évaporation

Ars Moriendi (L’Art de mourir) 1453
Ars Moriendi (L’Art de mourir) 1453

Sur l’étale la pluie parle au poisson qui suffoque, la radio du pêcheur grêle, l’enseigne sur le parking de la grande surface clignote, le goudron transpire. L’œil sombre se couvre d’un voile laiteux. Le rêve de cette nuit qui le jour durant m’accrocha des ailes, demain m’engloutit.

étales de l’immortalité

nuit, nuages ​​d'orage sur la Californie du Sud.L’extension de la prédation humaine avance sur des terres désertifiées. Vue à la lumière du jour, derrière l’épais hublot de l’avion, la terre semblerait paisible, le journal qu’on lit serait comme la page arrachée du calendrier, « ce qui doit être fait », « ce qu’on est », patience de l’azur, chair pauvre et rêveuse du corps céleste, poursuite du vent. Puis on passe à la nuit percée de circuits électriques, d’écailles gelées, l’avion s’engouffre dans un tunnel obscur, les réacteurs sifflent, nous nous posons. Plus furtif et imprévisible que l’animal ou la nature, l’homme se transporte où il rêve de ne plus s’échapper: le spectateur attend la lumière, qu’une foule reconnaisse en lui un vrai témoin, avant de se crever les yeux. Avons-nous toujours été aussi égarés ?

infusion

"Les petites gens" propagande électorale. Allemagne 1932

«Dans un magasin de jouets, j’ai vu un ballon pour enfants sur lequel on avait imprimé une croix gammée. Un tel ballon aurait-il sa place dans ce lexique ? […]. La question de la délimitation de la LTI m’a constamment préoccupé » (LTI, la langue du Troisième Reich, Victor Klemperer, p 57. Éd. Presses Pocket, coll. Agora, 1998).

Les animaux, « il ne leur manque que la parole » mais peut-être alors faudrait-il les bâillonner et voir si une jus plus onctueux en sort. Préférons la lignée inoxydable des objets, puisque qu’ils semblent nous appeler. L’étendue de leur reproduction machinique sidère, un message les enserre par la seule profusion de ceux s’y identifiant, une attache magnétique, nous leur ressemblons. Sans nature les objets empruntent aux images, la langue de l’Un est muette. Ainsi nous devenus leur chose, ils parlent par nous qui les convoitons. Les objets survivent de l’héritage en pièces, une langue morte, entre la brocante et le centre aérospatial. Les objets illuminent les étoiles éteintes.

flashback

Alors qu’on devrait plutôt dormir on laisse filer le rouleau compresseur des lumières tailler les sillons d’une mémoire morte, à rêvasser aux volutes aux lueurs des bougies par la suie qu’elles ont laissée. On serait retourné d’un seul coup tout comme les sceaux de sable pour enfermer la nuit, arrêter le temps, revenu au dernier moment où disparaître, planqué, quand on apprivoisait la nuit.

La jeunesse aurait bronzé dans des îles souterraines sous ces flashs à l’écart. Cycliquement un spéléo était happé en remontant le temps, se cognant, coupé net aux cordes d’eau. Impossible de faire sauter le coffre, ni derrière cette porte faire taire les chiens hors d’eux.

Quand la scène se met à tanguer, chacun comme un seul se tait, on croit voir un ruisseau, une voie d’eau résonne dans la salle obscure, on dégoupille les lampes des projecteurs, en attente que le calme ait léché la rosée.

+

TWR72 – Tunnel 

nuagier des navigations verticales

hauteurs sous verreComme de toute sa hauteur, dégringoler. Échelle qui ne tient qu’à un fil. En regardant le ciel il apparaît que nous tournons sur nous-mêmes, enveloppés, légers au milieu des ombres qui nous dépassent, des maisons en ruine, des ravines. La terre, le sable, les pierres, l’arbre où nous sommes couchés, la masse d’une baleine où l’on dort. Levés, des poussières volent dans la lumière, un courant d’air, les lianes disparaissent. Les enfants précèdent les ancêtres. L’étendue recule à chaque pas. Le chaos dort sur le vent, le chaos pulvérise le vent. Le lit de la rivière est asséché piqué d’herbes folles dressées, son poids creuse la nuit. Quand coula la rivière, sa berge désormais sans limite. Des lucioles tapies telles des émetteurs sombres. Les cycles changent en nature. Livres, pages qui se tournent toutes seules, illusions consolatrices. L’été tète le végétal.

déplacé

Exposure Error (Descriptive Title), Walker Evans,Mes flics coulent un béton qui n’a jamais durci, qui coule et qui gèle, s’échauffe et encercle, embrume. Les orties poussent sur la terrasse, le barbelé du voisin est défoncé, de sa maison qu’on voit pas on entend s’envoler les corbeaux. J’endors les corneilles qui picorent à mon verre, j’attends l’empreinte, l’à-côté que laisse ma lecture d’une narration plate et monotone, je me retourne, je marche dedans. Dépassé un certain seuil d’ennui, on se retrouve déplacé sur un matelas gonflable increvable, en suspens entre plafond et plancher, puisqu’il n’y a pas d’eau, on laisse le rideau pendre, se prendre au vent. On évite les araignées si discrètes, les énormes, on ne bougera pas, aux moindres choses sont déléguées les actions, le cours du temps, l’espace que prend la pièce, le jardin la ville, on ne bougera à moins que le toit de la maison nous soit tombé dessus.