les dernières pages de « Fantasmagories, suivi de Le Réel, l’Imaginaire et l’Illusoire » Clément Rosset, Ed. Minuit, collection « Paradoxe »
Danseuses de Delphes 1:09 Voiles 4:29 Le vent dans la plaine 9:05 «Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir» 11:25 Les collines d’Anacapri 15:20 Des pas sur la neige 18:43 Ce qu’a vu le vent d’ouest 23:40 La fille aux cheveux de lin 27:35 La sérénade interrompue 30:20 La cathédrale engloutie 33:14 La danse de Puck 40:08 Minstrels 43:32

S’informer des événements, repérer viser les points saillants d’une actualité, délimiter des zones de points critiques, estimer à vol d’oiseau, croire discerner des processus et logiques, arriver à des convictions, dégager une prévisibilité, à quelle obsession ça répond, à quoi bon ? (m’empêche tout de même pas de nourrir les oiseaux).
La situation de Chypre on en parle depuis au moins un an, très difficile avant la publication du plan UE-BCE-FMI d’en récolter des éléments, les pourparlers s’éternisaient, il arrivait qu’on voit sortir des officiels qu’on avait pas vu rentrer, ou l’inverse, ou qui s’y rendait parce que il faut faire le job, on voyait presque rien ou si peu, les Chypriotes se préparaient à virer les communistes, à élire une équipe de la troïka.
Mais les montres ne donnent pas en même temps la même heure et selon les saisons, chacun suit son train-train à lui, notre optimisme naturel flotte dans un horizon où on se prend dans le tapis. Depuis peu chaque jour tombe son lot d’infos qui multiplie et réoriente interprétations, conjectures, comme un poker qui se dévoile entre calculettes interposées, glissement de curseurs temporels, et stratégies dans le cambouis – avancer, retarder ses pions ou jouer le pourrissement: Chypre-Paradise, jusqu’alors à l’abris des regards désormais l’objet de toutes les convoitises, n’a que l’embarras du choix – l’Europe ou une place au soleil sous garantie de Poutine ? Les russes surpris et pas préparés à faire couler l’Euro ne savent s’ils peuvent l’empêcher, se sont des hommes après tout. Autant faire se languir les soupirants, la malice très patiente augmente à hauteur de la dote. On espérerait le temps des deals s’épuiser dans la farce de leurs contradictions, le temps que partout la répudiation sans condition de la dette mijote dans les têtes. A quel genre de bordel tendons-nous ?
(rien à voir sinon le printemps, Morteza Mahjubi – Improvisations in Avaz Dashti)
Clémence du ciel pour les châteaux de sable, la décantation des prières, les boîtes de conserve éventrées & canettes gueule de bois à l’effigie de Gaudi, la barque chahutée des ex-voto, les écharpes mouillées sur les herbes coupantes, les aurores boréales sur des carlingues en rade, l’amont des collines aux milles serpents d’eau, les chapiteaux et gondoles, les cours de récréations sur des terrasses liquides, les coquilles Saint-Jacques aplaties, les sangliers aériens, les ocres jaunes de remorque dégrisée, les temps de pause grippés, le poison de l’éternité, les roulements dévastés des skates, l’avachissement du rock’n’ roll, les petits matins sur le billard, les overdoses de botox et le brushing de la momie, les visions-éclair des aveugles, l’errance de la syntaxe, la langue et les vagues à sec, les trous d’eau, les déserts les marées-basses, les aires d’atterrissage des pigeons.
Quelle drôle d’idée ont les idées de se flinguer, par débiteur interposé piégé au guichet du simple éclat de leur nectar, retourné comme rat mort ou traître défiguré, tandis que roule son couvre-chef, une ombre qu’un souffle de vent invente, dissipe.
Toutes les maisons ont leur odeur propre, les personnes une atmosphère, ce coin de forêt, ce point de vue, ce regard qui scintille et s’enfouit dans une rémanence obscure et indéfinissable de la mémoire.
Votre éloignement, votre absence, nous prennent, nous manquent, aucun reflet dans le miroir, devant lequel, à nous laver, nous habiller, feindre. L’heure et le ciel ne sont pas programmés. Le trajet qui mène au travail est exténuant, nous restons d’étranges proies indigestes à l’obsolescence des machines.
Pourtant, encore peu, réjouis à la vue des feux-follets sous le croquant des crevettes grillées, et plus encore, les feux-follets nous embrasaient. Le crime parfait, la candeur sur la route de l’amour attend son prochain client, l’arrogant désinvolte qui la couvrira d’or, l’inimitié élective, la haine originelle, universelle etc., fait son boulot, son leurre, le temps ne fait rien à l’affaire.
Let’s Get Lost – Chet Baker Documentary (Bruce Weber)