progrès

Paul Klee, Angelus Novus, 1920, collection du Musée d'Israël, Jerusalem« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Un ange y est représenté qui semble vouloir s’arracher à un spectacle qui le fascine. Il a les yeux écarquillés, la bouche béante, les ailes déployées. Tel doit apparaitre l’ange de l’histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où ne nous apparait à nous qu’une suite d’évènements, il voit lui, une unique catastrophe, amoncelant inlassablement les décombres et les projetant à ses pieds. Il voudrait un répit pour éveiller les morts, pour rassembler ce qui a été dispersé. Mais du paradis souffle une tempête. Elle s’est engouffrée dans ses ailes si violemment qu’il ne peut plus les refermer. Et sans répit elle le pousse vers cet avenir auquel il tourne le dos tandis que devant lui l’amas des décombres s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête, c’est ce que nous nommons progrès. »  Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, in Les Temps modernes numéro 25, Paris Octobre 1947

butin

Leonie Petit, Dance of Death, 19th century

“ il n’est aucun document de culture qui ne soit aussi document de barbarie. Et la même barbarie qui les affecte affecte tout aussi bien le processus de leur transmission de main en main ”  Walter Benjamin, Eduard Fuchs, le collectionneur et l’historien, Œuvres III, Folio Essais, 2000, p. 186.

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mode

Chaque génération ressent les modes de celle qui l’a immédiatement précédée comme l’anti-aphrodisiaque le plus radical qui se puisse imaginer. En portant ce jugement , elle ne se fourvoie pas autant qu’on pourrait le supposer. Toute mode contient en germe une satire amère de l’amour, et les perversions les plus brutales qui soient. Toute mode est en conflit avec l’organique. Toute mode est l’entremetteuse qui accouple le corps vivant au monde anorganique. La mode fait valoir les droits du cadavre sur le vivant. Son principe vital est le fétichisme, qui succombe au sex-appeal de l’anorganique.

(Walter Benjamin, Baudelaire, éd. La Fabrique, p. 422)