Dès qu’on commence à s’abstraire

– Bruno, si un jour  tu pouvais  écrire  tout ça… Pas pour moi, tu comprends, qu’est-ce que ça peut me faire à moi. Mais ça doit être beau, je sens que ça doit être beau. J’étais en train de dire que dès que j’ai commencé à jouer, tout môme, je me suis aperçu que le temps changeait. J’ai raconté ça une fois à Jim et il m’a dit que tout le monde éprouve la même chose dès qu’on commence à s’abstraire… C’est ce qu’il a dit : « Dès qu’on commence à s’abstraire ». Mais je ne m’abstrais pas, moi, quand je joue. Je change simplement d’endroit. C’est comme dans l’ascenseur: tu es là, tu parles avec des gens, tu ne sens rien d’extraordinaire et pendant ce temps tu passes le premier étage, le dixième, le vingtième et la ville reste là-bas, dans le fond, et  toi  tu es en train de  finir la phrase que tu avais commencée au rez-de-chaussée, et entre les premiers mots et les derniers il y a cinquante-deux étages. J’ai compris, quand j’ai commencé à jouer, que j’entrais dans un ascenseur mais c’était l’ascenseur du temps, tu saisis ? »  J. Cortazar, Les armes secrètes, Gallimard, 1963, p. 170-171.

connexion lente

:-:
j’avais oublié l’essence, depuis le temps qu’on me l’a dit je me le suis dit aussi — comme finalement il se faisait tard, j’allais abandonner l’engin comme les autres.
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« Tout se déroulait et s’écoulait au même rythme. Une brume légère, une espérance enveloppaient tout. La connaissance des hommes allait de soi. En un clin d’œil, chacun savait à peu près tout de l’autre, mais la vie intérieure restait un secret. L’âme se métamorphose sans cesse. […] Je voulais parler à quelqu’un mais n’en trouvai pas le temps; je souhaitais avoir un repère solide, ne le découvris pas. Au beau milieu de l’incessante progression, j’avais envie de me tenir immobile. Le foisonnement et la rapidité étaient trop foisonnants et trop rapides. Chacun se dérobait à chacun. C’était comme un flux qui s’en allait comme s’il se dissipait, qui venait machinalement et disparaissait de même. Tout était irréel, moi aussi »
 Robert Walser, « La rue », Retour dans la neige, Genève, Zoé, 1999, p. 120.

福島第 L’île du bonheur – arrêt à froid

Un jour c’est banal, l’actualité des journaux n’est qu’une suite de titres ; son caractère d’affût, ses signes mêlés tirés du jour d’hier, tu sais encore, et plus ou moins vers quoi, l’actualité d’avant-hier tu commences à oublier, après tu n’es plus sûr, tu vas chercher dans les tiroirs, il y a des suites logiques, historiques, les idées séculaires que l’homme s’est fait de lui, à double fond, s’informant des frontières, du regard du douanier, des richesses de toutes sortes, de ses droits, tu reviens au journal, gratuit, à l’actualité comme épisode, aux faits divers qui arrivent, qui la dévorent, début et fin d’épisode.
Les escaliers sont arpentés la nuit à l’envers, moins fréquentés et avec plus de lenteur, les étages les plus hauts, jamais atteints, tanguent.
La meule usée tourne de travers, les couteaux ont rouillé. L’accident perturbe la superbe, on se couvrait des toiles d’araignées en clin d’œil au linceul, nos embuscades étaient joyeuses, des plus inflammables.
A cette fatigue venue on retient, des étagères du supermarché bourrées à craquer, l’almanach de Fukushima : glas du reality show « L’île du bonheur » où les participants dévêtus allaient passer leur confirmation. Virés, non par tirage au sort, mais d’une balle perdue dans la chasse, à cause d’un pied tordu dans un trou plein de feuilles.
Ne sachant comment, lassés, bien sûr, roulés sans l’avoir cru toujours aux fins promises, le sel des renaissances prodigieuses adorées aurait passé son temps; les burakumin, autrefois gens des métiers liés au sang, aux cadavres recyclés, aux peaux, à la peau, parias, honnis des shintoïstes & bouddhistes, rappelés des cales aux kamikazes, par défaut, liquidateurs bradés des machines à chauffer l’eau du bébé qu’il s’agit désormais de refroidir sans lâcher le bébé crachant, expulsant. Les fées liftées du réveillon restent endormies, les thermomètres se figent comme l’ombre fendue qui persiste, éclair gelé après la déflagration, mille fantômes réanimés en vain. Les bassins de stockage fêlés comme des biberons s’emplissent, nos sarcophages chavirent dans une pluie d’acide borique, débordent sur le pacifique.
Damoclès ne retranche pas le sentiment de puissance, de la mort annoncée. La supercherie n’ira pas jusqu’à cette effigie, l’épée reste aimantée à un morceau de ciel, entre cygne noir et corbeau blanc. Damoclès succombe et succède à Némésis, déesse mineure, déesse de la vengeance, dans un squat d’Athènes.
Tchernobyl forever   (Réalisé en 2010, et diffusé sur Arte peu après la catastrophe de Fukushima).
« Into Eternity » (en 6 parties) – film réalisé par Michael Madsen. « Onkalo » signifie la cachette en finnois; 500 mètres sous terre, merde radioactive mortelle pour 6 000 générations.
Akira Kurosawa, Dreams  


réveil-douleur

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 « Unheimlich quand les mères vacillent, elles qui sont seules à se tenir encore entre nous et la dissolution » – écrit Freud dans une lettre à Wilhelm Fliess (3 juillet 1899).


Grèce, Europe; 2 liens du jour  

 

::: Pourquoi c’est très simple, mais pas pour

la raison qu’on vous dit d’habitude

::: greek crisis 

« Unheimlich quand les mères vacillent, elles qui sont seules à se tenir encore entre nous et la dissolution », écrit Freud dans une lettre à Wilhelm Fliess (3 juillet 1899).« Unheimlich quand les mères vacillent, elles qui sont seules à se tenir encore entre nous et la dissolution », écrit Freud dans une lettre à Wilhelm Fliess (3 juillet 1899).s

dormir retourné

nos tanières nous retournent, de l’enclos encerclé, au toit par le portail entrebâillé,
symétrie, répétition, inflation des détails, l’innombrable à demeure,
un courant d’air, une archère, un papillon, un ouragan de nectar.   
Canti Illuminati ~ Alvin Curran
For Cornelius ~ Alvin Curran

(…) qu’est-ce que tu attends pour écrire?

Le voyage dans la lune (version restaurée) -Georges Méliès : extrait n°4 

GEORGES MELIES,VOYAGE A TRAVERS L’IMPOSSIBLE 6’20 » Vecchio commento musicale!!(ERIK SATIE)