air d’hier

Les pierres sont taillées, les murs sont écroulés, le ciment est au vent. Les branches que l’on coupe, tous les arbres sont secs, si tout se passe bien les dernières forêts brûleront quelques hivers. Les journaux du jour tournent la rouille blanche, livreurs d’un air du temps qui excuse demain de n’avoir jamais su, les bourreaux affutent le silence. Pas besoin de vitesse, la lune s’éloigne encore.

vue imprenable

Salon percé d’une fenêtre qu’éclaire un puits de lumière dans l’atmosphère saturée des poussières du climatiseur.

Au soleil paupières levées du lézard cernées sur soi comme détaché dans l’air en slow motion — dès lors notre tête renversée au ciel, pieds dispersés dans la nuit tandis que prisonnières du jour derrière le verre les mouches nous regardent sous les yeux gourmands du crapaud.

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mythes déglingués

Remonter à la surface ce que le temps engloutit, à mesure que les ténèbres se déposent entre la succession des jours, donne le vertige. L’or du temps aimante une trouble mélancolie. Au loin le toit ressemble à un trou béant. Abrité sous le lierre, dans la protestation du vent les volets claquent. Une ligne d’horizon cligne parfois. Se lever, rassembler les dernières forces, appeler, ignorer l’ennemi, la nuit gravite sur le vide. Les mythes se retirant rejettent sur les rivages des noyés, mêlés à leurs effets, carcasses diverses, mousses et plastiques bigarrées, colorants liquides et comme de la poix qui s’entredévorent. Travail de désoeuvré j’allonge les morts dans leur cercueil.

« dans quatre siècles, il n’y aura plus de pays, on sera revenu à l’ère des tribus, il n’y aura plus de musées, plus de bibliothèques » J-L Borges
« dans quatre siècles, il n’y aura plus de pays, on sera revenu à l’ère des tribus,  il n’y aura plus de musées, plus de bibliothèques »  J-L Borges

connexion rose

Cristina Garcia Rodero, In the fresh air, Escobar, Spain, 1988. dormir est éternel
la fée des tarmacs

Weegee, Josephine Barricini, Vine St., Hollywood, Cal., ca. 1953-55 .   Slowly

Hier au jardin nous regardions attendris passer le robot-tondeuse somnambulique sous la lune, la compassion prend source dans les déserts, dans la philanthropie missionnaire des expéditions spatiales retour-aux-origines. Les machines nous montrent la voie, le monde de la pelouse s’effectue en toute quiétude. L’âme humaine est composée d’une brique qui manque. Notre inutilité révélée nous encourage à partir pour de bon.

fond de rien

Alaverdi-  enfin la boîte !

J’ai une confiance absolue dans l’arrière-monde dont je serais l’habitant, bien qu’il soit si peu fini, que sa taille même m’est inconnue et que sa localisation ressemble au ciel qui s’étire et s’éloigne en quatre états aux points cardinaux. Sans adresse fixe au garde-meuble d’arrière-monde j’ouvre une boîte où je glisse ma main afin de m’assurer qu’elle n’est pas trouée ; elle ne contient que cette fermeture.

caravaning à huis clos

ça m'suffit

Il faut dire ça libère du temps que de ne plus s’acharner sur rien à penser. Les épaisseurs de lierre retiennent les pierres du mur, on déambule parmi quelques-unes roulées au sol, nous habitons dans le musée des fouilles. Par la fenêtre nous regardons les voitures dans les herbes. De satellite nos papiers peints sont des pixels colorés où nos silhouettes se confondent, le vent souffle sur nos corps assoupis dans le silence des fauteuils, les fumées nocturnes des cheminées s’enroulent autour des lucioles. Le dégout nous tombe dessus sans que nous puissions voir son visage. Notre main devient abstraite, le moindre détail froisse.