conférence sous météo floue

Nuages Mammatus,TexasC’est avec une facilité déconcertante qu’il éteignit internet. Pendant quelques secondes un bleu pâle aveugle persista dans la rétine, la pièce en étant inondée, alors que le fond d’écran jaune venait de disparaître. A contrario de la prévision météo du jour était un ciel blanc à l’heure du levé, disons gris-clair, brassé et flou– un fort soleil probable par-delà l’épaisse couverture humide délivrant cet air doux, constant, proche et lointain.

Invité à parler de longue date il arriva, et soudain ne sachant plus quoi penser (il y avait plus que de quoi) une hypothèse se présenta, saisie aussitôt –  la bonne, puisque chacun des petits groupes desquels il s’approchait la reprit, l’allongea à sa rose sauce en coeur. A part soi il pensa qu’il y avait là l’occase d’une subside ad hoc, aubaine qui l’éloigna du rivage en toute innocence, invisibilité à venir. L’hypothèse prit l’allure d’une conviction collective, bien que, ou justement per causa de, née et reposant sur si peu, surfant sur le vent, tordant à sa guise la réalité et lui ressemblant mollement, la diversifiant, l’approchant, donnant une gueule à chacun. Peu à peu les langues se délièrent et, comme il s’apprêtait à s’éclipser, le terrain tout autour s’affaissa et nous glissâmes le long de la paroi qui s’éloignait. La résolution peut-être commençait.

verre d’eau

venu viendraL’elfe était vert d’un vert si clair qu’il était blanc, blanc à plusieurs, grains de poussière verte dessous dessus elfe blanc, bref: sagement posé, sitôt pris, a bougé, s’est échappé de la photo, au premier regard, dès que le regard a voulu plonger, y voir, vérifier — se retrouver d’une seule fois, suivre l’onde d’une pièce qui dissipe tout malentendu ; peine perdue, le territoire de la canne blanche étend la propriété des solides à l’air, ce qu’on voit n’a pas de cible, pas d’échelle ni nom. Une lame de réel sous la loupe soulève l’espace.

Des mots, à satiété, finalement trop nombreux, les photos soulagent, plus rapides que les phrases, plus changeantes et qui, d’évidence, se répètent, doublent la fatigue, détourne le regard de ne pas voir ce qui est sous les yeux. Ce qui y bouge glisse, disparaît, s’évade dolent dans la pièce, fait rentrer le froid, oblige une cure iconoclaste, parole ravalée. D’oublier les images, puisant de celle-ci un verre d’eau. Presque jamais de souvenirs d’un rêve ; il vient et retourne dans la forêt, sans égard pour la présence besogneuse d’histoires à son propos. La neige poudre rougit la mousse glacée, effeuille le ciel, enterre avec une ultime lenteur les plus âpres fantômes.

noctuelle & bruit de fond

se lever se coucherCloué au lit, au fond de la pièce le lit, un diode au-dessus de l’épaule qu’un papillon de nuit cogne, à répétition, vrille, réapparaît alors que le vent secoue, la pluie gifle les fenêtres, le jour est gris, papillon intrus impossible à capturer, inconcevable à tuer et dont il faut tout de même se débarrasser. Un drap tiré sur la tête sur le champ, c’est ainsi que les papillons de nuit disparaissent. Le lait cognac au miel couronne le réveil.

Parti dès le soleil couché en sieste inopinée dans un arbre transi sous traine de ciel où les flocons volent vacillent — vous vous réveillez alors du silence, revenu loin de tout sur les trois heures du matin quand résonnent des discussions inaudibles et des rires et dont vous vous dites que c’est l’unique bruit de fond au silence, celui qui rappelle et signe votre appartenance, et si, de l’autre coté de la terre, vous êtes presque mort, ici vous marchez encore, où diable descend t-on?  Dans la minuscule chapelle en milieu de forêt où nous étions tombés, porte entrouverte et toit défoncé, du jeu des ombres et du soleil rasant nos yeux brillaient d’une béance qu’ils tentaient d’attraper, n’en revenant pas. L’avenir, plié du coté de l’absolu était décidément très loin, sans répit, des forêts de branches se fracturaient aux bourrasques, on croyait voir cligner un point, des feux de voitures pris pour des yeux de grands cerfs, une route, un chemin, assez de vent pour fuir, sans se presser, sans être vu, filer tête la première sur le dos.

Mots inatteignables, volés, perdus, vendus aux mieux-disant, qui valent moins qu’une ombre, mots à dire ce qui n’existe en somme qu’en esprit, à le faire exister, au troisième petit tour d’incursions-excursions, las de tendre l’oreille aux messes basses et la joue aux perturbés, de se cogner aux échafaudages bancals de murs disparus, l’esprit abandonne, va dormir, vaincu par le hasard qui l’a si bien servi, ouvre la porte aux brisées des cauchemars, aux nuits réparties à toutes heures du jour qui rage ronge l’épais vernis craquelé, et s’affaler aux siestes cotonneuses, une jambe sans pied fait l’affaire au silence.

Convoqué au maximum de choses possibles, les ramasser déjà, se rendre aux rdv éternellement ajournés, etc., en s’attachant sans peine à suivre la pente de la plus grande lenteur, à la vitesse où penser est sans importance ; qui s’emboîte perfecto à la perte de sens du filet vide des mots — appelé, réveillé au secours pour nourrir de paille les chevaux des chevaliers arrivés tard.

Site dEmanuele de Raymondi

roue

bonheur moderneAveuglante, la voie du bonheur sur l’aile d’Archimède entraîne d’insaisissables rondes, un grain de sable enveloppe les dunes et tangue aux profuses sirènes des monts hydrothermaux, des vestiges déplacent les endormies par les portes entrebâillées des silences d’hypnose — aux rires des bonimenteurs, réveillée dans le miroir et la mer en dessous, le rose, le bleu le rouge les tours les lèvres — les envies pressantes les demi-dieux l’avenue la voiture le pétrole et l’acier des puits aux plateformes d’extraction,  une alliance, la peau chaude au vent où il veut, qui en efface la trace.

collapsus

L’attraction des images en mouvement soulage de l’attente du temps qui ne passe pas ou passe sans nous, ferme la fenêtre aux mouches obtuses derrière la vitre qui ne lâchent pas d’une semelle la course des fantômes hagards dans le couloir du retour. La lumière rouge scintille de tous ces éléments indésirables qui appellent à la rescousse des mots nouveaux qui les suppriment. Les volets sont ouverts aux chants des oiseaux à la sortie du tunnel, leurs petits s’ébattent. A l’aube nous remplissons de nourritures et de boissons légères un sac de montagne pour rejoindre la fête du miel en répétant le chœur appris comme un seul durant les dimanches d’hiver, la tempête la neige n’en était que plus belle.

L’interactivité des appareils portables de communication, de la seule insertion participante des corps des clients abonnés, relie le flux des choix et des nouvelles offres, la modernité coule dans nos veines ; plus tard nous sortirons par les lignes de faille tout en déchiffrant à la bougie l’adresse d’un motel à l’abandon. En attendant nous prenons le train, continuons traversons la voie, longeons les rails, envoyant des messages prévenant du retard, qu’il n’y avait pas de correspondances. La moitié du corps se déleste en savourant une crème battue en neige trop bonne les yeux fermés au buffet de la gare communale des télé transportations. Du portable au fixe le chemin s’est aboli, la distinction superfétatoire, d’où une forte envie d’arrêter le bal.

Jérôme Bosch s’appariait aux bulles d’oxygène qui lèvent les cieux, des capsules colorées, des graines aux éclats, les focales ouvertes depuis les chutes qui nous laissaient cois. L’étendue reprenait les hauteurs perdues de vue, rapprochant nos plus fols espoirs d’une nuit aux nuages blancs. La guerre était à chaque fois vaincue, et les lointaines n’existaient pas encore.

Le temps mort est ralenti et les réussites nous ont transformés sourds aveugles et muets aux effets de seuils, zombies entraînant nos voisins animaux des sous-sols, des parterres et des cieux, à l’égard desquelles le joker de d’altérité aurait été plus opportun pour supporter nos semblables. Cette vidéo détestable est un trou noir à rêve, déjà que je ne rêve presque plus, Momo ma femme me racontant les siens à l’heure du thé, je ne sais si les rêves passés en mémoire-vive importent encore, c’était il y a longtemps, mon arrière grand-mère avait cent quatre ans, lors de son dernier jour, me « visita » ;  elle m’apparut en disparaissant progressivement jusqu’à l’absence, laissant l’empreinte d’une masse d’énergie dense au-delà du concevable qui m’entraîna, pantois, au réveil.

pas vraiment là

Pierres, eaux – unies par le feu, vitrifiées — un serpent gelé, ses yeux : une pâte molle écaillée, un regard aveugle éclairci, transparent et laiteux, une mue parcheminée, oreiller soleil brumeux, nuages épineux, plusieurs nuits à attendre et  plusieurs hivers encore, jusqu’à la neige, sommes encore dans les limbes, creusant dans le reflet.