vous ! vous ! vous !

Adèle Natter: Il y a quand même d’autre sujet d’intérêt au monde que les femmes!

Hofreiter : Oui, pendant les pauses entre l’une et l’autre si l’on en ressent le désir, on peut construire des usines, ou conquérir des pays, ou écrire des symphonies ou devenir millionnaire… Mais, crois moi, tout cela n’est que foutaise, la seule chose qui compte c’est vous ! vous ! vous !                                                                 A. Schnitzler, Terre étrangère

Film complet, Беловы, Belovy, (The Belovs), (S-T anglais) (60′ – 1993) ICI 

Victor Kossakovsky: Filmographie

 

Lullaby (2012 – 3 mn.) Sur les sans-abris

¡Vivan las Antipodas! (2011) Extrait de 6 mn. Film entier ici. Entretien avec V. Kossakovski.   

Svyato (2005, doc. 33 mn. Film entier). Filmer face à un miroir sans être vu. « Dans les années 1986-1989, pendant mes études de cinéma de Moscou, j’habitais à la cité universitaire. C’était un bâtiment très particulier, où on ne pouvait pas trouver un seul miroir. J’y étais encore au moment de la naissance de mon fils aîné, et un beau jour, quand il a eu à peu près deux ans, j’ai réalisé qu’il n’avait encore jamais vu son reflet dans une glace. Au cours des quinze dernières années, en onze endroits différents, avec toutes sortes de caméras, onze fois, j’ai filmé ce moment précis, avec onze bébés, mais sans parvenir à un résultat satisfaisant. C’est vraiment difficile de tout calfeutrer partout où l’on se trouve, une simple cuillère renvoie un reflet… »

 Тише! Tishe! (2003, 80 mn. Film entier) Doc. Depuis la fenêtre de son appartement,  selon le hasard, à l’occasion des préparatifs des célébrations du 300e anniversaire de St-Petersbourg.

2000 – Jardin d’enfants – le triangle amoureux, 52 mn.  /  2000 – Sergueï et Natacha, 16 mn.  / 1998 – Pavel et Lialia , 35 mn, film entier. Pavel et Lialia ont quitté Saint-Pétersbourg et vivent en Israël. /  1991 – L’Autre jour, 10 mn. Un homme mort git par terre en plein centre ville, à Saint Petersbourg.  /  1989 – Losev ; 60 mn. Sur Losev (1893-1988), philologue, philosophe et penseur religieux.

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Nous sommes quelque chose qui se déroule pendant l’entracte d’un spectacle ; il nous arrive parfois, par certaines portes, d’apercevoir ce qui n’est peut-être que le décor. Le monde entier est confus, comme des voix perdues dans la nuit.   —–   Pessoa

boue d’éclat lunaire

Alors que Tchouang-Tseu pêchait à la ligne dans la rivière P’ou, le roi de Tch’ou envoya deux de ses grands officiers pour lui faire des avances.

« Notre prince, lui dirent-ils, désirerait vous confier la charge de son territoire. » Sans relever sa ligne, sans même tourner la tête, Tchouang-Tseu leur dit :

« J’ai entendu dire qu’il y a à Tch’ou une tortue sacrée morte depuis trois mille ans. Votre roi conserve sa carapace dans un panier enveloppé d’un linge, dans le haut du temple de ses ancêtres. Dites-moi si cette tortue aurait préféré vivre en traînant sa queue dans la boue ?

—            Elle aurait préféré vivre en traînant sa queue dans la boue, dirent les deux officiers.

—            Allez-vous-en ! dit Tchouang-Tseu, je préfère moi aussi traîner ma queue dans la boue.

Chapitre XVII du Tchouang-tseu (traduction Liou Kia-hway)

Architecture des contemplatifs

F. Nietzsche, « La gaya scienza » – Le Gai Savoir, § 280. « Architecture des contemplatifs »- trad. P. Klossowski:

Il serait nécessaire de comprendre un jour, et ce jour est-il proche, ce qui manque avant tout à nos grandes villes : des lieux de silence, spacieux et fort étendus, destinés à la méditation, pourvus de hautes et de longues galeries pour les intempéries ou le trop ardent soleil, où ne pénètrent nulle rumeur de voiture ni de crieur, et où une bienséance plus subtile interdirait même aux prêtres l’oraison à voix haute : des édifices et des jardins qui, dans leur ensemble, exprimeraient la sublimité de la réflexion et de la vie à l’écart! Les temps sont révolus où l’église possédait le monopole de la méditation, où la vita contemplative était toujours en premier lieu vita religiosa : et tout ce que l’église a construit dans ce genre exprime cette pensée. Je ne saurais dire comment nous pourrions bien nous satisfaire de ces édifices, même désaffectés de leur destination ecclésiale : ces édifices parlent un langage beaucoup trop pathétique et contraint en tant que maison de Dieu et en tant que lieu somptueux d’un commerce avec l’au-delà, pour que nous autres sans-Dieu puissions y penser nos propres pensée. Notre désir serait de nous voir nous-mêmes traduits dans la pierre et dans la plante, de nous promener au-dedans de nous-mêmes, lorsque nous irions de-ci, de-là, dans ces galeries et dans ces jardins.

haut et bas

palimpseste

john Chiara - Ras de décollementune photo et c’est le souvenir de ce passage de « la symphonie des spectres » de John Gardner (Denoël) qui s’y superpose:

la symphonie des spectres/ John Gardner  p173 la symphonie des spectres/ John Gardner  p174 la symphonie des spectres/ John Gardner  p175 la symphonie des spectres/ John Gardner  p176

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Vivre, c’est passer d’un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner. L’espace est un doute.  —–   G. Perec, Espèces d’espaces, p 14