–« Il existe un tableau de Klee qui s’intitule Angelus Novus. Un ange y est représenté qui semble vouloir s’arracher à un spectacle qui le fascine. Il a les yeux écarquillés, la bouche béante, les ailes déployées. Tel doit apparaitre l’ange de l’histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où ne nous apparait à nous qu’une suite d’évènements, il voit lui, une unique catastrophe, amoncelant inlassablement les décombres et les projetant à ses pieds. Il voudrait un répit pour éveiller les morts, pour rassembler ce qui a été dispersé. Mais du paradis souffle une tempête. Elle s’est engouffrée dans ses ailes si violemment qu’il ne peut plus les refermer. Et sans répit elle le pousse vers cet avenir auquel il tourne le dos tandis que devant lui l’amas des décombres s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête, c’est ce que nous nommons progrès. » Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, in Les Temps modernes numéro 25, Paris Octobre 1947
Catégorie : EN LISANT
une lecture, pas une réponse
Je n’écris pas contre, mais je vais essayer d’expliquer pourquoi. (…) Il y a le cours que Benveniste fait avant de perdre la parole où il y a une réflexion sur l’écrit et le fait de parler qui est très compliquée et qui est très belle mais qui simplement indique que la parole est bien un effet du dialogue métaphorique qui est tel que lorsqu’une personne parle, elle est moins accompagnée par qui est en face d’elle que par l’image de quelqu’un d’autre, et que l’écriture les langues et les civilisations qui ont la chance, dit Émile Benveniste, de connaître l’écriture, détruisent complètement sa relation de dialogue, ne se souviennent plus du tout de pouvoir être en face de celui qui écrit. Donc il n’y a pas du contre. Soudain, la langue devient elle-même écrite, se fragmente, s’objective, devient un objet avec lequel celui qui écrit joue comme avec un puzzle. Il y a une extériorisation, pas un dialogue. C’est une lecture, pas une réponse. Un puzzle s’instaure entre l’écrivain et l’absence de visage d’un interlocuteur. Il n’y a plus d’interlocution, il n’y a plus de communication orale. Et c’est à partir de là qu’un vide se déploie, s’étend, s’élargit, dans lequel les écrivains plongent, et qui définit l’espace de la littérature.
Pascal Quignard. Table ronde avec des étudiants (In P. Q., littérature hors frontières – Hermann édit. 2014)
au revers du néant
butin
and yet, and yet, un rideau de brouillard
Quand le Baal Shem avait une tâche difficile devant lui, il allait à certaine place dans les bois, allumait un feu et méditait en prière, et ce qu’il avait décidé d’accomplir fut fait. Quand, une génération plus tard, le « Maggid » de Meseritz se trouva en face de la même tâche, il alla à la même place dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, mais nous pouvons encore dire les prières – et ce qu’il désirait faire devint la réalité. De nouveau une génération plus tard, Rabbi Mosche Leib de sassov eut à accomplir cette même tâche. Et lui aussi alla dans les bois et dit : Nous ne pouvons plus allumer un feu et nous ne connaissons plus les méditations secrètes qui appartiennent à la prière, mais nous savons dans les bois où cela s’est passé, ce doit être suffisant ; et cela suffit. Mais quand une autre génération fut passée et que Rabbi Israël de Rishin, invité à accomplir la même tâche, s’assit sur son fauteuil doré dans son château, il dit : Nous ne pouvons plus allumer le feu, nous ne pouvons plus dire les prières, nous ne savons plus la place mais nous pouvons raconter l’histoire de comment cela s’est fait. Et encore une fois cela suffit. Gershom Scholem, les grands courants de la mystique juive (1941), « petite Bibl. Payot » 2014, p 505-506.
désir zombie (F. Lordon)
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Un être qui s’habitue à tout, voilà, je pense, la meilleure définition qu’on puisse donner de l’homme. Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Souvenirs de la maison des morts, Paris, Gallimard, 1977., p. 44.
Je transpirais abondamment. (Un temps.) Autrefois. (Un temps.) Plus maintenant. (Un temps.) Presque plus. (Un temps.) La chaleur a augmenté. (Un temps.) La transpiration diminué. (Un temps.) Ça que je trouve si merveilleux. (Un temps.) La façon dont l’homme s’adapte. (Un temps.) Aux conditions changeantes. S. Beckett, Oh les beaux jours, Paris, Minuit, 1963, rééd. 2001., p 43
( lisez cet éloge de la gratuité, l’Antimanuel d’économie, de Bernard Maris, pdf)





