rameuter

Alors qu’eux, approchés avec retenue, brièvement, signalés, qualifiés positivement d’ exigeants avec eux-mêmes — suintent à fleur de peau l’odeur du mépris. Inopiné, tombé à point je suis démasqué, agresseur potentiel sommé de répondre à une demande, obtuse, de dégager ou mieux de servir, de l’interpréter, d’en être la réplique, obtempérant, servir le double haineux derrière les barreaux, peindre les barreaux d’amour.

Enrôlé avant même de dire oui je me fais bruyant et invisible, silencieux et encombrant, mais surprise quand même je ne suis pas seul. Bien avant que nous soyons arrivés, ignorant la destination, prenant le mal en patience, un air de bagages en vacances, un œil sur eux, nous avons été déplacés comme une meute, sur le territoire des fidèles ; le contrôle fut stricte, beaucoup disparurent sans qu’on s’en aperçoive, il était de toute façon si tard, nous nous frôlions maladroitement rassurément à cause du noir et pas de place.

Les entrants accueillis bras ouverts, c’était embarrassant. Par égards ils nous ont mis en temps d’observation dans des salles obscures où l’exil était un spectacle dont nous étions les hôtes, ficelés dans des cubes étroits, pelotonnés au chaud près du souvenir des ombres. On les regarde tellement exemplaires devant le rideau tiré, leur privilège de nature, la boîte noire derrière, nos fautes recensées, absoutes réduites rapetissées en un nombre pour faire preuve et délivrance de la bonne nouvelle.

Fabrique du bonheur à picorer, à picoler et sortir de cette salle dont les portes débouchent tu ne sais pas où c’est. Stage de récupération offert par clémence; nous irons nous tester en compassion, perfectionner nos sortilèges, prudemment par simple passade, avant de nous ébattre aiguisé de force souveraine vers de prochains Eldorados. Nous montons en puissance, ressemblons à notre image nouvelle, nous y alignant, nous appropriant ses qualités immatérielles augmentées de notre avide capacité à jouir: implémenter les circuits qui rendent possible le mouvement en dormant, le déplacement colonisant, zombi.

Peru

Corde à trois noeuds

les déterminations conscientes aveugles ou brouillonnes nous renvoient au couloir sombre dont nous ne sommes jamais sortis, ainsi nous y tournons un bout de niche dans la tête. bien qu’entre deux cognées, déchainés aux cris de liberté chérie, à grandes brassées d’orgueil, de peur rentrée, nous n’arrivons plus à lire le nom des gares qui se succèdent, nous dépensons nos dernières forces, l’ivresse des brigandages heureux creuse et épanouit le mirage. assommés et réveillés dans l’escalade des déchets, nos forces se régulent à trier. le cours des choses qui nous embarque c’est peu dire est lassant. perché en montagne j’attends la livraison des palettes de poussières et de colle d’amidon, de quoi sculpter nuages et têtes d’écrans, objets sacrés des winners ; pour les paris futurs, les tours et attrape – je réjouis l‘œil des adeptes du pur, je tire des cordes illuminées aux lampes DEL.

On aurait aimé n’être pas seul, que le ciel descende, fasse pleuvoir de l’âme de soi aux récoltes du ciel, une proue offerte en paraphe joyeux du jour – les cours d’eau complètent ton humeur à l’instant où l’émissaire tend un recommandé, un ange expose la matière d’ombres sous une forme intelligible ; derrière le voile un grain de sable s’extirpe du boulet pétrifié – âme noire, bleue, visage nu, âme souillée, une corde suspendue au ciel. 

Les fantômes du Titanic dansent aux commandes des drones, des héros furtifs naissent et pavoisent au cœur d’un écran où les paysages se renouvellent, s’étendent, la corde tendue des origines vibre, enveloppe, déclamation unanime du spectacle qui finit. Cette fois on fermera sa gueule, la der des ders, l’homme authentiquement vrai débarque.

baptême tardif

highest

margaret bourke white th louisville floodL’homme apprendrait de lui-même en multipliant les connaissances qu’il acquiert de lui-même, avec l’aide du calque de l’idée de dieu, c’est selon. Un peu orphelin de la technique et planant exaucé sur des prothèses d’images 3 D, toutes reçues pêle-mêle d’un même conduit, nous nommons l’évolution science, ouvrant le soir désorientés les pages « sciences de l’homme » où le dernier chercheur est tenu en laisse par ses outils. Peu à peu la nature récupère son dû, le temps ne lui est rien, lors d’une quelconque croisée le massacre est inéluctable. Le miroir brisé sous nos yeux nous ne comprenons pas mieux. Nous voyons comme nous respirons, nous aimons être à l’unisson de ce que nous regardons, les décors naturels nous rendent humbles, l’hallucination est un mode de locomotion remarquable pour l’équilibriste sur les lignes tirées droites au sol. L’homme s’est fait catastrophique avec son milieu, méticuleusement, laborieusement, à la gloire enviée du guerrier rentier, et dans l’écart d’une trop rare troisième mi-temps, par goût délibérément transgressif. Le rire qu’il dit son privilège n’est jamais si jouissivement nécessaire, saisi, ailleurs que dans les rassemblements, une moderne taverne de montagne perchée en suisse centrale sous la neige sera son nid. Des files d’attente de fidèles avachis derrière les vitres guetteraient le bon mot de n’importe quel crétin qui arbore un air de suffisance ; d’un speech le bon mot estoqué lève un rire entendu reconnu partagés de tous, apothéose ventriloque au dessert où se rafraîchit la mémoire parmi les yeux brillants. N’importe quel habile crétin unanime démultiplie les casquettes, le plaisir d’investir est infini. Les paris redeviendraient du vent que nous le trancherions d’un coup de sabre, notre tête dût-elle rouler.

ball-trap

Alallamah Sayyed Hussein Fadlallah, 2004

ruiné au casino. les rideaux sont réserves à lassos. le futur a gueule couleurs sépias. la mer s’écoule à nos pieds comme un tapis déplié aux fleurs bleues vénitiennes. le ciel abaissé chatoie sur la terre inespérée, nos foulards légers comme l’air. les papillons de cire sentent bon. des armées d’enfants posthumes s’allongent sous la tendresse lunaire. le lait caille dans le ventre des femmes. la malle du seigneur baille une fosse béante. les débris exhumés stupéfient. les rêves tanguent à la vitesse des vents contraires. sous le couperet des trilogies promises avorte le malheur. les secrets amusements finissent mal

balancement

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Je ne sais jouer d’aucun instrument, de chanson n’en connaît pas, parfois vaguement du bout des lèvres déraille un refrain, début et fin escamotés décalant le fredon de la mélodie. La musique me déporte vers celle qui prend en boucles répétitives, minimale et sans parole, la plus idiote, ou la plus directe et la plus abstraite à la fois, entre toutes donc celle qui se balance, berce une unité, quelque chose qui grandit de l’intérieur, dont l’image miroir est la plus éloignée, la plus insignifiante, une forme étendue fendue d’une mince luminescence. Je ne parle aucune langue, sauf celle que je n’ai pas apprise, des mots sans ordre autre que pris dans la couture de leur grammaire, attrapés sans savoir, parlés sans réfléchir, mais encore des langues fragments qui ont perdu leurs plumes en passant des frontières, des débris d’expressions que je comprends sans parler, sans accrocher à rien, lâchées tout bas pour serrer une main, faire la bise. Ce doit être une dyslexie floue et massive qui déplace les lettres à mesure que je m’y penche ; retenez-donc un mot qui couvre toute une ligne tout en répondant à qui vous demande de comprendre ce qui n’en finissant pas n’a jamais commencé.

largué

Ce n’est plus l’homme qui largue ses amarres, c’est le monde lui-même, la barque laissée derrière soi, la mer presque retirée, aspirant les désirs océaniques d’une autre vie où tu aurais pu rêver avoir marché sur l’eau ; tu réalises que l’inutilité fut luxe et don primordiale, soutien à la légèreté de l’air. Désormais tu traverses la mer, tu as pied, des îlots de sable affleurent comme des galettes sèches tombées d’un soleil ancien, tu les prends pour bivouacs et pour couche, le ciel est aride, tes rêves ne s’inclinent plus que sur le passé. Les animaux que tu avais croisé sont méconnaissables, leurs formes se mêlent aux ombres sans limite distincte. Leur mépris t’interdit de les approcher.

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Et puis il y a les mouches. La première ce matin aux ailes faiblardes par cercles relâchés me tourne autour, entêtée, aimantée. Je me bats à la chasser d’un revers de main qu’elle ignore, mes nerfs s’excitent, je l’attrape et la lance depuis la fenêtre dans la pluie chaude rejoindre la dernière mouche vue cet hiver, fatiguée, lourdement tombée dans l’atmosphère gelée.

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