Cygnus olor

conductivité du noir, lune blanche lune noire, cercle déplié du miroir
conductivité du noir, lune blanche lune noire, cercle déplié du miroir

 ~vhorr’ ~ vhorr’ ~ vhorr’ ~ le battement des ailes soulève et rabat l’air sur une parfaite ligne droite qui va peu à peu s’inclinant jusqu’au sol. Le cygne se relève, à pleins poumons son cou propulse, expectore une fois encore ce Vhorr’ ~ soufflé hors des narines, qui réveille l’intrus endormi dans le lierre.

Sur le pont au dessus d’un coté l’autre, au froid, au chaud, les jours dispersent les sujets tempérés qui s’y démènent, égayent leur fatigue, donnent de l’aise à demain, distribuent des ordres et des prix, diplômes et monnaies, sèment au petit vent la tempête à venir. De temps à autre entre deux averses un snipper masqué rejoue à qui perd gagne.

abat jour poisson zèbre

Real-Time Visualization of Neuronal Activity during Perception

la science pas en reste d’invention à serrer son rêve en son ancestral cœur, l’abat-jour. La nuit de nos origines est parcourue d’illuminations brûlantes et glacées sans temps ni espace qui creusent le règne des concordances non-linéaires. La vie et la mort qui s’éloignent l’une de l’autre est providentielle, le papillon de nuit frôle mes cils, un géant disparaît en tombant.

Debussy, Préludes – Livre I, Piano 2 mains

Danseuses de Delphes 1:09 Voiles 4:29 Le vent dans la plaine 9:05 «Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir» 11:25 Les collines d’Anacapri 15:20 Des pas sur la neige 18:43 Ce qu’a vu le vent d’ouest 23:40 La fille aux cheveux de lin 27:35 La sérénade interrompue 30:20 La cathédrale engloutie 33:14 La danse de Puck 40:08 Minstrels 43:32

Claude Debussy - maison de famille des Fontaine à Mercin, Aisne, circa 1898

dette ou dote ?

tout ira bien
tout ira bien

S’informer des événements, repérer viser les points saillants d’une actualité, délimiter des zones de points critiques, estimer à vol d’oiseau, croire discerner des processus et logiques, arriver à des convictions, dégager une prévisibilité, à quelle obsession ça répond, à quoi bon ? (m’empêche tout de même pas de nourrir les oiseaux).

La situation de Chypre on en parle depuis au moins un an, très difficile avant la publication du plan UE-BCE-FMI d’en récolter des éléments, les pourparlers s’éternisaient, il arrivait qu’on voit sortir des officiels qu’on avait pas vu rentrer, ou l’inverse, ou qui s’y rendait parce que il faut faire le job, on voyait presque rien ou si peu, les Chypriotes se préparaient à virer les communistes, à élire une équipe de la troïka.

Mais les montres ne donnent pas en même temps la même heure et selon les saisons, chacun suit son train-train à lui, notre optimisme naturel flotte dans un horizon où on se prend dans le tapis. Depuis peu chaque jour tombe son lot d’infos qui multiplie et réoriente interprétations, conjectures, comme un poker qui se dévoile entre calculettes interposées, glissement de curseurs temporels, et stratégies dans le cambouis – avancer, retarder ses pions ou jouer le pourrissement: Chypre-Paradise, jusqu’alors à l’abris des regards désormais l’objet de toutes les convoitises, n’a que l’embarras du choix – l’Europe ou une place au soleil sous garantie de Poutine ? Les russes surpris et pas préparés à faire couler l’Euro ne savent s’ils peuvent l’empêcher, se sont des hommes après tout. Autant faire se languir les soupirants, la malice très patiente augmente à hauteur de la dote. On espérerait le temps des deals s’épuiser dans la farce de leurs contradictions, le temps que partout la répudiation sans condition de la dette mijote dans les têtes. A quel genre de bordel tendons-nous ?

(rien à voir sinon le printemps, Morteza Mahjubi – Improvisations in Avaz Dashti)

attendre?

chiens

« Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu. Ils soutiennent les lois avant de les abattre. » Voltaire, Catilina, acte I, scène 5.

 

Avec Chypre, le traitement scénarisé de la crise par la finance doit rallonger la sauce et réinventer dans l’urgence un dessert – la doxa s’étiole, le périmètre de sécurité qu’assure la politique envers la financiarisation du monde se fissure et les problèmes sociaux traités comme faits divers risquent désormais de glisser sur leur pente historique, la gangrène nationaliste. Mais c’est aussi une dernière chance pour la mémoire de se ressaisir. 

La colonne des milliardaires explose que les chômeurs devancent en tombant – le dialogue ; règle d’or, c’est entendu – les produits financiers flambent de ce qu’une bande de pétés jouent les fantômes fiévreux avec des robots – bank-run, credit-crunch, crash rampent et les officines grandes gueules pullulent. Rappeler s’il le faut, que si les discours vacillent le bruit augmente, se muscle, quand bien même la fabrication des images rapporte que la neige tombe que le pape s’éclaire de fumée blanche, lui ou la pauvreté, l’injustice pensez donc… l’humanitaire s’en va en guerre…  

tant qu’il y a un joker à jeter qui fasse danser les Danaïdes, ouvre des mers de liquidités à l’oeil, accroisse l’invisible, la distance infranchissable des puissants, entretienne l’illusion d’une vie politique souveraine: les hémicycles parlementaires se sont ingéniés à construire puis à masquer des logiques financières qu’ils ne parviennent plus, s’ils le voudraient encore, à identifier : leur dernier effort contre un temps qui décidément ploie et fuit sous les soubresauts de la mondialisation, sera de s’innocenter au prix du sang des peuples – mais là encore la recette risque de trouver boutique close.

La politique ayant disparue dans la communication, dans une morale de blanchiment du régime de prédation, les banquiers ont vu l’air de leur bouille s’effacer du miroir ; respectables planqués, dont il est dit combien ils prennent tous les risques, traversant les jardins de leurs amis dont ils rachètent à l’occase les bijoux dynastiques, louant, admettons, le sens du raisonnable et de la nuance, consentant en marge à quelques rappels à l’ordre, comme des enfants sages dont la grimaçante politesse gomme l’injuste grief – polis toujours, prenez-en leçon – véritables mannequins de l’accommodation aux formes, une image à voir dans le rétroviseur qu’ils ne regardent jamais : ce feu aux portes de secours fait désordre. Aujourd’hui Cahuzac bouche l’entrée aux rangs de gauche comme de droite agglutinés aux portes des paradis fiscaux. 

Livrés à eux-mêmes les financiers sont des imbéciles de l’espèce la plus dangereuse. Saint-François ne les approcherait pas comme ça. Ils planquent un secret bleu comme l’eau de leur piscine, un truc privé, on dirait intime, couverte du mérite et par chance dieu y serait. La politique sert de  jointure, portrait robot de figures aux styles disparates péchées du success-story de « l’opinion » rodée d’elle même du bout des lèvres, avec une frivolité bêtement dissimulée, d’un événement comme tant d’autres, lors des pauses cafés, devant l’évier et les pubs avant de partir, en cœur et apparat, esprit de sérieux et à la tâche, coincée tout de même aux entours des fables des machines qui la rive. La paroi vitrée des bunkers se confond avec le ciel, les ascenseurs à code sont merveilleusement silencieux, leurs lumières susurrent les espaces franchis.  

On attend que les bourses dévissent et à force d’attendre le brancard de la démocratie branle sous le poids du cadavre du capitalisme financier, on aura la guerre, on aimerait se tromper, attendre sans attendre une ondée transcendantale de rien. On attend un signal d’opinion, des milices munies des slogans d’une loi d’airain, de libération de la politique, qui lui attribuerait le vaste et unique ministère de l’éducation et de la culture, cognitivistes et pharmaciens en tête, ou l’acteur se videra à coder le vent qu’entraîne sa feuille de route, selon l’ombre que les lumières dévient.

La barque se satisfera sans limite d’un junte avant de rejoindre le Titanic. L’histoire est un crâne sans mémoire, absent des livres, qui danse dans les alcôves d’un soir. Période des deals, des devis et du poker, de l’optimisme de rigueur, de mise à sac – la politique glisse là-dessus, s’éteint, le palais des glaces brisés resplendit, l’air du soir s’est épaissi, stagne, les fenêtres ouvertes n’apportent que le froid.

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Trois vidéos:

« LES PAYSAGES AFFECTIFS DU CAPITALISME CONTEMPORAIN » FRÉDÉRIC LORDON ET FABIEN DANESI 

DOCUMENTAIRE – « QUAND L’EUROPE SAUVE SES BANQUES, QUI PAYE ? »

INEGALITES DES RICHESSES AUX ETATS-UNIS

à défaut

Près du palais national lors des révoltes, Mexico, Manuel Ramos, ca. 1913« En tous les temps la guerre a toujours été entre hommes le sujet de conversation numéro un. La guerre est la poésie de l’homme avec laquelle, toute sa vie, il demande attention et soulagement. » Thomas Bernhard / La cave, Récits 1971-1982, p.152