Comme sous une mer gazeuse vertigineuse la pluie précédait l’orage, le ciel épais bleu-gris très sombre, inamovible, tremblait à peine pendant que la tempête dévastait la forêt. La nuit (ou bien le jour) qu’au début nous nous attendions à voir tomber, tombait désormais continument, la vue fendue d’ombres. Nous habitions à la ceinture de contrées urbaines aux maisons à prix flambant neuf. Des milices protégeaient la vue imprenable des terrains vagues sur pleine lune opalescente. Étendus au sol quand le bruit s’éloignait nous retenions l’amour en consolantes nostalgies. C’était une fin du monde moderne et spacieuse que dieu gouvernait d’une armée de robots auto-engendrés. Bien nés mais trop tôt nous enviions déjà le bonheur des générations nouvelles, planquées les unes des autres, dispersées à vaquer parmi les ruines, anthropologues réanimant le monde évanoui.
Auteur : roma
le salon de musique
la pluie remplit un verre
Petit texte dans le texte, la pluie remplit un verre. Je gribouille des dizaines et des dizaines de lignes et n’en garde que quelques mots. Ce n’est pas que c’est trop, non, c’est que j’en garderais beaucoup trop. Quelques mots donc. Jeu de sable des grands. « Oui, oui lui dit-il, tu parles beaucoup trop ». Il est vrai que désormais ce qu’il reste ça ne fait pas beaucoup, mais, que de scrupules sont alors d’un seul coup un seul évanouis. Reste à regarder ce qui reste, ce qui extrait en toute autorité. Ce qui s’agence de soi dans le même bain, où tu es invité. Tu tournes autour d’un lieu où tu n’as jamais mis les pieds, le ciel est incertain, les ombres ont des reliefs inconnus. Tu t’es endormi pendant ta méditation, le temps est passé pareil, ça te déphase ce voleur invisible, et l’œil ouvert rien y fait tu es repris par l’enquête, l’enquête n’est absolument pas nécessaire, mais encore une fois tu changes de maison dès la prochaine bifurcation.
La nature des choses est toujours une autre
Quand nous pensons, nous ne savons rien, tout est ouvert, selon Roithamer. La nature des choses est toujours une autre, selon Roithamer. Tout d’abord, le cône a des points de vue dans toutes les directions, puis le cône a seulement des points de vue au midi et au nord, puis à l’ouest et à l’est et enfin uniquement au nord. / Thomas Bernhard. Correction, p190, Gal. 1978
verbe-boucherie
Pour surseoir à l’oubli des mots, car leur sens avait été perdu, comme on respire en nombre on répétait les blocs-phrase du programme. Leur répétition, pour ne pas rendre fou, appelait la rengaine et ses errements, obligeait à la fuite en avant. Nous les prononcions vite, tel un mot étiré, variant les intonations, surpris qu’ils fourchent encore et trébuchent, les recouvrant sans réfléchir de mots pris au vol, s’intercalant, écornés, effarouchés, entraînant parfois de désastreux lapsus, retoqués à la va-comme j’t’pousse pour les dissimuler, en course folle sauve-qui-peut. Des phrases impensables qu’un instinct de survie, de légitime défense, muselait, l’ignoble déchaînement, à l’abris dans le carcan protecteur des murs défoncés, la poussière et une vieille ombre éthique. Nerveusement aux pauses on se taisait, et dès le dos tourné la conspiration du silence reprenait. Nous rêvions en secret, les organes des sens enflaient, engorgés, ballants dans un espace déserté, croupi. Un rappel à l’ordre coupait court ce galimatias hébété, l’imposition de termes techniques remettait d’équerre la langue morte du privé, sous couvre-feux de lois martiales : un nouveau champ de vision édifié où s’engouffraient les hordes barbares, imposant au silence le joug de la désolation, noyant la flamme du sacré dans les ruisseaux de sang, plus tard sous la chaux métaphorisés en saignée dame-nature, oiseaux muets, et tout alors redevenait uniforme.
rire de rien
Il y avait toujours à nouveau des nuages, malgré le solstice bientôt, les pires nuages étendus indémêlables et si bas. La pluie en a assez. Sous les paupières la brume fraîche épouse un caillou lisse. J’ai laissé beaucoup de temps errer tout en remontant la terre des éboulements, à creuser dans des buttes trouver où dormir, payé mon tribut, cherché dans les rêves où se rendre au matin, à donner des forces à mes jambes pour tenir me lancer. Pourtant d’avoir ignoré que la lumière s’était éteinte, que l’existence est sans raison. N’en étant pas plus avancé, ce qui ma foi, pour cela même, fait ma raison désormais. Le vent qui soufflait amplifie le silence.





