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Il est plus beau de n’être rien, et il y faut plus de ferveur que d’être quelque chose
(Robert Walser)
« Qui est-ce ? Qui se promène sous les arbres du quai ? Qui est à jamais perdu ? Qui ne peut-on sauver ? Sur la tombe de qui pousse l’herbe ? Des rêves sont venus en remontant le fleuve ; avec une échelle ils escaladent le mur du quai. On s’arrête, on cause avec eux, ils savent bien des choses, ils ignorent seulement d’où ils viennent. L’air est bien tiède ce soir d’automne. Ils se tournent vers le fleuve et lèvent les bras. Pourquoi les lever au lieu de nous étreindre? » (Alexandre Vialatte, Les fruits du Congo p. 384, Col. L’Imaginaire, Ed. Gal.)
« Les fléaux physiques, et les calamités de la nature humaine ont rendu la Société nécessaire. La Société a ajouté aux malheurs de la Nature. Les inconvénients de la Société ont amené la nécessité du gouvernement, et le gouvernement ajoute aux malheurs de la Société. Voilà l’histoire de la nature humaine ». Nicolas Chamfort, Pensées, maximes, anecdotes – LXVII

« c’est comme ça que les ruisseaux, les torrents, les fleuves se forment… je me disais avec émotion. Des masses d’eau qui gonflent petit à petit et attirent et puis englobent avec la force croissante de leur avancée d’autres masses d’eau plus petites qui descendent le long de la montagne abrupte, alors que d’autres se perdent, ça et là, sans avoir eu la force de se transformer en ruisseaux, en torrents, en fleuves. Des ruisselets identiques en apparence, qui se sont formés comme ça, en quelque endroit inconnu et hors du monde, là où personne ne peut les voir, et qui sortent ensuite lorsqu’ils sont déjà gros, impétueux, creusant leur lit dans les gorges des montagnes, dans les vallées et puis dans les grandes plaines, et personne ne peut plus les arrêter… »
Antonio Moresco, La petite lumière, p 57. Col. « Terra d’altri », éd. Verdier
… « Ta volonté est libre signifie : elle était libre quand elle a voulu le désert, elle est libre, puisqu’elle peut choisir son chemin pour le traverser ; elle est libre puisqu’elle peut choisir sa démarche ; mais d’autre part elle n’est pas libre, puisque tu es obligé de traverser le désert, pas libre, puisque tout chemin est une espèce de labyrinthe qui touche au moindre pouce du désert »
(F. Kafka, Journal, 22 février 1918 – Œuvres complètes, T III, pléiade, p 479 )