théodicée pittoresque et tragique

   

« … ce qui est irrationnel n’existe pas. Ainsi en va t-il des Papous, des canaques et de la planète Neptune dont Hegel, pour des raisons certainement solides mais encore non élucidées, s’est toujours obstinément refusé à admettre l’existence ». Clément Rosset, « L’idée fixe » in Tropiques, Les éd. de Minuit, p. 22

 

« La philosophie n’est donc pas une consolation; elle est davantage, elle transfigure en rationnel le réel qui paraît injuste, elle le présente comme ce qui est contenu dans l’idée elle-même et comme ce par quoi la raison doit-être satisfaite » Hegel, Leçon sur la philosophie de l’histoire, Ed. Plon, p 101

 

marionnettes

 

« Le monde, selon Schopenhauer, est mort depuis toujours ; « on croit » qu’il vit, et la plus profonde démystification schopenhauerienne est de s’aviser qu’il fait seulement semblant de vivre, qu’il mime maladroitement la vie. En réalité, il ne vit pas plus que les membres du squelette actionnés par des ficelles n’effectuent de véritables mouvements. D’où l’angoisse devant cette mort qui se travestit sans cesse, ces cadavres qui prétendent toujours singer les vivants » Cl. Rosset, Schopenhauer, philosophe de l’absurde, p. 26. PUF

échanger avec un chat

La Femme des sables (Suna no onna), Hiroshi Teshigahara 1964
Hors-champs | Laure Adler reçoit Clément Rosset, 17.04.2013 
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buster-keaton-

mais si nous ne voulons pas de réel, il est préférable de regarder ailleurs, ce qui se passe sous le tapis, ou en Amérique du Sud ou dans la mer des caraïbes, n’importe où pourvu qu’on soit assuré de ne jamais rien trouver, jamais rien d’autre que ce qu’on cherchait réellement : c’est à dire précisément rien. (Cl. Rosset, traité de l'idiotie)
mais si nous ne voulons pas de réel, il est préférable de regarder ailleurs, ce qui se passe sous le tapis, ou en Amérique du Sud ou dans la mer des caraïbes, n’importe où pourvu qu’on soit assuré de ne jamais rien trouver, jamais rien d’autre que ce qu’on cherchait réellement : c’est à dire précisément rien. (Cl. Rosset, traité de l’idiotie)

luxury problems

Il est néanmoins vrai qu’un homme qui cherche une belle fille a souvent tendance à se persuader, l’espace d’un moment que Dieu existe…

Tropiques, Clément Rosset, p 24                

&

Andy Stott – Luxury Problems

 Tu as enfin découvert la forme de ses fesses, réveillé l’état de méditation; le cercle des origines et du soleil les a déshabillées. Le fantasme est sorti, tu lui souhaites bonne nuit, tu te délasses, te délaisses. Tu n’avais d’yeux que pour ses lèvres et son battement de paupière, elle n’avait jamais appris à parler, la lune drapait sa nudité. Les pieds s’enfonçaient dans la mousse. Sous l’arbre les corbeaux murmuraient, décillés.

le temps n’est rien

« Une des caractéristiques de l’art de Ver­meer, comme peut-être de tout art, parvenu à un cer­tain degré de noblesse, est de peindre des choses, et non des événements. Le monde que perçoit Vermeer n’est pas celui, muet à jamais, des événements insi­gnifiants, mais celui de la matière, éternellement ri­che et vivante. L’anecdotique, pourrait-on dire, y a chassé l’anecdotique : le hasard d’un moment de la journée, dans une pièce où rien d’important ne se passe, apparaît comme l’essentiel d’un réel dont les événements apparemment notables constituent au contraire la part accessoire. De ce réel saisi par Vermeer le moi est absent, car le moi n’est qu’un évé­nement parmi d’autres, comme eux muet et comme eux insignifiant. Il n’y a d’ailleurs pas d’autoportrait de Vermeer, et la biographie du peintre tient en dix lignes anodines. Cependant Vermeer semble bien s’être peint une fois, par un jeu de double miroir : dans cette toile sans nom précis, aujourd’hui appelée L’Atelier. Mais le dos, comme un peintre quelconque, qui pourrait être n’importe quelle autre personne occupée à sa toile. Rien, dans le costume, la taille, l’attitude du peintre, qui puisse être regardé comme signe distinctif, rien donc qui fasse état d’une com­plaisance quelconque du peintre à l’égard de sa pro­pre personne. Dans le même temps cet « atelier », comme toutes les toiles de Vermeer, semble riche d’un bonheur d’exister qui irradie de toutes parts et saisit d’emblée le spectateur, et qui témoigne d’une jubila­tion perpétuelle au spectacle des choses : d’en juger par cet instant de bonheur, on se persuade aisément que celui qui a fait cela, s’il n’a fixé dans sa toile qu’un seul moment de sa joie, en eût fait volontiers autant de l’instant d’avant comme l’instant d’après. Seul le temps lui a manqué pour célébrer tous les instants et toutes les choses » . Cl. Rosset, Le réel et son double.