibles, les notes s’étoilent en ondes défilantes, l’histoire est circulaire, perpétuelle, en faisceaux et entrelacs, sans intention — qui rend à mi-chemin le retour bien laconique. Richter entrouvre les portes de la nuit, un éléphant couché accompagne les yeux mi-clos la mélancolique tortue hors de scène, déportant les applaudissements, vidant sa déploration, dans un nid marin.

Écrire sur la musique sans trouver la ligne sur la ligne sur le papier, écrire des lettres sur d’autres lettres. Peinture et musique habitent un coin quelque part dans l’espace, se touchent sans se reconnaître, ouvrent et ferment les yeux au même moment. Les mots s’y trouvent maladroits, sans hospitalité; leur mélodie est d’arlequin nu ou en haillons que la fatigue achève, que la musique au loin emporte, les rendant sans besoin; bonne nuit aux mots hauts perchés jamais redescendus.

« Je ne parvenais plus à me passer de la présence d’un homard en plastique que je promenais partout avec moi, et dont je ne me séparais qu’au moment d’entrer en scène » disait Richter.

« Mettez un petit piano dans un camionnette et partez sur les routes de campagne, prenez le temps de découvrir de nouveaux paysages, de vous  arrêter dans un endroit où il y a une bonne église, décharger le piano et dire aux habitants; je donne un concert – j’offre des fleurs aux personnes qui ont eu l’amabilité de participer. Puis repartir. »

« Je ne suis pas un idiot complet, mais ou par faiblesse ou par paresse je n’ai aucun talent pour la pensée. Je sais seulement comment réfléchir: je suis un miroir … la logique n’existe pas pour moi. Je flotte sur les vagues de l’art et de la vie et je ne sais comment distinguer ce qui appartient à l’un ou l’autre ou ce qui est commun aux deux. La vie se déroule pour moi comme un théâtre ou adviennent par séries des sentiments un peu irréels, tandis que les choses de l’art sont une réalité pour moi et me vont droit au cœur. »

je peux aussi bien marcher jusqu’à la Soufrière

M. Leprieur, de son état pharmacien de Marine rattaché à l’hôpital de Fort-de-France, fut, en août 1851, chargé de conduire « la commission d’étude des manifestations du volcan ». Son rapport optimiste, balnéaire et charmant, conclue : 

 donc en résumé le volcan de la Montagne Pelée ne paraît devoir être qu’une curiosité de plus ajoutée à l’histoire naturelle de notre Martinique… Par temps calme, des navires qui arrivent de France et qui voient onduler au loin ce long panache de fumée blanche qui s’élève vers le ciel, doivent trouver que c’est une décoration pittoresque ajoutée au pays et le complément qui manquait à la majesté de notre vieille Montagne Pelée (Frédéric Denhez, Apocalypse à Saint-Pierre – La tragédie de la montagne Pelée, Larousse, 2007).

L’éruption de la Montagne Pelée en 1902, fît, en moins de 2 minutes, 29 000 victimes. Deux hommes survécurent dans la zone de nuée ardente, Léon Compère dit Léandre, qui disparaîtra par la suite de la vie publique, et Louis Auguste Cyparis, prisonnier dans une cellule ventilée par une mince ouverture du coté opposé au volcan. Herzog en fait ainsi le récit ;

Le miracle de sa survie c’est qu’il a survécu… parce qu’il était le plus mauvais gars de la ville. Il y avait entre 60 et 70 prisonniers à ses côtés, mais il était le seul à si mal se comporter, se battant continuellement avec les gardiens. En guise de châtiment, il fut mis à l’isolement dans des sous-sols dépourvus de fenêtres. Quand la déflagration de l’éruption eut lieu, il se jeta au sol et s’en tira avec de graves brulures. «Pardonné» à la suite de cet événement, il fut envoyé dans un cirque dont il devint l’attraction principale, et s’éteint dans le plus grand dénuement et l’anonymat à Panama en 1929, année même où la montagne Pelée connait à nouveau une violente éruption.

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LA SOUFRIERE (1977) – WERNER HERZOG  (film: ici )

« la Terre a commencé à trembler un peu partout. Dans le nord de l’Italie et aux Philippines. Mais aussi en Chine et en Amérique centrale (…) On avait oublié d’éteindre les feux de circulation.Les cabines téléphoniques publiques fonctionnaient également (…) et dans de nombreuses maisons les réfrigérateurs et les climatiseurs étaient encore allumés (…) Dans une maison, nous sommes même tombés sur un téléviseur encore allumé (…) C’était pour nous une consolation de ne pas avoir « la Loi » aux alentours. Les animaux avaient pris possession des rues. Nous avons croisé des ânes, des porcs, des poules, et surtout des chiens. Ils n’avaient pas mangé depuis des jours, et il n’y avait plus de poubelles où chercher de la nourriture. Ils cessaient même d’en chercher (…) La mer était pleine d’iguanes morts. Dans la soirée, ils étaient descendus par centaines de la montagne pour atteindre la mer où ils se sont noyés. Le silence et l’état de désolation de la ville étaient si intenses, que nous commencions à être fascinés et désireux d’aller jeter un oeil sur la source de ce silence: le cratère du volcan lui-même (…) En 1902 la population avait voulu s’éloigner mais comme les élections avaient déjà été repoussées pour d’autres raisons, le gouverneur de la colonie avait convaincu les gens de rester. Seules quelques centaines avaient quitté la ville. Tous les autres y restèrent. Certains s’étaient rassemblés sur la plage, croyant pouvoir encore s’enfuir (…)

Le silence grandissait… et le volcan de la Soufrière s’enveloppa dans les nuages (…) Et comme personne ne pouvait rien voir, la peur devint anonyme. Ce jour-là, nous avons trouvé l’homme qui avait refusé de quitter la région, ainsi que deux autres (…) Nous avons d’abord dû le réveiller (…) « Comme la vie, la mort aussi est éternelle. Je n’ai peur de rien ». Pourquoi refusez-vous d’évacuer? « Où pourrais-je aller ? Nulle part » (…) Pourquoi partir ? Pour retourner après ? Jamais. Et où est-ce que j’irais? – Parlez-moi un peu de votre vie: « Eh bien, j’ai fait la paix avec moi, et ce qui est en moi. Je ne possède rien, absolument rien. J’attends ma mort. Pas plus que cela. J’attends aussi un cyclone, qui a été annoncé… je suis ici, toujours à m’occuper des animaux. Ils ont quitté leur bétail ici et j’en prends soin. Je les sauve. Et si la situation empire, et que les choses se dégradent vraiment je crois que je les tuerai. J’ai envie de partir et revoir mes enfants. Ils sont à Pointe-à-Pitre, j’aimerais les revoir (…) Il y a un jour où il faut mourir. Alors, je suis là. Moi je suis là moi, chez moi, dans ma maison à moi! Je m’occupe de moi! Je pourrais aussi partir. Tous ont déjà fui. Je n’ai peur de rien, mais alors de rien ! Vous pouvez m’emmener à Pointe à Pitre avec vous si vous voulez… Mais je peux aussi bien marcher jusqu’à la Soufrière. Vous voyez, je peux sortir de chez moi, de toute façon…Mais si vous m’emmenez avec vous à Pointe-à-Pitre, je vous suivrai. (…) Maintenant, ce sera un documentaire sur une catastrophe inévitable… qui ne s’est jamais produite.

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Document INA – Eruption de la montagne Pelée – 8 mai 1902

l’oeuvre de dieu

« Il n’est pas étonnant que la plèbe n’ait ni vérité ni jugement, puisque les affaires de l’État sont traitées à son insu, et qu’elle ne se forge un avis qu’à partir du peu qu’il est impossible de lui dissimuler. La suspension du jugement est en effet une vertu rare. Donc pouvoir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement, c’est le comble de la stupidité. Si la plèbe en effet pouvait se tempérer, suspendre son jugement sur ce qu’elle connaît mal, et juger correctement à partir du peu d’éléments dont elle dispose, elle serait plus digne de gouverner que d’être gouvernée » (Spinoza, Traité politique, VII, 27 — Cité par Lordon in Conspirationnisme la paille et la poutre

Goldman Sachs – La banque qui dirige le monde

Agenda; Arte diffusera le mardi 02 octobre 2012 à 20 heures 50, une THEMA « Noire finance » réalisé par Jean-Michel Meurice et Fabrizio Calvi, en 2 volets : La grande pompe à phynances  et Le bal des vautours.

Catégorèm / prolégomènes à la promotion sociale

« Seul ce qui ne cesse de faire mal reste dans la mémoire. » La Généalogie de la morale, in F. Nietzsche, œuvres, R. Laffont, « Bouquins », t. II, p. 806

« Tels que je connais nos services, et je n’en connais que les échelons subalternes, ils ne s’amusent pas à rechercher les culpabilités au sein de la population ; c’est au contraire, et conformément aux termes même de la loi, la culpabilité qui les provoque et suscite l’envoi des gardiens comme nous. La loi est ainsi faite. Il n’y a place pour aucune erreur. -je ne connais pas cette loi dit K -c’est d’autant plus fâcheux pour vous dit le gardien. » F. Kafka, Le Procès, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary, Paris, GF, 1984, p. 29.

« La saleté est le sous-produit d’une organisation et d’une classification de la matière, dans la mesure où toute mise en ordre entraîne le rejet d’éléments non appropriés. » Mary Douglas De la Souillure. Essais sur les notions de pollution et de tabou,  La Découverte & Syros, 2001, p. 55

« Le péché originel, le vieux tort fait par l’homme, subsiste dans le reproche que fait l’homme et dont il ne démord pas, qu’il lui fut fait tort, qu’on lui a fait le péché originel.» Kafka, Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin, Rivages Poche, p 91

«  Leoparden brechen in den Tempel ein und saufen die Opferkrüge leer das wiederholt sich immer wieder : schließlich kann man es vorausberechnen, und es wird ein Teil der Zeremonie ».

« Les léopards font irruption dans le temple et vident la coupe du sacrifice ; cela se répète toujours ; au bout du compte, on peut le prévoir, et cela devient une partie de la cérémonie » Franz Kafka, Journal

« j’étais ému d’être libre au milieu d’un peuple entier mis à l’index. Sans doute y volai-je comme ailleurs mais j’en éprouvais une sorte de gêne car ce qui commandait cette activité, tout une nation le connaissait et le dirigeait contre les autres. C’est un peuple de voleurs, sentais je en moi-même. Si je vole ici je n’accomplis aucune action singulière (..) j’obéis à l’ordre habituel. Je ne le détruis pas. Je ne commets pas le mal, je ne dérange rien. Le scandale est impossible. Je vole à vide. » (En 1937, à Berlin) Genet, journal du voleur.

« E : Et qu’a- t-il répondu ? V : Qu’il verrait. E : Qu’il ne pouvait rien promettre. V : Qu’il lui fallait réfléchir. E : A tête reposée. V : Consulter sa famille. E : Ses amis. V : Ses agents. E : Ses correspondants. V : Ses registres. E : Son compte en banque. V : Avant de se prononcer. » Beckett, en attendant Godot

matricules d’un chemin de croix

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les embarras de « l’âme » – la frénésie des ventes flash – la success story de l’industrie du luxe –
le no man’s land à prix coûtant

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