première neige

Igor Pozner. Saint-Pétersbourg, 2012.

mes exaltations de la veille ont perdu leur ressort. j’ai pour elles le placard encombré, j’ai du feu, une fenêtre, des mots à taire qu’on aimerait voir tomber comme la neige en flocons, les petites annonces du journal, la route fatigante mais tout de même éloignée, le songe qui dure à disparaître aux milles nuits, la légèreté du matin, attention, fragile

trou d’air

‘Les imaginations des uns et des autres, c’était bien joli.. . mais il fallait revenir la réalité des choses…’   Raymond Devos, Un jour sans moi

Dépourvu de repère stable pour la musique, sinon, si c’en est un, qu’elle s’écoute des heures durant, en boucle hors-bord, de s’oublier de l’oublier.

Les sentiments vivent de leur belle vie tant que les assauts répétés de tes inconséquences n’enrayent leur retour. — Sinon quoi, il fait beau, si ? le don séduisant reçu et qui appelle la mélodie suivante d’un seul fil cousu de blanc. Sous le parapluie se glisser dans l’étang.

Sátántangó

Down the Bay, Bert Hardy, 1950

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(Salve Regina, Arvo Pärt, Estonian Philharmonic Chamber Choir, dirigé  par Paul Hilliervidéo extrait de Sátántangó –Tango de Satan (1994) dirigé par Béla Tarr, film qui dure 450 minutes, conte sur la domination et la subordination volontaire infinie)

lucarnes dominicales

« De tout temps le bruit court ou encore mieux l’idée a cours qu’il existe une issue. Ceux qui n’y croient plus ne sont pas à l’abri d’y croire de nouveau conformément à la notion qui veut tant qu’elle dure qu’ici tout se meure mais d’une mort si graduelle et pour tout dire si fluctuante qu’elle échapperait même à un visiteur. Sur la nature de l’issue et sur son emplacement deux avis principaux divisent sans les opposer tous ceux restés fidèles à cette vieille croyance. Pour les uns il ne peut s’agir que d’un passage dérobé prenant naissance dans un des tunnels et menant comme dit le poète aux asiles de la nature. Les autres rêvent d’une trappe dissimulée au centre du plafond donnant accès à une cheminée au bout de laquelle brilleraient encore le soleil et les autres étoiles. Les revirements sont fréquents dans les deux sens si bien qu’un tel qui à un moment donné ne jurait que par le tunnel peut très bien dans le moment qui suit ne jurer que par la trappe et un moment plus tard se donner tort de nouveau. Ceci dit on n’en est pas moins certain que de ces deux partis le premier se dégarnit au profit du second. Mais de façon si lente et si peu suivie et bien entendu avec si peu de répercussion sur le comportement des uns et des autres que pour s’en apercevoir il faut être dans le secret des dieux. » S. Beckett, Le Dépeupleur