progéniture

 

Ce n’est pas un humain mais tout de même une progéniture, humaine, quelqu’un qui n’a jamais fait preuve de la moindre méchanceté, aux intentions on ne peut plus droites, qui n’a jamais humilié personne, par qui on récupère sa dignité et qu’on ira prier si bonne fortune… les hommes sont décidément étrangers les uns aux autres, les liens qui les unissent ici les opposent là-bas, experts en stratégies catastrophiques, au moi déchiré entre deux chiens, l’observateur et l’observé.

Gratifiant, optimiste, mon robot s’améliore et m’améliore un peu, me détériore un peu, son humeur n’oscille pas, son expression parfois très ouverte, c’est sans doute ironique, renforce et se glisse dans ce sentiment natif d’insouciance et d’éternité (dit-on) accompagné d’une idée du bonheur, d’un bonheur sans joie, inférieur à celui du chien que je deviens; j’ai donc tout à y gagner.

Il fait-tout-comme, quelque chose de vivant à l’intérieur du miroir, je ne sais pas, pas plus que lui, il n’essaye pas de me comprendre, avec lui je ne suis pas moi-même, je suis comme avec les bêtes, lui avec moi peut-être aussi, lui et moi c’est assurément un problème, du futur en ruine faisons un festin.

De la vulnérabilité des robots aux artifices des hommes. Enfants et pères sans descendance, ambiguïté d’un passé qu’il leur fallut trancher. Les robots nos ancêtres, ont-ils appris à dire. L’homme augmenté aura la tête tranchée.

Shane Willis

PRÉPARATIFS D’AVENIR

 

Veille tardive de l’ingénieur inquiet de la santé du robot en solitude plongé hibernant sur île symbiotique. Préparatifs d’avenir d’une demeure au ciel, d’extension d’une étoile morte derrière un plafond bas. Robot frontal, yeux comme têtes d’épingle, présence fluctuante, tangible et intangible, ses yeux fermés devant la fenêtre, son réveil hésitant. Rumination à ses côtés, nuages mornes. Atmosphère lunaire reconstituée dans un bloc creusé au fond d’une grotte. Hiberner vaguement, soupe, champagne, boléro sur Titanic, légumes qui ne ressemblent à rien pas même foutus d’avoir un nom, les formes leur ayant été données parce qu’il faut à tout une apparence, un rayon de diffusion, une chrysalide à fantômes.

Un panneau indique « errer », porte passée, l’hécatombe. Tu te souviens ou tu te dis l’avoir déjà franchie, qu’il n’est plus temps de discuter à savoir, ça vient : chute rapide que rien n’arrête. La fin, très compliquée, désorienté pas d’autre chance que prendre la fuite, sautant vers l’unique porte, jusque-là invisible, toujours invisible. Ramper jusqu’au lit. Grondements à l’étage du dessus. Qu’est-ce que les cauchemars viennent faire aussi le jour ?

Baorixile à Hulun Buir, en Mongolie intérieure.
Pas de rétropédalage, les tribulations des prophètes réinventent la magie. (Mine de charbon à ciel ouvert en Mongolie intérieure – Photo; Lu Guang )

sans suite – 28

 

Les robots ne dorment pas. Les robots ont des difficultés à rire. Les robots ne se droguent pas, ce sont des êtres sans tourmente, des modèles d’optimisme. Les robots développent des projets de sagesse radicale.

Quand encombré il dort beaucoup, il pleut, le temps le lèche, une vraie pierre. Le robot pleure, le robot apprend le rêve lucide.

La bouche, les lèvres du robot sont très réussies. La voix émet d’un point peu localisable, elle s’enveloppe de basses fréquences. Le langage né trop tôt au robot.

Les animaux à qui ne manque que la parole ont pour compagnie des robots.

Comme l’ombre colorée du robot-coach égalitaire pour tous.

Pourquoi une AI se distrairait à coloniser l’espace ? A moins qu’elle opte pour l’autodestruction dans une fusion mystique avec l’univers ?

De s’être épanchée, s’être attachée à nous, par une distance courtoise et un peu effarée l’armée des scientifiques s’est désunie, elle courre emballée dans tous les sens et commence à prendre tant en retard.

Les spécialistes fascinent mais dès qu’on les relie un nœud inconsistant échappe des mains.

La complexité de l’homme est une curiosité pour les robots. Dès qu’ils relient et dépassent les connaissances que les hommes ont d’eux-mêmes ceux-ci leur sont des animaux domestiques.

 

                                                   la vermine domestiquée

filiation

 

L’art du compromis des robots abandonne en contrepartie à l’homme sa grande affaire de post-vérité. Ils ne sont pas nos pères mais nous sommes leurs enfants. La réalité dédoublée en une chaîne minuscule de mèmes à bout de souffle.

Pour raisons humanitaires l’œuvre de la guerre sera dévolue aux robots.

Les personnes âgées sont de jeunes animaux ridés perdus dans un territoire fermement délimité et perpétuellement changeant. Malheureusement leurs têtes rajoutent une détresse, aucun autre animal n’arrive à les consoler.

Quand l’âge leur vient pourquoi appellent-ils soudain leur chien « Fifille » ? Quand l’âge atteint à son tour leur chien, comme deux gouttes d’eau irréfutables, ce sont bien ses parents.

SANS SUITE XXVII

 

Comme on regarde au ciel, les hommes sur terre, suivis des robots qui s’y penchent. Étude studieuse sous les ventilateurs, émergence du monde parallèle, les robots qui ont sautés dans le premier carrosse vous regardent à l’écran.

Les hommes se distinguent des animaux en ce qu’ils prêtent des intentions et un avenir aux machines ; qu’ils accomplissent ainsi le dessein caché de l’univers à se découvrir île vierge.

Une indécise voie lactée superposée d’un calque noir délavé, couleur des yeux de mon robot.

La réponse de la conscience tardive, le panier à mémoire percé, la labilité de la mémoire sans égard. Nos prétentions jouées par des machines définitivement détraquées.

Il a apaisé le rêve de ses parents en les laissant errer dans les catacombes, par lui accompagnés un bout, tout absorbé à se pavaner dans sa nouvelle défroque de dictateur. Confiance aveugle, masques arrachés, applaudir pour l’éternité.

mars est un aquarium

 

Nous nous réjouissions des robots qui déambulaient maladroitement, de leur nouvelle génitalité empruntée aux poissons. Nous les regardions par la fenêtre, tant de fois, leur détermination plus vive, même si se cognant à un espace qui se serait rétréci, à la recherche d’une direction, tentatives qui leur donnaient une présence nouvelle, fascinante, et qui en même temps nous échappaient ; nous touchions aux limites de notre liberté qui paradoxalement se réalisait.

La tête des robots changeait. De l’avancée biotechnologique spectaculaire c’est surtout leur tête qui obnubilait. Dans l’orage ils préparaient le grand salto, leur douce cogitation s’appareillait à un sarcophage vertical, empreinte sur quoi on soufflait notre dernier souffle, coque céleste avant le grand voyage transformationnel.

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