guerre des immortels

 

« La promesse d’immortalité suffit pour mettre sur pied une religion. L’ordre de tuer suffit pour exterminer les trois quarts de l’humanité. Que veulent les hommes ? Vivre ou mourir ? Ils veulent vivre et mettre à mort, et, aussi longtemps qu’ils voudront cela, ils devront se contenter des diverses promesses d’immortalité ». 

(…)

« Les guerres sont menées pour elles-mêmes. Aussi longtemps qu’on ne l’admettra pas, on ne pourra pas les combattre efficacement ».

Elias Canetti, Le livre contre la mort, p 27 et 28, Ed. A. Michel.

 

trompe-l’œil

 

L’ingénieur de la nature est un être agité et pressé, à peine penché sur sa vie qu’un petit singe imposteur l’éconduit. L’ombre plie avec un instant de retard. Par sage décision quand il en a le temps, s’il a désir à parler, il écrit son histoire, s’y contemple, s’y déteste, la possibilité lui serait-elle donné de la différer (défricher, ouvrir les clôtures), de s’y arrêter (parcourir le territoire chercher où on y dort le mieux), voire même de changer (et du coup s’y précipiter, y plonger) ses prédicats, ses intentions s’avèrent baroques, leurs portées ignorées, un hologramme sans image impossible à fixer. Ce qui est imaginaire c’est que ce ne serait rien. Un solitaire s’y retrouve avec un maître, un élève avec la foi, souvenirs et images associées, liberté à portée, la loi oblige l’histoire à apparaître en un éclair, en trompe-l’œil.

The End of the Road Movie, 2000, Tijuana, Fiorenza Menini.
The End of the Road Movie, 2000, Tijuana, Fiorenza Menini. https://www.fiorenza-menini.com

hommitude

La terre grasse, le sable rouge, ce plaisir difficile à contenir, à suivre la fuite des poulets décapités, et puisque rien est vain sous nos ombrelles, l’émotion sémillante condescend à se voir appréciée des esclaves tout de plumes accourus, venant les rapporter. Nous ne sommes pas des bêtes. On ne demande rien et tout est parfait. L’homme se fait homme en tuant une première fois son semblable, pour lui donner une chance, et s’il n’a toujours pas compris le tue une seconde fois, offrande au corps divin sans l’encombre du verbe. 

Robert Capa  Stalingrad 1947

smog fog algos et chaos

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lunaison éprouvette

« Au moins 2 milliards de planètes de taille terrestre seraient habitables dans notre galaxie » selon une étude publiée le 4 novembre dans les comptes-rendus de l’Académie américaine des sciences.

Inventer des pièges à gravité, habiter les étoiles — crash-test, stress-test, des dangers du smog de l’ »airpocalypse » et de son contrôle :  selon Herr Professor Zhang Li « Il faudra probablement développer le système de caméras-radars, dont les ondes électromagnétiques parviendraient à passer à travers les particules de pollution pour assurer la sécurité des zones les plus sensibles. Il faut prévoir un système qui puisse faire face à l’imprévu. » Selon Yang Aiping, chargé de l’équipe civile de La Fondation nationale pour la science et la nature : « La plupart des études menées dans les autres pays s’en tiennent au brouillard. En Chine, la plupart des gens pensent que brouillard (‘fog’) et nuage de pollution (‘smog’) peuvent être traités de la même façon. Or nos recherches préliminaires montrent bien que les propriétés des particules de pollution atmosphérique sont extrêmement différentes de celles des gouttelettes des nuages (…). Nous devrons complètement revoir, voire réécrire, les algorithmes de certains modèles mathématiques. Nous devrons aussi faire de nombreuses simulations informatiques et étendre les tests sur le terrain. »

dévoration inassouvie

         Il faudrait chercher dans les casses des imprimeurs les caractères majuscules les plus épais et les enduire d’encre rouge afin que le plus important à dire de l’histoire des hommes sur la terre ne soit jamais omis.
         La chasse est excitante mais la guerre est passionnante. Elle rompt les limites. La guerre ouvre l’âme des hommes à un autre état psychique (un état plus ancien même qu’originaire, sans hiérarchie, sans famille, sans propreté, sans horaire). La guerre c’est l’âme de chacun en alerte, les classes d’âge devenues solidaires dans l’impatience de l’instant qui va suivre, le corps plongé dans une angoisse qui se mêle de fièvre, le temps devenu unanime dans l’événement partageable par tout un chacun dans les « nouvelles » toujours neuves, dont la nouveauté se re-nouvelle sans cesse. C’est le tocsin. C’est le réveil en sursaut, les heures devenues substantielles, l’Histoire devenue signifiante. Dans la guerre chaque jour est non seulement narrable, mais chaque jour devient narrateur. L’expérience qui y assaille est du « à dire » qui ne cesse d’aller, de « une » en « une », de première page en première page, jour après jour, journal après journal, d’événement en événement, de vague en vague, de surgissement en surgissement. « À dire » en latin se dit legendum. Ce sont la chasse et la guerre qui fondent le « à dire » du langage et projettent le temps en légende. Chaque langue nationale est pourvue par la guerre de sa légende. C’est ce qu’on nomme l’histoire des peuples où chacun d’entre eux n’écrit qu’une histoire mensongère dans « sa » langue. Et cette histoire générique, sous les histoires des différents peuples, est toujours une histoire de guerre interhumaine qui prend la forme d’un récit de chasse animale. C’est un conte régressif. Mourir à la guerre est la mort « culturelle » par excellence. La première figuration humaine est un chasseur qui meurt. À partir du néolithique la guerre fonde le temps social. Le sacrifice considérable des mâles qu’elle consent désigne les époques dans les siècles et date les ères nouvelles dans les millénaires. Il faut boucher les oreilles devant les invectives hypocrites que les hommes ont parfois adressées contre la guerre ; les hommes n’ont pas subi la guerre ; ils l’ont inventée ; et les hommes ont inventé la guerre parce qu’ils l’aimaient ; parce qu’ils aimaient cet état d’exception s’étendant à tout l’espace ; parce qu’ils aimaient ce temps soudain en rupture ; parce qu’ils adoraient cette extase temporelle ; cette force répandue, renforcée, renforçante, ruisselante, colorée, excitée, excitante, passionnante, vivifiante. La guerre est la fête humaine par excellence. Ce sont les grandes vacances de la vie normale, harassée, divisée, malheureuse, obéissante, serve, contrainte, familiale, reproductrice, amoureuse.
                      P. Quignard, Les désarçonnés, Chapitre LXVI, La guerre
dans l’ennui des maîtres

matricules d’un chemin de croix

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les embarras de « l’âme » – la frénésie des ventes flash – la success story de l’industrie du luxe –
le no man’s land à prix coûtant

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