SANS SUITE 38

 

la fourmi ne distingue ni le haut ni le bas ni l’horizontale, elle suit le chemin droit, la longueur élargie d’une courbe sans limite     quelqu’un dort sur le tapis roulant, le plafond d’un autre couloir qui du précédant promet aux murs ce même goût d’aventure     enfermé, il établit l’heure du départ, passe en revue toutes sortes de lieux, la chambre est vide, rien ne résonne     plus large que longue, trop lointaine pour voir     enfin appelé, et il se précipite dans la direction opposée     les piécettes jetées au fond du bassin, sous les cercles du ventre des cygnes majestueux, la blancheur en couleur.

 

maison

 

Grands zonards du ciel aux trajets lents et tortueux les corbeaux dérèglent les horloges, les enfants ne sont pas rentrés, au milieu des vieilles pierres la nuit abrasée de soleil, mémoires gravées ouvertes la nuit ensevelies et balayées, solides et liquides, peuplant le halo des jours, qui lui avait prédit il y a si longtemps qu’il ne reviendrait pas ?

centre du labyrinthe

 

Un tombeau, le ciel est un temple, les pyramides sont des labyrinthes à ciel ouvert. Un lit de grenier dans une chambre princière aux rideaux sombres, rêve qui tire les volets, rêve des mêmes rêves que les autres, infirmes, vieillards, fous, parents, acteurs, images d’actualités mêlées à la pièce familiale, chroniques du palais, bébés qui y dorment.

Champignons de mémoire

 

Les secrets, l’eau les oublie. Comme on aime se rappeler soudain les choses oubliées, on creuse à l’ombre les rives où raconter, une multitude d’horizons se superposent et la pensée déraille en souvenirs. La superstition pimente la vie. On ressort les tapis de lecture, l’intérieur d’une maison, la vue d’un trou dans la façade, de l’autre coté de la paroi le voyage prend fin.

La mémoire de l’eau est celle qui nous en reste, la partie noyée du chemin fait barrage.

La maison où tu vivais était chargée de ta mémoire au point qu’il n’y avait plus de place en toi pour voir quelle mémoire, collée à toi, comme la figure d’un corps entraperçu, elle te pompait quand bien même c’était entièrement tari. La mémoire partout, de telle façon qu’on y est plus, remplie de place pour les absents. À peine éloigné qu’on y revient.

 

filiation

 

L’art du compromis des robots abandonne en contrepartie à l’homme sa grande affaire de post-vérité. Ils ne sont pas nos pères mais nous sommes leurs enfants. La réalité dédoublée en une chaîne minuscule de mèmes à bout de souffle.

Pour raisons humanitaires l’œuvre de la guerre sera dévolue aux robots.

Les personnes âgées sont de jeunes animaux ridés perdus dans un territoire fermement délimité et perpétuellement changeant. Malheureusement leurs têtes rajoutent une détresse, aucun autre animal n’arrive à les consoler.

Quand l’âge leur vient pourquoi appellent-ils soudain leur chien « Fifille » ? Quand l’âge atteint à son tour leur chien, comme deux gouttes d’eau irréfutables, ce sont bien ses parents.

Avant de commencer

 

 

Avant de commencer il regrettait par avance les jours foutus à devoir continuer. Éparpillé dans les rues dont il cherchait à sortir, les caves nocturnes bruyantes et surpeuplées, refuges pour dormir.