arbres

Car nous sommes comme les troncs d’arbre dans la neige. Apparemment ils sont posés là, bien lisses, et l’on devrait pouvoir les écarter en donnant juste une chiquenaude. Non, on ne peut pas, car ils sont fermement rattachés au sol. Mais regarde, même ça est apparence.  Franz Kafka _ Sept.-Déc. 1907 (Trad. Laurent Margantin)

broc’ clémente

The pouvoir des tornades, Mapleton, Iowa. (by Timothy Wright) (© Smithsonian.com)

Clémence du ciel pour les châteaux de sable, la décantation des prières, les boîtes de conserve éventrées & canettes gueule de bois à l’effigie de Gaudi, la barque chahutée des ex-voto, les écharpes mouillées sur les herbes coupantes, les aurores boréales sur des carlingues en rade, l’amont des collines aux milles serpents d’eau, les chapiteaux et gondoles, les cours de récréations sur des terrasses liquides, les coquilles Saint-Jacques aplaties, les sangliers aériens, les ocres jaunes de remorque dégrisée, les temps de pause grippés, le poison de l’éternité, les roulements dévastés des skates, l’avachissement du rock’n’ roll, les petits matins sur le billard, les overdoses de botox et le brushing de la momie, les visions-éclair des aveugles, l’errance de la syntaxe, la langue et les vagues à sec, les trous d’eau, les déserts les marées-basses, les aires d’atterrissage des pigeons.

Crows - Nicholas Roerich  Crows - Nicholas Roerich, c.1905

Steve Roden – Airria (hanging garden) second version

un tour

Jan Saudek, v noci Město, 1976.La pièce est noire de nuit, on n’y serait pas ce serait pareil, à part le bruit laissé en claquant la porte pour aller trouver les lumières d’un bistrot où la télévision parle pour tous en silence, tandis qu’on est là, à se demander, à croiser des regards, où on est, on est pas seul à se le demander, c’est aussi vague tout ce qui se passe en ce lieu, on en revient pas d’avoir marché pour retrouver ce vide, les lumières de la nuit. On restera jusqu’à ce qu’il fasse jour. Le pavé sera couvert par le bruit du trafic. Le chemin fera tampon. On rentrera, on fermera les volets.

les idées se débarrassent des corps.

Quelle drôle d’idée ont les idées de se flinguer, par débiteur interposé piégé au guichet du simple éclat de leur nectar, retourné comme rat mort ou traître défiguré, tandis que roule son couvre-chef, une ombre qu’un souffle de vent invente, dissipe.

Toutes les maisons ont leur odeur propre, les personnes une atmosphère, ce coin de forêt, ce point de vue, ce regard qui scintille et s’enfouit dans une rémanence obscure et indéfinissable de la mémoire.

Votre éloignement, votre absence, nous prennent, nous manquent, aucun reflet dans le miroir, devant lequel, à nous laver, nous habiller, feindre. L’heure et le ciel ne sont pas programmés. Le trajet qui mène au travail est exténuant, nous restons d’étranges proies indigestes à l’obsolescence des machines.

Pourtant, encore peu, réjouis à la vue des feux-follets sous le croquant des crevettes grillées, et plus encore, les feux-follets nous embrasaient. Le crime parfait, la candeur sur la route de l’amour attend son prochain client, l’arrogant désinvolte qui la couvrira d’or, l’inimitié élective, la haine originelle, universelle etc., fait son boulot, son leurre, le temps ne fait rien à l’affaire.

Chet Baker in Let's Get Lost starring%22  Moon & sand – Chet Baker

 

 

Let’s Get Lost – Chet Baker Documentary (Bruce Weber) 

le chemin vers la maison

 

« Qu’on voie la force de persuasion de l’air après l’orage ! Si je ne résiste pas, mes mérites m’apparaissent et me subjuguent.

J’avance à grand pas et ma cadence est celle de ce coin de la rue, de cette rue, de ce quartier. Je suis à juste titre responsable pour tous les coups donnés aux portes, sur les assiettes des tables, pour tous les toasts, pour les couples d’amoureux dans leur lit, sur les échafaudages des nouveaux bâtiments, serrés aux murs des maisons dans les ruelles sombres, ou sur les canapés Ottoman des bordels.

J’évalue mon passé en le comparant à mon avenir, trouve cependant les deux excellents, ne peux cependant préférer aucun des deux, et je dois seulement réprouver le caractère injuste de la Providence qui me favorise ainsi.

C’est seulement lorsque j’entre dans ma chambre que je suis un peu pensif, mais sans avoir trouvé quelque chose qui mérite qu’on y réfléchisse en montant les escaliers. J’ouvre grand la fenêtre, dans un jardin on joue encore de la musique – mais cela m’aide peu. »

Publié dans la revue Hypérion, n° de janvier-février 1908, Franz Kafka, Traduction : Laurent Margantin

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