voyage, distances

 

En déséquilibre il doit accélérer, accélérer encore, jusqu’à ne plus pouvoir s’empêcher, tournoyer, lentement, par moment être debout, dériver aussi longtemps que possible, se découvrir avoir été passe-muraille, ralentir, ralentir, se heurter, sauvé.

*

Le milieu, le centre, l’attraction dévoreuse. Tu te fais pierre, rien n’y fait. Tu ne fais que passer, rien qui t’arrête, c’est le même jour que tu arpentes, tes nuits comptent les rondes que font tes pas, un scénario où impossible de ne pas se cogner aux mêmes briques molles et pourtant c’est plein jour.

*

Les rêves épuisent tout le temps, il manque des jonctions à la journée boiteuse, la nuit creuse, les rêves avalent.

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Un bout d’espace est tombé dans le temps, les pôles tournaient, tu cherches le point initial, il y en avait tant.

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Des lumières apparaissent, puis des formes, le monde offre un répit.

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Allées qui montent et descendent imperceptiblement, s’enfoncent, longent des parois, parfois des surfaces plus étendues, creusées à leur fond, second étage en sous-sol, grosses lettres et chiffres du mur effacés, suivre le moindre effort. Du point fort éloigné d’une courbe, une île fendue.

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Une ligne droite très fracturée, lente, encore lointaine, en chutes et hauts abimes, parcours d’épreuves où souhaits s’oublient sans trouver repos, sommeil en prélude homéopathique, la mort n’est rien quoique sauvage.

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La mort n’était rien, absolument rien, si la plainte, la souffrance ou la tuerie de masse ne la précédait.

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Se rapprocher de la plus petite distance, dans le cercle s’arrondir. Entrer dans le cercle doux, accueillant, rencontrer réseau de plis, de vides autour des angles.

 

penelope-umbrico-2013

SANS SUITE XVI

 

Le robot fatigué d’un protocole imparfait va nettoyer en amont l’autre versant où il se destine. L’heure serait à parler mais son interlocuteur fuit dans les couloirs nouveaux où il ne trouve pas place, sa langue ne s’y retrouvant plus.

*

Le robot avec sa grammaire perpétuellement changeante modifie le sens des mots, nous abandonnons la partie.

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Il procède par élimination, fait place nette, développe cette méthode de façon qu’in fine elle soit tout à fait subsidiaire, qu’elle n’occupe pas son temps, qu’elle l’en débarrasse.

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Cette impression inconfortable que les ingénieurs donnent de la merde à l’AI. La vengeance n’a plus besoin de sujet.

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Arrivé un peu là en trainant, maintenant forcé d’y croire puisque ici, bien qu’il n’y ait aucune différence avec le coin d’où il vient. Le robot le regarde avancer encore un peu, cette démarche qui finit par l’épuiser à mort.

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Et comment s’était-il retrouvé la ? Le spectacle lui donne l’impression d’une falsification de quelque chose d’obscur venu de loin, une doublure piégeuse qui venait l’avaler, l’air qui manque, un sacrifice au néant.

*

Un jour s’occupera t-il peut-être de la métaphore, mais sait-on pourquoi, pour remplacer l’homme ?

 

new-yorker-cartoon-computer

 

retour au bercail

enferme-dehors
de l’intériorité.
la-fleche-du-temps
la flèche du temps.
sans-parvenir-a-disparai%cc%82tre
sans parvenir à disparaître.

 

saturé

frank-eugene-le-sphinx-de-gizeh-a-minuit-egypte

Je me déplace, sans le savoir, à des vitesses de déplacements inclinés vers des cibles que je n’ai pas choisies, gentillesse et brutalité m’éprennent et changent à leurs points de rupture, de l’une à l’autre s’éprouvent, permutent dans un nuage, et me saturent alors… nous refixons une cible que nous loupons au premier coup, la flèche s’est encore perdue. Nous tombons sur des cibles fendues, joyeux même dans l’acharnement.

et il serait étrange de ne pas pardonner

 

 » F. 9     Tout cela, en fait, est grossier et incohérent et l’amour poétique semble être aussi grossier qu’une avalanche qui tombe inconsciemment du haut de la montagne et écrase les gens. Mais quand on écoute la musique, tout cela, à savoir les uns reposent dans leurs tombes et dorment, et que les autres sont assis sains et saufs, les cheveux blancs, dans une loge de théâtre, tout cela paraît calme et majestueux, et l’avalanche ne paraît plus insensée car tout dans la nature a un sens ; et tout se pardonne, et il serait étrange de ne pas pardonner. »

Notes sur feuilles volantes, Anton Tchekhov, carnets, p 276, Éd. Bourgois

 

peuple de témoins

divertissons

Les robots-rédacteurs composent la musique où déraille l’air du temps. De nous il est parlé, exigé, le devoir de répondre de soi, c’est dur mais ça ne se voit pas, pas encore très calé entre la bouche des rédacteurs et leurs lecteurs. Il s’agit de prendre patience, compter sur l’accoutumance, d’une transition à gérer qui soit indolore, et lentement puis hors de portée de vue tout est détruit. Car les robots-rédacteurs sont promis à de grandes audiences; pour l’heure une version bêta traite l’universelle condition entre faits-divers et spectacle: scène de ménage et de guerre s’égalisent. Une réalité neutralisée s’impose; elle invente des débuts pour une histoire à série, laisse des territoires vierges entre écrans et qui les regarde. Où résonnent les appels à rejoindre le peuple des témoins; un story-board perso à la portée de tous, le temps donné de vivre à dégager les ruines qui te sont désignées. D’autres robots produiront d’autres exigences, adresseront d’autres demandes, d’autres tenues et lectures, recevront d’autres concepteurs, d’autres ordres, puisqu’il y aura des solutions.