une lecture, pas une réponse

Je n’écris pas contre, mais je vais essayer d’expliquer pourquoi. (…) Il y a le cours que Benveniste fait avant de perdre la parole où il y a une réflexion sur l’écrit et le fait de parler qui est très compliquée et qui est très belle mais qui simplement indique que la parole est bien un effet du dialogue métaphorique qui est tel que lorsqu’une personne parle, elle est moins accompagnée par qui est en face d’elle que par l’image de quelqu’un d’autre, et que l’écriture les langues et les civilisations qui ont la chance, dit Émile Benveniste, de connaître l’écriture, détruisent complètement sa relation de dialogue, ne se souviennent plus du tout de pouvoir être en face de celui qui écrit. Donc il n’y a pas du contre. Soudain, la langue devient elle-même écrite, se fragmente, s’objective, devient un objet avec lequel celui qui écrit joue comme avec un puzzle. Il y a une extériorisation, pas un dialogue. C’est une lecture, pas une réponse. Un puzzle s’instaure entre l’écrivain et l’absence de visage d’un interlocuteur. Il n’y a plus d’interlocution, il n’y a plus de communication orale. Et c’est à partir de là qu’un vide se déploie, s’étend, s’élargit, dans lequel les écrivains plongent, et qui définit l’espace de la littérature.

Pascal Quignard. Table ronde avec des étudiants (In P. Q., littérature hors frontières – Hermann édit. 2014)

Nagasaki Kansuke Yamamoto

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