:-: déboires d’éternel retour

 

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Travailler quelle lenteur ! il suffirait de s’y mettre, commencer, machinalement convaincu d’avoir et de continuer, par avances, quant à quoi bon fatigue venue, et qu’arrivé au bout, ce n’est pas comme avant, ce qui était hier ne l’est plus. Et sans travail c’est pire, tu t’éparpilles poursuis les ombres dans le noir, tu t’enrhumes d’avoir traversé la rivière sans même l’avoir vue ; tu as pensé dans les poussières et t’endors comme oiseau sans aile, tu es nombreux, d’autres, la bave sur l’oreiller, n’ont pas eu le temps de retirer leur casque.  

En te réveillant tu es loin du lit, la fenêtre est ouverte, la nuit commence son dessert, la lune est belle.

Travail :  Tu n’es pas revenu ici, pour un peu tu aurais oublié d’hier à aujourd’hui tu n’as fait que deux pas, tu y reviens sans en être parti, longtemps que l’idée te revient pendant le trajet, sans pause, sans transition. Un bref moment, t’oublies, ça te fait oublier, que ça ne finisse jamais, parfois tu croies ça fait longtemps, que c’est fini : tu aurais eu deux vies, une pour celle-ci, une autre tour à tour à l’éternel et l’enfer, si tu avais deux vies, si tu vécus un jour, sans te soucier du lendemain, des images traversées, de l’accident. 

Sátántangó

Down the Bay, Bert Hardy, 1950

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(Salve Regina, Arvo Pärt, Estonian Philharmonic Chamber Choir, dirigé  par Paul Hilliervidéo extrait de Sátántangó –Tango de Satan (1994) dirigé par Béla Tarr, film qui dure 450 minutes, conte sur la domination et la subordination volontaire infinie)

coming down

qu’est ce qui me prend ? le folk ? Anaïs Mitchell toute toute seule ? sa voix ? ouais bon. L’old fashion ? m’ouais – alors quoi?  Peut-être la radio que j’écoute plus, et les rares et précieux acquiescements d’alors, maintenant. 

:-: 2

Il appelait du fond de son jardin les oiseaux les chiens les chats les compagnons de tous ordres à se rassembler quelque part, là où il n’allait pas, il traînerait trop, arriverait bien après la fin, tout aurait disparu: il eut fallu qu’ils soient déjà là, qu’ils arrivent à l’instant, qu’ils l’emmènent, mais… voulant perdre cette mauvaise habitude il n’eut aucun mal à laisser tomber le journal des spectacles. Les animaux n’étaient pas plus visibles pour autant. Parler est le propre de l’homme, se disait-il du fond de son jardin en appelant les poissons du bout de sa ligne.

la Femme 100 Têtes

« Demandez à ce singe : Qui est la femme 100 têtes ? À la manière des Pères de l’Église il vous répondra : Il me suffit de regarder la femme 100 têtes, et je le sais. Il suffit que vous me demandiez une explication, et je ne le sais plus » ( Max Ernst,  La Femme 100 têtes, Éditions du Carrefour, 1929, planche 146).

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Adaptation cinématographique d’Éric Duvivier, en 1967, à partir des collages que Max Ernst a réuni sous le volume « La Femme 100 Têtes » (1929).
La voix off récite les ritournelles ramassées en légendes prises au vol que Max Ernst donne à ses images ; comme un interrupteur qu’on actionne pour découvrir la pièce, ou pour d’autres, afin de s’assurer qu’effectivement il fait bien jour.
L'immaculée conception manquée

« (…) la même pour la deuxième et la troisième fois manquée. Le paysage change trois fois. Le paysage change trois fois! le paysage change trois fois (….)
le ciel se découvre deux fois, le ciel se découvre deux fois.
L’immaculée conception ». 

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et la troisième fois manqué
(…)  

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Ici sur poul web art blog autre bouquin de collage de M. Ernst, publié 4 ans plus tard, « une Semaine de Bonté ».

Quai d’acclimatation

« Le nègre représente l’homme naturel dans toute sa sauvagerie et sa pétulance ; il faut faire abstraction de tout respect et de toute moralité, de ce qu’on nomme sentiment, si l’on veut bien le comprendre ; on ne peut rien trouver dans ce caractère qui rappelle l’homme ». Hegel, Leçons sur la Philosophie de l’Histoire, Tome XI, p. 137.
En se laissant aller à nommer sérendipité ce qu’on rencontre, il y a des nœuds, des creux impensables qui cognent. Rhétorique – cette selle de bien aise dont l’âne albinos est chargé, l’âne qui de notre malade compagnie au lourd flingue à la main, rehausse de justesse notre stature pour la galerie des nôtres. C’est de carton et de papier mâché, c’est prêt, tournez manège, feu à volonté.  Faisant en sorte que ça passe, d’esbroufe ici et de là, répétant une chose sans y croire, un sourire tenant lieu de masque, mendicité de connivence, ou, en suspend au milieu de la phrase, la tête ailleurs, autres soupirs bienvenus, la gorge resserrée par la fumée, un éclat de rire pour rien, des fixations derrière le rideau sur on ne sait quelle affaire passée, soudain incontournable, pour s’échouer de fatigue, lâcher les rames de la barque aux lamentations plaintives, sourdes. Tournant le dos, par orgueil et colère muette, les feux las laissant croire une autre taverne, rêver à voir brouter l’âne qui conduit, sans oublier le coup de dents aux bleus pâturages du diable.
Un filet de « régime céleste » au pas d’une porte, passée en rampant, là se relever à la fenêtre, surprendre un vagabond sauter d’un arbre. Des hauteurs souffle une brise tiède.
L’âge ne laisse plus trop de temps, la pluie, la chaleur des bureaux, l’électrostatique, l’hygiène du corps laisse à désirer, réaliser qu’il n’y a rien à faire, sinon lire la pochette surprise dont sortirait l’image de ton monde afin d’y balader sans filet tes inepties. Les traces d’un chien dans la neige suffisent, à travers les buissons bas, malingres, les rochers, les ronces molles, les arbres malades, des piquets flanchent, les branches de lisière cassent, des ombres impassibles se dérobent, blanchissent, on passe un champ, on arrive à une gare. Derrière les voix se sont éteintes, le froid le vent le quai, le ciel est pâle. On aimerait entendre déjà la mer, on en est loin, quoique, chut… l’autre coté de la balance, par lames, haleines, silences. On a laissé d’impatience une gare sans train et attrapé un train qui ne s’arrête pas, nous n’avions pas de but, mais quand même, « Plus tu avances, plus tu sais qu’il n’y a rien à en tirer, mais plus tu es obligé d’en faire ». Juché sur cet aquarium de voyage j’attends que les vagues reposent quelques odeurs, ramènent quelques bateaux à prendre. Ce n’est pas tout, comment pourrait-on attendre, puisqu’il faut s’arrêter, encore une fois sans rien faire ? une fois saoulés les cents pas finissent bien par se ressembler.
Le banc se passe vraiment des hommes, des épuisés, par tous les raccourcis qui ne mènent nulle part. S’il avait fallu, ou s’il avait dû attendre un train, pour une vie qui aurait été toute sa vie, il aurait préféré prendre le chemin de retour à l’enfance, en guettant le passage de quelqu’un. L’avantage du premier, de l’interminable attente sur le quai, c’était de n’être pas seul: ainsi l’attente accompagnée transformait l’irrémédiable absence de train… (À suivre).