parler #2

 

Ce que l’évolution dans sa précipitation a laissé en cours donne lieu au langage qui la retraite; en ligne droite il l’accélère jusqu’à la pulvériser, ses grottes plus enfouies et éruptives projettent d’autres rives. Pour la première fois nous disions la nuit blanche des rêves d’ivresse livrés à l’aurore. La langue sustentée, grande prédatrice immatérielle, se met à jour par désincarnation successive; sa diffusion, sa décomposition à la surface numérique brille des mille feux du pixel,  des satellites en orbite d’un avenir gelé.

 

parler #1

 

L’homme entend peu à se représenter, ce n’est peut-être pas si mal. Après feu et sang, dieu remercié du fardeau enfin déposé.

À partir d’un certain point, résister consiste à ne plus vouloir comprendre. La première façon de ne pas comprendre étant de ne pas parler. Faire ses ablutions en suivant des yeux les séquences de nuages immobiles.

Nous disons, pas vraiment, nous nous débrouillons de la situation qui nous échoit, nos mots peuvent être des gestes.

Cette capacité étrange à se convaincre à peu près de tout et de n’importe quoi par des biais totalement ignorés. Le premier dit A, le second dit A, c’est plus facile d’y croire, comment ça ? La plupart du temps c’est bavardage sur un maximum de choses pour soi sur soi, déversées avec les autres en mode mineur et viral. Nous avons le besoin immédiat d’une réponse à des questions sans nombre. 

Ses questions et ses arguments sont convaincants pour justifier sa flemme, nous lui en sommes reconnaissants.

long_time_to _understand_nothing

guerre des immortels

 

« La promesse d’immortalité suffit pour mettre sur pied une religion. L’ordre de tuer suffit pour exterminer les trois quarts de l’humanité. Que veulent les hommes ? Vivre ou mourir ? Ils veulent vivre et mettre à mort, et, aussi longtemps qu’ils voudront cela, ils devront se contenter des diverses promesses d’immortalité ». 

(…)

« Les guerres sont menées pour elles-mêmes. Aussi longtemps qu’on ne l’admettra pas, on ne pourra pas les combattre efficacement ».

Elias Canetti, Le livre contre la mort, p 27 et 28, Ed. A. Michel.

 

trompe-l’œil

 

L’ingénieur de la nature est un être agité et pressé, à peine penché sur sa vie qu’un petit singe imposteur l’éconduit. L’ombre plie avec un instant de retard. Par sage décision quand il en a le temps, s’il a désir à parler, il écrit son histoire, s’y contemple, s’y déteste, la possibilité lui serait-elle donné de la différer (défricher, ouvrir les clôtures), de s’y arrêter (parcourir le territoire chercher où on y dort le mieux), voire même de changer (et du coup s’y précipiter, y plonger) ses prédicats, ses intentions s’avèrent baroques, leurs portées ignorées, un hologramme sans image impossible à fixer. Ce qui est imaginaire c’est que ce ne serait rien. Un solitaire s’y retrouve avec un maître, un élève avec la foi, souvenirs et images associées, liberté à portée, la loi oblige l’histoire à apparaître en un éclair, en trompe-l’œil.

The End of the Road Movie, 2000, Tijuana, Fiorenza Menini.
The End of the Road Movie, 2000, Tijuana, Fiorenza Menini. https://www.fiorenza-menini.com

hommitude

La terre grasse, le sable rouge, ce plaisir difficile à contenir, à suivre la fuite des poulets décapités, et puisque rien est vain sous nos ombrelles, l’émotion sémillante condescend à se voir appréciée des esclaves tout de plumes accourus, venant les rapporter. Nous ne sommes pas des bêtes. On ne demande rien et tout est parfait. L’homme se fait homme en tuant une première fois son semblable, pour lui donner une chance, et s’il n’a toujours pas compris le tue une seconde fois, offrande au corps divin sans l’encombre du verbe. 

Robert Capa  Stalingrad 1947

smog fog algos et chaos

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lunaison éprouvette

« Au moins 2 milliards de planètes de taille terrestre seraient habitables dans notre galaxie » selon une étude publiée le 4 novembre dans les comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences.

Inventer des pièges à gravité, habiter les étoiles — crash-test, stress-test, des dangers du smog de l’ »airpocalypse » et de son contrôle :  selon Herr Professor Zhang Li « Il faudra probablement développer le système de caméras-radars, dont les ondes électromagnétiques parviendraient à passer à travers les particules de pollution pour assurer la sécurité des zones les plus sensibles. Il faut prévoir un système qui puisse faire face à l’imprévu. » Selon Yang Aiping, chargé de l’équipe civile de La Fondation nationale pour la science et la nature : « La plupart des études menées dans les autres pays s’en tiennent au brouillard. En Chine, la plupart des gens pensent que brouillard (‘fog’) et nuage de pollution (‘smog’) peuvent être traités de la même façon. Or nos recherches préliminaires montrent bien que les propriétés des particules de pollution atmosphérique sont extrêmement différentes de celles des gouttelettes des nuages (…). Nous devrons complètement revoir, voire réécrire, les algorithmes de certains modèles mathématiques. Nous devrons aussi faire de nombreuses simulations informatiques et étendre les tests sur le terrain. »