La ville existe et elle n’a qu’un secret : elle ne connaît que des départs, elle ne connaît pas de retours.
Italo Calvino, Les villes invisibles.
Auteur : roma
cercles de sable – sable Blanc
Tout est inutile, si l’ultime accostage ne peut être que la ville infernale, si c’est là dans ce fond que, sur une spirale toujours plus resserrée, va finir le courant. Et Polo: l’enfer des vivants n’est pas chose à venir; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart: accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels: chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. / Italo Calvino, Les villes invisibles p. 189
noctuelle & bruit de fond
Cloué au lit, au fond de la pièce le lit, un diode au-dessus de l’épaule qu’un papillon de nuit cogne, à répétition, vrille, réapparaît alors que le vent secoue, la pluie gifle les fenêtres, le jour est gris, papillon intrus impossible à capturer, inconcevable à tuer et dont il faut tout de même se débarrasser. Un drap tiré sur la tête sur le champ, c’est ainsi que les papillons de nuit disparaissent. Le lait cognac au miel couronne le réveil.
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Parti dès le soleil couché en sieste inopinée dans un arbre transi sous traine de ciel où les flocons volent vacillent — vous vous réveillez alors du silence, revenu loin de tout sur les trois heures du matin quand résonnent des discussions inaudibles et des rires et dont vous vous dites que c’est l’unique bruit de fond au silence, celui qui rappelle et signe votre appartenance, et si, de l’autre coté de la terre, vous êtes presque mort, ici vous marchez encore, où diable descend t-on? Dans la minuscule chapelle en milieu de forêt où nous étions tombés, porte entrouverte et toit défoncé, du jeu des ombres et du soleil rasant nos yeux brillaient d’une béance qu’ils tentaient d’attraper, n’en revenant pas. L’avenir, plié du coté de l’absolu était décidément très loin, sans répit, des forêts de branches se fracturaient aux bourrasques, on croyait voir cligner un point, des feux de voitures pris pour des yeux de grands cerfs, une route, un chemin, assez de vent pour fuir, sans se presser, sans être vu, filer tête la première sur le dos.
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Mots inatteignables, volés, perdus, vendus aux mieux-disant, qui valent moins qu’une ombre, mots à dire ce qui n’existe en somme qu’en esprit, à le faire exister, au troisième petit tour d’incursions-excursions, las de tendre l’oreille aux messes basses et la joue aux perturbés, de se cogner aux échafaudages bancals de murs disparus, l’esprit abandonne, va dormir, vaincu par le hasard qui l’a si bien servi, ouvre la porte aux brisées des cauchemars, aux nuits réparties à toutes heures du jour qui rage ronge l’épais vernis craquelé, et s’affaler aux siestes cotonneuses, une jambe sans pied fait l’affaire au silence.
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Convoqué au maximum de choses possibles, les ramasser déjà, se rendre aux rdv éternellement ajournés, etc., en s’attachant sans peine à suivre la pente de la plus grande lenteur, à la vitesse où penser est sans importance ; qui s’emboîte perfecto à la perte de sens du filet vide des mots — appelé, réveillé au secours pour nourrir de paille les chevaux des chevaliers arrivés tard.
Film Socialisme (Jean-Luc Godard)
oracle

Vie d’arbre, effiler les raides écailles mouillées, grandir voler de toutes les feuilles de la forêt, livrer aux embruns la vie des poissons dépités de si haut tombés, s’élancer mendier la lumière des étoiles en obole dans la coupelle boueuse, notre soupe ontologique délave la couleur des yeux. Entre les mains la soie du voile dilate la perspective.
roue
Aveuglante, la voie du bonheur sur l’aile d’Archimède entraîne d’insaisissables rondes, un grain de sable enveloppe les dunes et tangue aux profuses sirènes des monts hydrothermaux, des vestiges déplacent les endormies par les portes entrebâillées des silences d’hypnose — aux rires des bonimenteurs, réveillée dans le miroir et la mer en dessous, le rose, le bleu le rouge les tours les lèvres — les envies pressantes les demi-dieux l’avenue la voiture le pétrole et l’acier des puits aux plateformes d’extraction, une alliance, la peau chaude au vent où il veut, qui en efface la trace.



