tripálĭum

J’ai eu très longtemps de la difficulté à m’adresser à des collègues et plus généralement à des gens au travail. Je supporte toujours aussi mal le travail, le temps perdu, mais j’ai définitivement renoncé à le prendre au sérieux. Ainsi j’échange maintenant comme avec moi-même tout en constatant un dédoublement, qui m’accompagne, que je vois disparaître pendant que je m’assieds sur le banc.

Sebastião Salgado  En remontant la Serra Pelada mine d'or, Brésil, 1986.

« temps de la vie »

toilettage de printemps nez DouglasCe n’est pas exprès, au départ était-ce sans doute pour s’accommoder au mieux du travail, donner du poids au rêve, la vie n’est pas si facile, pas toute intelligible, même si le bout du nez collé aux chiffres intangibles des affaires à faire. L’environnement, la communication, les rapports de toutes sortes devenus bruyants, rapides, imprévisibles, plus ou moins réussis, pressants, urgents. Pourtant on se demandait comment s’en passer, de l’invasion, du travail. On rêverait encore, et cette idée qui poursuit ; nous aimerions produire le silence. Comme le temps est appelé au secours pour comparaître, le couloir de la salle d’attente est bourré à craquer : là on a commencé à imposer le respect, c’est à peine si on osait encore respirer, on était en sueur, l’odeur épaisse, coupable.

:-: déboires d’éternel retour

 

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Travailler quelle lenteur ! il suffirait de s’y mettre, commencer, machinalement convaincu d’avoir et de continuer, par avances, quant à quoi bon fatigue venue, et qu’arrivé au bout, ce n’est pas comme avant, ce qui était hier ne l’est plus. Et sans travail c’est pire, tu t’éparpilles poursuis les ombres dans le noir, tu t’enrhumes d’avoir traversé la rivière sans même l’avoir vue ; tu as pensé dans les poussières et t’endors comme oiseau sans aile, tu es nombreux, d’autres, la bave sur l’oreiller, n’ont pas eu le temps de retirer leur casque.  

En te réveillant tu es loin du lit, la fenêtre est ouverte, la nuit commence son dessert, la lune est belle.

Travail :  Tu n’es pas revenu ici, pour un peu tu aurais oublié d’hier à aujourd’hui tu n’as fait que deux pas, tu y reviens sans en être parti, longtemps que l’idée te revient pendant le trajet, sans pause, sans transition. Un bref moment, t’oublies, ça te fait oublier, que ça ne finisse jamais, parfois tu croies ça fait longtemps, que c’est fini : tu aurais eu deux vies, une pour celle-ci, une autre tour à tour à l’éternel et l’enfer, si tu avais deux vies, si tu vécus un jour, sans te soucier du lendemain, des images traversées, de l’accident.