vue imprenable

Salon percé d’une fenêtre qu’éclaire un puits de lumière dans l’atmosphère saturée des poussières du climatiseur.

Au soleil paupières levées du lézard cernées sur soi comme détaché dans l’air en slow motion — dès lors notre tête renversée au ciel, pieds dispersés dans la nuit tandis que prisonnières du jour derrière le verre les mouches nous regardent sous les yeux gourmands du crapaud.

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bleue

si nous n’avions ni pieds ni mains, bref si nous n’étions qu’un oeil, voire simple ligne ou point de l’ombre saltimbanque du petit Poucet, nous pourrions croire pourquoi pas que sous les feuilles mortes nage une poudre liquide, bleue 

study of sky and trees.  john constable


mur de com’ à Athènes

10/06 | échec du plan de privatisation du groupe gazier grec DEPA.

11/06 | 11:25   A. Samaras, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue luxembourgeois Jean-Claude Juncker; « Beaucoup de gens disent qu’il y aura des mesures (d’austérité) – c’est absurde ». Lequel homologue se déclare, « au nom de la culture «  « copropriétaire de la Grèce » (…)  — et, confession qu’on brade — « La Grèce n’est pas le problème de la zone euro. La Grèce est un épiphénomène de la mauvaise gestion lointaine de la zone euro. »

11/06 | 18:00  Athènes annonce la fermeture immédiate de sa télévision publique ERT (Ici en live). Le porte-parole du gouvernement annonce  « l’ERT est un cas exceptionnel d’absence de transparence et de dépenses incroyables. Et tout ceci prend fin maintenant ».

sortir du mur / 2

Vouloir penser la révolution serait l’équivalent, au réveil, de vouloir la logique dans l’incohérence des images rêvées. Il est vain d’inventer, si le temps est au sec, les gestes nécessaires pour mieux traverser la rivière quand la crue emportera le pont. Dans une demi-somnolence, en songeant à elle, la révolution m’apparait ainsi, la queue d’un tigre encagé commence un paraphe hyperbolique qui rabat sa courbe lassée sur le flanc d’un fauve toujours en cage.   Jean Genet, un captif amoureux, édit. Gal. Folio, p. 504-505

balancement

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Je ne sais jouer d’aucun instrument, de chanson n’en connaît pas, parfois vaguement du bout des lèvres déraille un refrain, début et fin escamotés décalant le fredon de la mélodie. La musique me déporte vers celle qui prend en boucles répétitives, minimale et sans parole, la plus idiote, ou la plus directe et la plus abstraite à la fois, entre toutes donc celle qui se balance, berce une unité, quelque chose qui grandit de l’intérieur, dont l’image miroir est la plus éloignée, la plus insignifiante, une forme étendue fendue d’une mince luminescence. Je ne parle aucune langue, sauf celle que je n’ai pas apprise, des mots sans ordre autre que pris dans la couture de leur grammaire, attrapés sans savoir, parlés sans réfléchir, mais encore des langues fragments qui ont perdu leurs plumes en passant des frontières, des débris d’expressions que je comprends sans parler, sans accrocher à rien, lâchées tout bas pour serrer une main, faire la bise. Ce doit être une dyslexie floue et massive qui déplace les lettres à mesure que je m’y penche ; retenez-donc un mot qui couvre toute une ligne tout en répondant à qui vous demande de comprendre ce qui n’en finissant pas n’a jamais commencé.

largué

Ce n’est plus l’homme qui largue ses amarres, c’est le monde lui-même, la barque laissée derrière soi, la mer presque retirée, aspirant les désirs océaniques d’une autre vie où tu aurais pu rêver avoir marché sur l’eau ; tu réalises que l’inutilité fut luxe et don primordiale, soutien à la légèreté de l’air. Désormais tu traverses la mer, tu as pied, des îlots de sable affleurent comme des galettes sèches tombées d’un soleil ancien, tu les prends pour bivouacs et pour couche, le ciel est aride, tes rêves ne s’inclinent plus que sur le passé. Les animaux que tu avais croisé sont méconnaissables, leurs formes se mêlent aux ombres sans limite distincte. Leur mépris t’interdit de les approcher.

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Et puis il y a les mouches. La première ce matin aux ailes faiblardes par cercles relâchés me tourne autour, entêtée, aimantée. Je me bats à la chasser d’un revers de main qu’elle ignore, mes nerfs s’excitent, je l’attrape et la lance depuis la fenêtre dans la pluie chaude rejoindre la dernière mouche vue cet hiver, fatiguée, lourdement tombée dans l’atmosphère gelée.

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