Debussy, Préludes – Livre I, Piano 2 mains

Danseuses de Delphes 1:09 Voiles 4:29 Le vent dans la plaine 9:05 «Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir» 11:25 Les collines d’Anacapri 15:20 Des pas sur la neige 18:43 Ce qu’a vu le vent d’ouest 23:40 La fille aux cheveux de lin 27:35 La sérénade interrompue 30:20 La cathédrale engloutie 33:14 La danse de Puck 40:08 Minstrels 43:32

Claude Debussy - maison de famille des Fontaine à Mercin, Aisne, circa 1898

voué à la contingence

le cœur apparaît à contretemps, par à-coup, élan, parvient, entraîne – à se glisser dans les acacias et les pins parasols qui tiennent au vol le vent le soleil le passant, leur ombre impassible, aux densités fluctuantes, rassembleuses, le lasso du tourment dénoué par des rouges gorge. Les voitures ralentissent, à part égale la nuit mangera le bruit, le reste à la bouche et à la sollicitude distraite des fantômes négligés. Les bords de la nuit et du jour y sont immobiles, échoués comme plus loin où la dernière vague recommence la première. Le plus drôle est que nous allons droit, de plus en plus obstinément vite, sans savoir même où nous sommes. Le passé n’existe pas si nous nous arrêtons, c’est à tomber de chaise. Les souvenirs hétéroclites assemblent d’un fil qui ne redonne aucun temps des moments sans suite, n’en dit pas  plus, n’y voit pas mieux. Sur la première page de l’Espresso « La course à La bombe atomique » et en page intérieure « La paix ne tient qu’à un fil ». Le costume du lecteur dans l’entrecoupe. Pour un peu de rabe, zombi en devenir.
Michelangelo Antonioni- Sergueï Sergueïevitch Prokofiev  -Sviatoslav Teofilovich Richter 

dégringoler du point le plus haut

Sviatoslav Richter -l’insoumis – Bruno Monsaingeon (1998)  (à propos du film; B. Monsaingeon). 

 Bach-Le clavier bien tempéré BWV 846 -et Fantaisie et Fugue BWV 944 (4:34:51) /  Johann Sebastian Bach 28.03. 1978 conservatoire de Moscou /  / Debussy Étude 10 pour les sonorités opposées  / in Tokyo pt.2 (1984) Debussy Préludes / Ravel – Jeux d’eau / Ravel — Alborada del gracioso / Debussy – ce qu’a vu le vent d’ouest / Brahms INTERMEZZO IN E MINOR, Op,116,No.5  / Prokofiev’s piano concerto no. 5 /fragment  / Prokofiev Visions Fugitives Op.22,  /

« (…) le plus important, c’est le ventre et les jambes, même si cela paraît comique, ce sont le ventre et les jambes qui donnent une bonne sonorité. »(in B. Monsaingeon Richter, Écrits, conversations)

« La conscience est une lumière dirigée vers le dehors, la conscience éclaire la route au-devant de nous, pour nous éviter de broncher. La conscience, c’est un phare allumé à l’avant d’une locomotive. Dirigez le vers l’intérieur, et ce sera la catastrophe. » (Boris Pasternak)

Lors de ses derniers concerts il demandait que la salle et lui-même soient plongés dans le noir, seule la partition étant éclairée. La nuit rapprochant les cœurs, le silence s’y insère. Après le concert il pouvait jouer jusqu’au matin. Rappel, au pupitre de son piano: « Bien se laver les dents tous les jours, lire un peu de Proust et de Thomas Mann tous les jours ». Richter aimait les citations, des digues à  retenir le langage, à se payer tellement de mots la vie se glisse dans des chimères.  Il me fait penser à découper ce qu’il disait, à propos de la fugue comme exemple du pentagramme;

« Installez le pentagramme devant un cierge et posez-vous un problème. Je me suis donné celui-ci : réunir en moi sept principes : 1. L’architecture (le plus important : construire, tendre vers le haut)  2. La peinture (la maîtrise du style, de tous les styles)  3. Le théâtre shakespearien (“le Globe”, théâtre idéal)  4. La littérature (pénétrer le sens)  5. Le cinéma en noir et blanc (parce que le clavier est noir et blanc).  6. L’astronomie (à chacun sa propre lunette d’approche !)  7. Les rêves (pour que le cerveau ne s’arrête pas la nuit). »  (in « Du côté de chez Richter » de Youri Borissov,- Actes sud)

La salle des pas perdus n’a pas de mur, le rêve prend l’air et épouse les formes par les portes invisibles, les notes s’étoilent en ondes défilantes, l’histoire est circulaire, perpétuelle, en faisceaux et entrelacs, sans intention — qui rend à mi-chemin le retour bien laconique. Richter entrouvre les portes de la nuit, un éléphant couché accompagne les yeux mi-clos la mélancolique tortue hors de scène, déportant les applaudissements, vidant sa déploration, dans un nid marin.

Écrire sur la musique sans trouver la ligne sur la ligne sur le papier, écrire des lettres sur d’autres lettres. Peinture et musique habitent un coin quelque part dans l’espace, se touchent sans se reconnaître, ouvrent et ferment les yeux au même moment. Les mots s’y trouvent maladroits, sans hospitalité; leur mélodie est d’arlequin nu ou en haillons que la fatigue achève, que la musique au loin emporte, les rendant sans besoin; bonne nuit aux mots hauts perchés jamais redescendus.

« Je ne parvenais plus à me passer de la présence d’un homard en plastique que je promenais partout avec moi, et dont je ne me séparais qu’au moment d’entrer en scène » disait Richter.

« Mettez un petit piano dans un camionnette et partez sur les routes de campagne, prenez le temps de découvrir de nouveaux paysages, de vous  arrêter dans un endroit où il y a une bonne église, décharger le piano et dire aux habitants; je donne un concert – j’offre des fleurs aux personnes qui ont eu l’amabilité de participer. Puis repartir. »

« Je ne suis pas un idiot complet, mais ou par faiblesse ou par paresse je n’ai aucun talent pour la pensée. Je sais seulement comment réfléchir: je suis un miroir … la logique n’existe pas pour moi. Je flotte sur les vagues de l’art et de la vie et je ne sais comment distinguer ce qui appartient à l’un ou l’autre ou ce qui est commun aux deux. La vie se déroule pour moi comme un théâtre ou adviennent par séries des sentiments un peu irréels, tandis que les choses de l’art sont une réalité pour moi et me vont droit au cœur. »