masse atomique

Le sol jonché de vieux chemins partiellement effacés, fausses pistes, chemins malencontreux se recouvrant les uns les autres de telle sorte qu’on appelle ce sol une escalade, montagne de laquelle du regard on domine l’horizon où on se jetterait de tout son long rien que pour le franchir.

Nous ne cherchons rien, nous discutons derrière les murs du silence de l’esprit, nous avons de la place, nous répliquons à l’échos, seul nous discutons, nous ne cherchons rien.

Tout est la même chose, l’Un, le début, ce dont on s’éloigne divisé. Le reste, un fond sans limite sur lequel les mouvements sont ceux d’un dormeur que le milieu métamorphose.

L’horizon départage ciel et terre, sans être ni l’un ni l’autre, n’existe que dans le regard. Vide, essaim de centres éclairs entre chutes verticales.

Takashi Yasunura. Nishihotakaguchi, série « Traçage de la nature » 2001

persister

/ Chaque jour sur le chantier les matériaux de construction s’accumulent, les volumes augmentent. le plan n’existe pas. cependant tous les corps de métier s’emploient à adapter et emboiter les éléments déchargés des camions, la moitié des livraisons est composée de pièces sans usage ou alors défectueuses ou incomplètes. l’autre moitié est unijambiste, les récépissés de commande sont introuvables, tout autour la friche triomphe dans les gravats, des jardins bordés par les pierres des murs d’une maison en ruine marquent la frontière. le terrain manque d’appui. Les ouvriers dorment, les techniciens ne sortent plus des réunions.

/ une réalité épineuse. par bonnes saisons pleuvent les solutions diverses des champs à graines jusqu’à l’acheminement dans les cages. les allées, le parc n’ont plus d’arbre. la place pour les déposer dans les cages manque. les roues tournent à vide, les esclaves se sont échappés, les robots les secourent. trop de graines et trop de gens – les termes de la distribution s’enchevêtrent, les greniers sont vides, le brouillard respire, coagule la poussière. les solutions se referment sur des failles, la pluie tombe dans la cheminée, à plat sur les papiers-peints le passé se décolle, le salpêtre fait du sel, le poivre jaune du soleil blanchit les couleurs.

Daido Moriyama, Tokyo- suite d’un récit – Autum Trip (Omaezaki), 1984

cubes et cercles

Après avoir partagé la pièce de 20 m2 en quatre chambres en croisant deux nouveaux murs, creusé trois portes,  chacun prolonge l’ouvrage et s’unit enfin au sommeil.

Les éléments naissent et disparaissent, de qualités si diverses qu’ils sont inquantifiables. Aucun élément ne peut un jour rejoindre la structure enfin entrevue. Dieu est un bricoleur du dimanche dans la ferraille et les aimants.

Autre cube, vaste et non divisé, autour duquel nous avions l’impression de tourner par ses nombreuses portes ouvertes au regard: selon l’entrée les objets ou les êtres étaient vus sous des angles et des distances variables; leurs formes et leur nature changeaient. Ici les formes accouraient au plus loin hors du centre comme si le bord suspendait le mouvement. Malgré l’invasion des formes l’agitation restait pacifique, la défaite en perpétuel éparpillement, une victoire de la dispersion. La vue panoramique attirait l’oeil  sur de petits cratères en forme de couronne, de petits lits de terre où dort la voute céleste.
D’autres formes mieux assagies, appliquées et maladroites, pataugeaient, se figeaient, sans direction, sans réponse dans un paysage d’enfance agité et rêveur.

campagne / 3

 

C’est d’un fauteuil où les dimanches après-midi meurent sereinement dans les jeux d’eau des fontaines que nous nous levons pousser des landaus escortés de papillons. Avec une paresse d’aveugle-roi encore une fois nous passons devant du linge aux fils, du soleil du vent, des papiers-peints de pièces éventrées. Les nuages font une blanchisserie au-dessus du silence des villes dévastées.

Il y a un an j’étais ici à la cueillette des myrtilles. je compte ainsi le temps. Au retour je marchais dans les rues vides de ce bled groggy, la coupe du monde par les fenêtres ouvertes. L’équipe perdait car tout était silencieux, en mode mi-temps du monde présent.

Approcher les corbeaux fort nombreux dans le parc, c’étaient eux qui marquaient la distance, qui inscrivaient en fuyant la ligne de démarcation, notre présence de trop. Les grands vents froids et piquants les rapprochaient de la maison; dès que quelqu’un en sortait, ils disparaissaient longtemps. Les cyprès du cimetière s’en couvraient en grappe. Les longues averses sans eux inondaient l’étang.

 


 

meutes immobiles 2

 

Sous leur capuche les moines apprennent par cœur et en même temps oublient tout, apprendre à donner et à recevoir, ce qu’on a pas, est un crève-cœur. Lâchée au petit bonheur la chance l’innocence ingénue de la méthode charme, ses effets se partagent aussitôt, les appâts sont délicieux et délicats, les fidèles vite trop nombreux; la méthode n’immunise en rien des attaques de neurasthénie, des glissements en circonvolutions tourmentées et aléas innombrables contre lesquels chapelles et groupes se répondent, pétrifiés, selon leur propre modèle de meute. Épreuve de miséricorde et de stérilité.

explorer le rêve

meutes immobiles 1

 

Victimes d’eux-mêmes en nombre ils s’emmurent par clan, un pacte d’ignorance mutuelle les sépare, les dieux s’arrangeront. Le territoire expulse les frontières, le clan sans réserve presse, se naturalise, le ciel est clément, les opportunités affluent, les déserts avancent comme les inondations, de nouveaux circuits commerciaux s’ouvrent en même temps que les routes no mans land d’évasion, nouveaux arrivants, en colonies d’esclaves, sur banlieues Disney-land, en trafics du vrai, réserve d’occupation de demain, au pays disparu de leurs ancêtres, dans les ruines d’un rêve sans frontière.

 

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Orphelinat de l’enfant Jésus

SANS SUITE 41

 

De ce petit bout de terre la terre s’est agrandie, et tout ce qui n’allait pas s’est pourtant mis en travers, la route est coupée, un peu de terrain gagné, les ornières plus serrées.

Des yeux levés lentement, l’angle est étonnant, de loin comme de près l’ouverture est semblablement si grande qu’elle liquéfie le paysage.

Émergentes des vitalités qui s’éprouvent dans le sommeil, en rêvant. Les positions fermes auxquelles on tient sont d’autant plus fortes qu’il n’y a rien derrière sinon leur strict envers. Les positions faibles tombées à la chaîne, points saillants, mous, majoritaires et secondaires, tournent en rond, les fenêtres sont lavées, éloge du bavardage au ralenti. L’anecdote a sa gloire au matin dans le meilleur des mondes possibles. Il pleut, les flaques, le monde par les reflets s’échappe. Une branche cassée prisonnière des remous du sillage atteint la berge.

C’est déjà le milieu de la nuit, le commencement est difficile c’est pourquoi il ne s’est pas arrêté, éparpillé, à fondre en plomb sa tête qui retombant rencontre la souplesse nécessaire, observant la lecture du journal de la mouche à l’envers, le cours du monde ralentit.