De toute façon j’étais essoufflé. Alors je m’arrêtais, perdant encore du temps, n’en ayant déjà plus, entamant péniblement un autre, obligé, à bout de souffle, d’avouer que ce quartier urbain m’était parfaitement inconnu. Comme si ce fut ma dernière chance je levais les yeux au ciel, un point semblait gonfler tout en s’éloignant, une cabine sans air, transparente, où grossissait un oiseau sans aile. Sur le trottoir un rocher n’offrait d’autre passage que d’être traversé, c’était trop tôt, trop tard.
Auteur : roma
retours ailleurs à zéro
Avantage sur la discrète idiotie, les vannes de l’optimisme s’ouvrent. En contre-bas totems d’eau et de terre qu’on va faire parler, pente qui rassemble, des autoroutes s’y pressent. Le mensonge est accueilli, accueillant, de quoi parle t-on ? un vrai plaisir. Autour du partage officiel l’ambiance est sourires figés, désespoir et sourire, on plie le monde au règne de c’est comme ça, on rigole à répétition, on s’en fout, on fait son chemin, le chapeau qu’on a, l’optimisme quand tu veux, si dieu le souhaitait, résolutions au vent.
Adorable optimisme, c’est entre soi, les gens, et tu ne sais pas, aucune ressemblance, on ne peut pas l’épouser, tu n’y as jamais trouvé une accroche, aucun terrain, rien remonté d’un projet qui eut valu la peine, sauf les ratages, les retours ailleurs à zéro.
le frivole et l’éternel
En un sens, quand il s’appliquait à planter des choux, à nourrir sa chèvre et à maladroitement bricoler de branlantes étagères, ce n’était pas seulement pour le plaisir, mais aussi pour le principe ; de même, quand, collaborant à un périodique de la gauche bien-pensante, il gaspillait de façon provocante un précieux espace qui aurait dû être tout entier consacré aux graves problèmes de la lutte des classes, en dissertant de pêche à la ligne ou des moeurs du crapaud ordinaire, il ne cédait pas à une recherche gratuite d’originalité – il voulait délibérément choquer ses lecteurs et leur rappeler que, dans l’ordre normal des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l’éternel passent avant le politique. Si la politique doit mobiliser notre attention, c’est à la façon d’un chien enragé qui vous sautera à la gorge si vous cessez un instant de le tenir à l’œil. Simon Leys, Orwell ou l’horreur de la politique, p 35, Plon
tête comme nature morte
La mémoire des machines et l’orbitale mémoire vive du net nous rappellent que nous ne sommes pas seuls, un spectre mou traverse notre matière. Pas seuls car branchés à nos prothèses, leurs précisions nous modèlent. Nous travaillons à ce que la vie intérieure soit au cœur de la machine, nous rêvons de vacances éternelles.
Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Vous voyez les choses qui étaient à l’intérieur de vous. Ceci est l’utérus, le site original de l’imagination. Vous ne déplacez pas vos yeux de l’écran. Vous êtes devenus invisibles. Les images vous captivent, mais tout de même vous vous assoupissez. Vous pouvez toujours voir chaque détail clairement, mais ne pouvez pas en saisir la signification. Quand un changement dans votre vie spirituelle arrive, il n’affecte que des fragments de cette surface. Vous ne serez pas distraits, ni par une autoréflexion, ni par la dernière lueur des choses maintenant perdues pour toujours. Comme vous regardez l’écran, il est possible de croire que vous regardez l’éternité. Pour un instant tout s’enchaîne. Mais alors un nouveau modèle d’ordre/désordre apparaît devant vous, toujours dans cet ordre. Vous êtes de nouveau dans un rêve, marchant sur des chemins infiniment sinueux. Et vous ne trouvez pas votre sortie du labyrinthe qui, vous en êtes convaincu, a été créé seulement pour vous. Philip K. Dick
___________ #5
le rêve est une seconde langue, ou la première, non parlée, unique et commune à toutes les langues. nous sommes médium d’une seconde langue, du silence, d’un bilingue orphelin, nous sommes médium de je ne sais quel fichu lendemain, muet, liquidé au levé.
les abandonnés, ont un penchant pour l’abondance, ils maigrissent grossissent au gré du temps, en étouffent.
pour exprimer ce qui saisit la mémoire et la perception, tel ou tel animal doit traverser le miroir, chasser les ombres, les mots et les morts.
dormir debout
Déambuler aux aurores boréales mortes, mission d’agrandir la nuit, collecter de cosmiques tessons zéro de l’infini sur la pleine lune qui pleure sa sève.
L’envers l’endroit pliés, la tranche d’un temps continu, le fil rompu, têtard célibataire rejeté sur la berge. immobilisé, plaqué au mur sur le trottoir du tunnel, l’horloge derrière soi. la terre, notre cœur bleu s’abandonne, loin l’horizon qui alors t’échappait, désormais seul tu fonces dans l’air minéral, mais étais-tu vraiment seul ? chacun te serre, une poignée de milliards d’hommes en ronde, les yeux levés les yeux sur les écrans, le silence, pas le calme, la rue noire de nuit, de monde, c’est le rêve, enfin bon… et tu criais (peut-être craignais-tu les fantômes ) « vive le lumpenprolétariat ! »
Sortie d’une sieste sous luminothérapie, son pyjama ouvert, l’aïeule et blanche dentelière est sans voix, l’apothicaire lapin de jade aluni par son double reçoit sa médaille et s’évanouit, les oiseaux de Schrödinger déplacent d’un cil le silence, mais avant nous plongeâmes, poisson retournés à si grande vitesse que nous ne pouvions plus réfléchir, juste suivre les failles entre les éclats des miroirs brisés, otages de nos histoires à dormir debout





