sans suite I

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remise en ordre, perdre les pédales. les tristes mines de ses interlocuteurs ragent, exigent sa décapitation

ça fait partie du chemin à l’intérieur du labyrinthe, le labyrinthe n’a pas de centre, ou ce serait un cimetière

y a-t-il des ruines dans le labyrinthe ? bien sûr. percer des ruines et arriver aux pyramides, mort

devenir vieux, tresser des cordes noires et blanches, royauté défaite. tant de malheurs à oublier qu’il les perd en mémoire, qu’il y est perdu

perdre la mémoire, survoler frénétiquement, ruer dans les brancards. regarder ses mains et ne plus en avoir le souvenir

chercher une page blanche, un plateau, le temps pour toujours et l’espace pour en rire

sur quoi repose la musique pour attester du passage du temps ?

le fil à force d’être tiré rend la pelote plus lourde, c’est étonnant. des coutures sans aucun fil, c’est inimaginable, mais ça doit bien exister

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Moitié de tapis dit Jardin de Paradis Afghanistan, Hérat ou Iran, Tabriz ; 2e quart du XVIe siècle - XVIe
L’histoire se décompose en images, non en récits. (Walter Benjamin)

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progrès

Paul Klee, Angelus Novus, 1920, collection du Musée d'Israël, Jerusalem« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Un ange y est représenté qui semble vouloir s’arracher à un spectacle qui le fascine. Il a les yeux écarquillés, la bouche béante, les ailes déployées. Tel doit apparaitre l’ange de l’histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où ne nous apparait à nous qu’une suite d’évènements, il voit lui, une unique catastrophe, amoncelant inlassablement les décombres et les projetant à ses pieds. Il voudrait un répit pour éveiller les morts, pour rassembler ce qui a été dispersé. Mais du paradis souffle une tempête. Elle s’est engouffrée dans ses ailes si violemment qu’il ne peut plus les refermer. Et sans répit elle le pousse vers cet avenir auquel il tourne le dos tandis que devant lui l’amas des décombres s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête, c’est ce que nous nommons progrès. »  Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, in Les Temps modernes numéro 25, Paris Octobre 1947

sinueux

明日 モ 雨 カ シ ラ

Tu suis des images muettes projetées sur un écran au même moment tu les découvres et tu racontes l’histoire. Tu reçois les images, tu ne fais que raconter les images qui passent devant tes yeux, tu inventes l’histoire, tu mets des mots sur le temps, tu fais l’histoire d’une histoire ruminée qui te précède, tu hésites, ce décalage est peut-être à éclaircir, tu lorgnes sur l’ombre qui recule. Il y a beaucoup d’actions et certainement beaucoup de paroles, tu vois des foules et des groupes, parfois uniquement des plans fixes de visages qui parlent que tu n’entends pas qui font que les images se floutent. Tu sais que tu es libre de les doubler comme bon te semble, qu’est-ce que cela changerait ? Quelque soit le texte, inlassablement la même histoire, quand plus personne n’est là pour l’écouter, quand les visages n’interrompent plus le défilement, tu imagines qu’ils te racontent tout autre chose, tu mets sur pause. La salle s’approche d’un paysage, la veilleuse de la porte de secours dépayse. Au matin deux chemins identiques. Tu poursuis le chemin sinueux.

Chet’s Romance

« Chet’s Romance », filmé par Bertrand Fèvre dans un studio parisien (le Clap’s studio) un 25 novembre 1987, quelque temps avant sa disparition.

une lecture, pas une réponse

Je n’écris pas contre, mais je vais essayer d’expliquer pourquoi. (…) Il y a le cours que Benveniste fait avant de perdre la parole où il y a une réflexion sur l’écrit et le fait de parler qui est très compliquée et qui est très belle mais qui simplement indique que la parole est bien un effet du dialogue métaphorique qui est tel que lorsqu’une personne parle, elle est moins accompagnée par qui est en face d’elle que par l’image de quelqu’un d’autre, et que l’écriture les langues et les civilisations qui ont la chance, dit Émile Benveniste, de connaître l’écriture, détruisent complètement sa relation de dialogue, ne se souviennent plus du tout de pouvoir être en face de celui qui écrit. Donc il n’y a pas du contre. Soudain, la langue devient elle-même écrite, se fragmente, s’objective, devient un objet avec lequel celui qui écrit joue comme avec un puzzle. Il y a une extériorisation, pas un dialogue. C’est une lecture, pas une réponse. Un puzzle s’instaure entre l’écrivain et l’absence de visage d’un interlocuteur. Il n’y a plus d’interlocution, il n’y a plus de communication orale. Et c’est à partir de là qu’un vide se déploie, s’étend, s’élargit, dans lequel les écrivains plongent, et qui définit l’espace de la littérature.

Pascal Quignard. Table ronde avec des étudiants (In P. Q., littérature hors frontières – Hermann édit. 2014)

Nagasaki Kansuke Yamamoto

dépouille du robot

A, De Humani Corpus Fabrica, livre VII, Planche 3 L, corps calleux; D, Falx séparés et mis sur cerveau G. B, Planche 4 E Gyri, GH Blanc Matière O, plexus choroïde.
manger dans la boîte de Petri (clic)

Séparé par la science, réduit en unités de compte : cerveau ressuscité, mais d’une nouvelle espèce, Saint-Esprit luisant comme nouveau-né cette fois sans le corps qui l’habite mais de celui qui va suivre. Cerveau sans parenté, vrai jumeau du néant, qui encombre l’esprit tout autant qu’il l’intrigue.

Vide de toute pensée, déçu de toute attente, la réponse est confiée à l’innombrable colonie opérationnelle du vivant. En dissémination Small is beautiful. La définition de la fable et de ses contours est floue, l’usage est de franchir la première porte et de foncer jusqu’au bout, disparaître, concasser ses convictions au fond du vase clos des extases.

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