et il serait étrange de ne pas pardonner

 

 » F. 9     Tout cela, en fait, est grossier et incohérent et l’amour poétique semble être aussi grossier qu’une avalanche qui tombe inconsciemment du haut de la montagne et écrase les gens. Mais quand on écoute la musique, tout cela, à savoir les uns reposent dans leurs tombes et dorment, et que les autres sont assis sains et saufs, les cheveux blancs, dans une loge de théâtre, tout cela paraît calme et majestueux, et l’avalanche ne paraît plus insensée car tout dans la nature a un sens ; et tout se pardonne, et il serait étrange de ne pas pardonner. »

Notes sur feuilles volantes, Anton Tchekhov, carnets, p 276, Éd. Bourgois

 

moujik brexit

« Ils parlent des besoins et des fourrages, puis commencent à se quereller, à se dévorer mutuellement ; ils ne croient pas ce que dit l’autre, ils se méfient. Qui tient l’auberge et saoule le peuple ? Le moujik. Qui a dilapidé l’argent de l’école ? Le moujik. Qui parle dans les assemblées contre le moujik ? Le moujik ».

(Anton Tchekhov, Carnets. p.222, Ed. C. Bourgois)

 

tumblr_o979w7phm51s4fz4bo1_500

indifférence

« Sans doute le sublime, l’éternel existent, mais tout cela se trouve hors de la vie ; ce qu’il faut, c’est ne pas vivre, se fondre avec le reste, puis dans un calme serein, regarder avec indifférence. (Anton Tchekhov, Carnets, P. 227, Ed. C. Bourgois)

La nature réconcilie l’homme, c’est à dire qu’elle le rend indifférent. Et dans ce monde, il faut être indifférent. Seuls ceux qui sont détachés sont capables d’être clairvoyants, d’être juste et de travailler ».

(Lettre de Tchekhov à Souvorine du 4 mai 1889, in Bibl. de la Pléiade, Anton Tchekhov, volume 1)

tattoo-you-peanuts-moebius

dans notre âme il n’y a rien

%d0%b0%d0%bd%d1%82%d0%be%d0%bd-%d1%87%d0%b5%d1%85%d0%be%d0%b2

« Convenez que les écrivains géniaux ou simplement bons se reconnaissent à ceci: ils recherchent un but vers lequel ils nous entraînent; or ce but s’impose à tout votre être et vous obsède comme Hamlet le fantôme de son père. Les uns obéissent à des fins matérielles, tandis que d’autres ont un idéal plus élevé : Dieu, la vie d’outre-tombe, le bonheur de l’humanité, etc… Les meilleurs d’entre eux sont réalistes, mais en s’attachant à décrire la vie telle qu’elle est, leurs préoccupations spirituelles transparaissent au point d’idéaliser cette réalité et cela nous enchante. Quant à nous, nous nous contentons de peindre la vie telle qu’elle est sans porter de jugement sur elle. Même sous le fouet nous serions incapables d’avouer un but proche ou éloigné. Notre âme représente une table rase ; nous sommes sans opinion politique, n’espérons pas en la révolution, nous nions l’existence de Dieu, ne craignons pas les revenants. Pour ma part je ne redoute ni la mort ni la cécité. L’homme qui est sans désir, sans espérance et sans crainte n’a pas l’étoffe d’un artiste. Sommes-nous des malades ? Il importe peu, mais reconnaissons que notre situation n’est pas enviable. Qu’adviendra t-il de nous dans dix ou vingt ans ? Avant que les circonstances aient changé, il est illusoire de fonder sur nous des espérances. Avec ou sans talent nous écrivons machinalement, nous soumettant à un ordre établi, servi par les uns, brocanté par les autres. Grigorovitch et vous, me trouvez intelligent. Oui, je le suis du moins assez pour ne pas me leurrer sur mon mal et couvrir ma nudité de guenilles à la mode des écrivains de 1860. Je ne me jetterai pas comme Garchine dans la cage d’un escalier, mais je ne crois pas en un avenir meilleur. Je ne suis pas responsable de ma maladie et je n’ai pas à la traiter, car elle a sans doute sa raison d’exister. «Ce n’est pas en vain qu’elle est avec un hussard. – Pouchkine»  »

Lettre d’Anton Tchekhov à S. Souvorine 25 novembre 1892 (Melikhovo). In Correspondance II (1890-1896), Éd. Plon, 1956