black refraction

la mort trace une égalité parfaite entre les vivants qui, dans la précipitation d’oublier, dans la liberté invivable, préparent la guerre. les bêtes préfèrent mourir seules.

somnolence générale, triste, avec des bras trop courts. l’air, qu’on imagine dans l’autre pièce, reçoit des mains tombées dans le noir, où pas moyen de se laisser faire, on se guide de la main en évitant les objets. le sable déborde, tombe en filet. les voiles des bateaux ballantes, le clignotement solitaire du phare, duquel sur l’étroite plateforme, les étoiles pénètrent le tunnel de tes yeux. mais est-ce bien important ce que leur crâne recèlerait, ce petit maître des mers, grand veuf des sirènes.

un bain dilatant cette fois, sans savon, les propriétés se multiplient et attendent un repos complexe, les plus simples choses dans une mémoire du noir et de pulsations étincelantes, sans vitesse. des yeux sortis de mollusques à antennes, peaux froides, te regardent, que tu aimes, continuer le sort.

le chemin vers la maison

 

« Qu’on voie la force de persuasion de l’air après l’orage ! Si je ne résiste pas, mes mérites m’apparaissent et me subjuguent.

J’avance à grand pas et ma cadence est celle de ce coin de la rue, de cette rue, de ce quartier. Je suis à juste titre responsable pour tous les coups donnés aux portes, sur les assiettes des tables, pour tous les toasts, pour les couples d’amoureux dans leur lit, sur les échafaudages des nouveaux bâtiments, serrés aux murs des maisons dans les ruelles sombres, ou sur les canapés Ottoman des bordels.

J’évalue mon passé en le comparant à mon avenir, trouve cependant les deux excellents, ne peux cependant préférer aucun des deux, et je dois seulement réprouver le caractère injuste de la Providence qui me favorise ainsi.

C’est seulement lorsque j’entre dans ma chambre que je suis un peu pensif, mais sans avoir trouvé quelque chose qui mérite qu’on y réfléchisse en montant les escaliers. J’ouvre grand la fenêtre, dans un jardin on joue encore de la musique – mais cela m’aide peu. »

Publié dans la revue Hypérion, n° de janvier-février 1908, Franz Kafka, Traduction : Laurent Margantin

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