zones blanches

Charles W. Blackburne, [Photo Studio de Cooper et Curiosity Shop de Belgrave, Bridgetown, Barbade

sur les cartes les zones blanches gagnaient. nous devions passer chaque matin au levé dans la chambre noire, plonger dans un bain et remonter parmi des éclats de lumière éparses qui dans nos yeux à l’air libre dansaient un moment puis s’éteignaient, laissant légèrement abruti, étrangement encombré froissé d’une transparence mal ajustée. c’était la façon que nous avions de passer à travers la poussière de vents gris qui traversait les rues, de sortir de chez nous, passer les checkpoints et voir si le soleil. le temps devenait ce qui restait, pour autant n’en étant pas plus court. à bien chercher, l’ennui était à découvert, hôte nu sur le banc. tu apprenais à agrandir l’angle par lequel l’espace te parvenait, à tes pieds jusqu’au lointain le plus flou. les limites des choses qui arrivaient se multipliaient, alors tu t’allongeais, tranquillisé.

l’eau recueille

la terre le vent tombent s’écoulent, l’eau recueille, l’eau s’élève, l’eau se lève en silence, relie nuit au jour, grossit à l’horizon, l’eau tremble le vent, suspend la ronde des vols, plisse les nuages, l’eau recueille les restes du fracas des gels et des brasiers, l’eau disperse les vagabondes fleurs sans terre, l’eau recueille les nuages las et les sueurs de la terre, l’eau recompose les colonies égarées, l’eau perd la mémoire épouse tous les oublis, la pluie s’abat l’eau frétille, éblouit à perte de vue, l’eau lézarde, jaillit dans les grottes, glane les graines, s’abrite aux fruits, l’eau n’éteindra pas le feu, l’eau préférera la nuit

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météo du vent

Ce matin la météo signalait un défilement de nuages, un temps d’orage puis, de faibles averses, des courtes éclaircies, des vents forts et pluies en rafales — jusqu’au soir, puis calme et douceur. La radio n’avait pas prévu une succession et un ménage de cieux déferlants si mal agencés. Surpris comme tout le monde, nous nous regardions en chiens de faïence tirant têtus des humeurs noires sous cette pluie lourde et froide qui se répétait entre chaque orage apprécié quand on croyait de loin l’éclaircie, ses éclairs de nuit rageuse — tu as vu partir en aquaplaning deux voitures qui t’avaient dépassé et tu te demandes pas comment tu as fait pour traverser entre les débris qui volaient, glissaient sur l’eau, tu te souviens pas de tes pneus trop lisses. Mais le soir il faisait beau, beau et froid, du banc on voyait sur un panneau indiquée la présence d’un magasin monastique, de petits panneaux blancs plantés au sol fléchaient le chemin sous des arbres centenaires parmi les petits cailloux blancs de toute éternité, petit morceau de paradis entêtant qui se passerait bien des hommes. Il pensa aussi qu’une histoire telle le ciel d’un jour, arrive là, ou ailleurs, comme le vent : l’histoire est un grand râteau édenté manié par un bourreau au nez rouge.

activité bocagère du vent à l'ombre dormante d'une oasis
activité bocagère du vent à l’ombre dormante d’une oasis

 

Cygnus olor

conductivité du noir, lune blanche lune noire, cercle déplié du miroir
conductivité du noir, lune blanche lune noire, cercle déplié du miroir

 ~vhorr’ ~ vhorr’ ~ vhorr’ ~ le battement des ailes soulève et rabat l’air sur une parfaite ligne droite qui va peu à peu s’inclinant jusqu’au sol. Le cygne se relève, à pleins poumons son cou propulse, expectore une fois encore ce Vhorr’ ~ soufflé hors des narines, qui réveille l’intrus endormi dans le lierre.

Sur le pont au dessus d’un coté l’autre, au froid, au chaud, les jours dispersent les sujets tempérés qui s’y démènent, égayent leur fatigue, donnent de l’aise à demain, distribuent des ordres et des prix, diplômes et monnaies, sèment au petit vent la tempête à venir. De temps à autre entre deux averses un snipper masqué rejoue à qui perd gagne.

Zénon d’Élée du paradis perdu

Du temps passé, à aujourd’hui, du temps passé et d’un quidam arrivé là, au temps restant, à, où, aujourd’hui quoi ? quelle taille a ce jour ? Par bonheur pas de barrage sur la rivière, l’espace se rit de ce monde, tu enjambes le lit. Tu fais des souhaits, égal oui c’est un peu tard. D’un temps reculé reviendraient des lieux vierges, aux frontières intérieures volatiles, à la bonne fortune du jour d’un village étendu, le murmure conservé de vieux gardiens-jardiniers et de mères-jardinières, des imaginatifs, des contemplatifs, des fatigués, des fuyards – apparaissant sous les pluies, les inondations, creusant le sable jusqu’à la roche dont la brûlure solaire garde le corps, ouvre des galeries — s’enfonçant dans des forêts sombres qui se referment sur les passages, des clairières bâclées d’ouragan, des précipices, des… — tu cherches à tâtons les sentiers mille fois entretenus mille fois dissimulés par d’autres qui bifurquent, par chance tu trouves une grotte, le secours d’un sommeil profond. Sans savoir tu reviens, tu enjambes les exodes rabattus des morts animales humaines minérales végétales qui jonchent la frontière devenue inutile. Sous d’autres cieux à peine plus éloignés tu badgeais fidèle à ton poste d’animateur du parc; toutes sortes d’oiseaux aux chants plus doux que l’art, de coupoles magnétiques et musicales, de poètes assermentés, de restaurants d’antan, accueillaient les familles.

Tu disposais des plages de mousses rouge, dépliais dans le noir les fausses chronologies, fabriquais les secrets qui éclairent le cours incompréhensible des jours, évoquais « la grande campagne ; Tuez les moineaux » fatale à trente millions de Chinois, les remords les jeûnes et les méditations de Mao Tse Toung instruit par son hôte de la mécanique des fluides, du principe de Bernoulli, contemporain de Bach, des vertus du baijiu et de la chouette de Minerve, de Jacques Tati sorti droit du melon de Bouvard et Pécuchet.

Tu restais plusieurs mois rejoignant au soir le fond de ta grotte jusqu’à ce qu’arrive le bus de l’hiver boréal.

roue

bonheur moderneAveuglante, la voie du bonheur sur l’aile d’Archimède entraîne d’insaisissables rondes, un grain de sable enveloppe les dunes et tangue aux profuses sirènes des monts hydrothermaux, des vestiges déplacent les endormies par les portes entrebâillées des silences d’hypnose — aux rires des bonimenteurs, réveillée dans le miroir et la mer en dessous, le rose, le bleu le rouge les tours les lèvres — les envies pressantes les demi-dieux l’avenue la voiture le pétrole et l’acier des puits aux plateformes d’extraction,  une alliance, la peau chaude au vent où il veut, qui en efface la trace.

tout va bien

James Glaisher, voyage dans les airs, 1871

kuba kaminski China bien

Tout va bien, on chante, les grands espaces enjambent chaque jour que dieu fait les digues enfantines, les fastes surplombent la nuit, l’immortalité danse dans le palais de Qin Shi Huangdi, tout va bien, quoique ses milliers de soldats massifs soient bien silencieux, inoffensifs sans doute, mais imprévisibles. Il y a quelques heures une partie de la voûte du tunnel de Sasago s’est effondrée aux abords du mont Fuji. La pression monte dans la chambre magmatique, les appels aux soldats endormis des versants sont bien inutiles.

« Les gens adorent les grandes tours d’où l’idée d’en bâtir une dans l’espace. Nos experts en construction, climat, vitesse et effets des vents, disent que c’est possible »

YAMAMOTO MASAO