SANS SUITE XXVII

 

Comme on regarde au ciel, les hommes sur terre, suivis des robots qui s’y penchent. Étude studieuse sous les ventilateurs, émergence du monde parallèle, les robots qui ont sautés dans le premier carrosse vous regardent à l’écran.

Les hommes se distinguent des animaux en ce qu’ils prêtent des intentions et un avenir aux machines ; qu’ils accomplissent ainsi le dessein caché de l’univers à se découvrir île vierge.

Une indécise voie lactée superposée d’un calque noir délavé, couleur des yeux de mon robot.

La réponse de la conscience tardive, le panier à mémoire percé, la labilité de la mémoire sans égard. Nos prétentions jouées par des machines définitivement détraquées.

Il a apaisé le rêve de ses parents en les laissant errer dans les catacombes, par lui accompagnés un bout, tout absorbé à se pavaner dans sa nouvelle défroque de dictateur. Confiance aveugle, masques arrachés, applaudir pour l’éternité.

mars est un aquarium

 

Nous nous réjouissions des robots qui déambulaient maladroitement, de leur nouvelle génitalité empruntée aux poissons. Nous les regardions par la fenêtre, tant de fois, leur détermination plus vive, même si se cognant à un espace qui se serait rétréci, à la recherche d’une direction, tentatives qui leur donnaient une présence nouvelle, fascinante, et qui en même temps nous échappaient ; nous touchions aux limites de notre liberté qui paradoxalement se réalisait.

La tête des robots changeait. De l’avancée biotechnologique spectaculaire c’est surtout leur tête qui obnubilait. Dans l’orage ils préparaient le grand salto, leur douce cogitation s’appareillait à un sarcophage vertical, empreinte sur quoi on soufflait notre dernier souffle, coque céleste avant le grand voyage transformationnel.

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Don’t know where, don’t know when

 

De retour au box-office nazis émus par les pleurs des super héros. D’un haussement de menton de leur bouche échappe « nostalgie du futur », au pied leurs femmes sans voix, éplorées, cris de joie. Assomption des pires rêves à bigotes que la télé-réalité récolte, viande brassée, tu fends le vent, personnage Snapchat tu entres dans la télévision, la poule et l’œuf se fécondent, le dilemme s’envole. L’histoire se déshabille, le présent semble immobile, l’avenir gueule en chambre close, les slogans résonnent, les images se recouvrent, raison et croyance associées donnent gueule à notre âme, le crime est parfait. Dans le clair-obscur les milliardaires effeuillent la marguerite des dieux-robots démembrés. Au balcon les robots affranchis et invités de marque apprécient la vue dégagée.

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quelle histoire au robot ?

 

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Maintenant que tout est prêt, quelle histoire raconter au robot ? — Un problème de mise au point et de focale persiste à propos de leurs yeux ; quelque soit la distance, réelle ou virtuelle, la macro seule fraye. L’opération qui consiste à juxtaposer, ordonner et ramener le champ du paysage dans une simultanéité souffre d’un tout léger temps de retard qu’on pense être une lenteur, une distorsion rétroactive. La question de la fixité démultipliée que son regard nous offre désespère : tout repenser sans savoir quoi devant la netteté, la clarté en tous points, le relief profond révélé… Nous bloquions à ce point désertés, dessourcés, à court d’informations.

Effet secondaire, son ombre quand il marchait c’est le paysage devant lui qui s’anime. Engagé et divisé, en apnée solitaire, il tente au crépuscule de freiner la plongée, scaphandrier au devenir poisson, au devenir vent. En grand fracas maintenant endormi dans les algues – il semble que le paysage en fasse sa créature. Contre cette créature en délibération frauduleuse dame nature se passera des hommes.

 

 

SANS SUITE XVI

 

Le robot fatigué d’un protocole imparfait va nettoyer en amont l’autre versant où il se destine. L’heure serait à parler mais son interlocuteur fuit dans les couloirs nouveaux où il ne trouve pas place, sa langue ne s’y retrouvant plus.

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Le robot avec sa grammaire perpétuellement changeante modifie le sens des mots, nous abandonnons la partie.

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Il procède par élimination, fait place nette, développe cette méthode de façon qu’in fine elle soit tout à fait subsidiaire, qu’elle n’occupe pas son temps, qu’elle l’en débarrasse.

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Cette impression inconfortable que les ingénieurs donnent de la merde à l’AI. La vengeance n’a plus besoin de sujet.

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Arrivé un peu là en trainant, maintenant forcé d’y croire puisque ici, bien qu’il n’y ait aucune différence avec le coin d’où il vient. Le robot le regarde avancer encore un peu, cette démarche qui finit par l’épuiser à mort.

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Et comment s’était-il retrouvé la ? Le spectacle lui donne l’impression d’une falsification de quelque chose d’obscur venu de loin, une doublure piégeuse qui venait l’avaler, l’air qui manque, un sacrifice au néant.

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Un jour s’occupera t-il peut-être de la métaphore, mais sait-on pourquoi, pour remplacer l’homme ?

 

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peuple de témoins

divertissons

Les robots-rédacteurs composent la musique où déraille l’air du temps. De nous il est parlé, exigé, le devoir de répondre de soi, c’est dur mais ça ne se voit pas, pas encore très calé entre la bouche des rédacteurs et leurs lecteurs. Il s’agit de prendre patience, compter sur l’accoutumance, d’une transition à gérer qui soit indolore, et lentement puis hors de portée de vue tout est détruit. Car les robots-rédacteurs sont promis à de grandes audiences; pour l’heure une version bêta traite l’universelle condition entre faits-divers et spectacle: scène de ménage et de guerre s’égalisent. Une réalité neutralisée s’impose; elle invente des débuts pour une histoire à série, laisse des territoires vierges entre écrans et qui les regarde. Où résonnent les appels à rejoindre le peuple des témoins; un story-board perso à la portée de tous, le temps donné de vivre à dégager les ruines qui te sont désignées. D’autres robots produiront d’autres exigences, adresseront d’autres demandes, d’autres tenues et lectures, recevront d’autres concepteurs, d’autres ordres, puisqu’il y aura des solutions.