dormir debout

James Irwin - David Scott , Apollo 15, Août 1971. delta de Hadley, à 10,5 miles du pied de la chaîne des Apennins en arrière-plan.

Déambuler aux aurores boréales mortes, mission d’agrandir la nuit, collecter de cosmiques tessons zéro de l’infini sur la pleine lune qui pleure sa sève.

L’envers l’endroit pliés, la tranche d’un temps continu, le fil rompu, têtard célibataire rejeté sur la berge. immobilisé, plaqué au mur sur le trottoir du tunnel, l’horloge derrière soi. la terre, notre cœur bleu s’abandonne, loin l’horizon qui alors t’échappait, désormais seul tu fonces dans l’air minéral, mais étais-tu vraiment seul ? chacun te serre, une poignée de milliards d’hommes en ronde, les yeux levés les yeux sur les écrans, le silence, pas le calme, la rue noire de nuit, de monde, c’est le rêve, enfin bon… et tu criais (peut-être craignais-tu les fantômes ) « vive le lumpenprolétariat ! »

Sortie d’une sieste sous luminothérapie, son pyjama ouvert, l’aïeule et blanche dentelière est sans voix, l’apothicaire lapin de jade aluni par son double reçoit sa médaille et  s’évanouit, les oiseaux de Schrödinger déplacent d’un cil le silence, mais avant nous plongeâmes, poisson retournés à si grande vitesse que nous ne pouvions plus réfléchir, juste suivre les failles entre les éclats des miroirs brisés, otages de nos histoires à dormir debout

donnez-moi un plafond

j’ai gardé ce qui reste, j’ai mis de coté un peu de ce qui a débordé, j’ai mis un point, allégé ma valise, j’ai étiré le temps, plié replié la page, la page dépliée en éventail, j’ai fait semblant d’être là, j’ai gardé ce qui reste, j’ai trébuché, je me suis relevé, je suis reparti un peu à coté, le chemin s’est allongé, indéfini, le temps interminable, ou le temps s’est-il raccourci ?

quand ça va pas, ne tourne pas rond, l’insomnieux aux cents pas cherche désespérément l’équilibre entre longueur et légèreté, à se glisser dispersé dans le balancement du cercle, l’accord du saut et de l’extinction

___________ #4

 ne savons rien faire plus parfaitement qu’ouvrir et fermer les yeux

maintenir un minimum d’attention, la densité d’une ombre

 la nuit cette fois avait avancée, nous n’étions plus là au matin, la nuit nous avait pris.

 

___________ #3

où en lisière de ville surgissent six bouquetins la marche du soir est somnambule. très loin des yeux, par où le pont trois voies gronde, aux fenêtres éclairées des immeubles, aux rideaux, lumière de stores, aux zones noires, derrière la nuit, stores entrouverts, ici lumière d’hiver terreuse et dorée bordée de reflets brumeux, d’un soleil couchant, lumière d’écorce brune, grise, petit vent, chemin boueux, flaques qu’on évite, lourde couverture herbeuse la pente en courts mamelons descend, comme des flots tombés, et le sifflement explosif du pinson me réveille

petites_choses_reflections

___________ #1

Régulièrement, allongé dormant ou en mouvement debout, des sensations de vertige. la pesanteur, trop forte ou pas assez. Je sais ici perdre mon temps. Je crois que plus loin ce serait pire, c’est ma seule chance de partir. Hier, l’air blanc et froid, assez haut, et la terre, froide et humide, enneigée – cela faisait longtemps que j’habite là. l’atmosphère possède à certains moments une aiguille, un vent du passé, qui s’arrête là. s’il y a peut-être un cadran, il n’y a pas d’aiguille. aujourd’hui c’est le même temps, à peu près, le vent retombé, le portail grince, tu te demandes où tu es, tu fais la poussière, tu redescends le réveil, tu règles l’heure d’hiver

l’invite mélancolie

Revient de temps à autre quand il pleut la nostalgie d’un avenir en pays lointain retrouvé où la nuit ne serait qu’une variation d’un jour sans plus aucun dérangement, peut-être pour ainsi dire déjà mort. nos désirs ignorent le temps. la finesse d’un rideau bruissant de pluie suffit

le vent la feuille la pluie ont tombé la feuille. à son revers, contre la terre mes petites proses d’amusement jusqu’à ce que la nuit couvre avale les bords de la page

grenier vidé
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